Plongée enchanteresse dans l’univers mystique des forêts du Japon, La Forêt de Miyori est un film d’animation produit par le célèbre studio Ghibli, qui nous propose de suivre le parcours initiatique d’une jeune citadine fraîchement débarquée de la ville pour habiter chez ses grands-parents dans un tout petit village de la campagne profonde. Cet agréable conte écologiste plaira à la fois aux jeunes, aux rêveurs et à tous les amoureux de la nature.

Les petits esprits sont de la partie

miyori 1 Genre: Fantastique/Conte
Réalisateur: Nizo Yamamoto
Manga original: Hideji Oda
Studio: Ghibli
Année de production: 2007
Durée: 1h47 min

Depuis quelques temps, le studio Ghibli (célèbre studio producteur de films d’animation japonais fondé par les maîtres Hayao Miyazaki et Isao Takahata) donne sa chance à de nouveaux réalisateurs qui peuvent ainsi tenter de faire leurs preuves dans le secteur très prisé au Japon (et de plus en plus en occident) du film d’animation; ainsi, après Les Contes de Terremer par Gorô Miyazaki (le fils de l’autre) ou Le Royaume des Chats par Hiroyuki Morita, c’est au tour de Nizo Yamamoto, directeur artistique sur l’excellent Princesse Mononoke de Hayao Miyazaki, de se lancer à son tour dans la réalisation avec La Forêt de Miyori, tiré du manga éponyme de Hideji Oda. On remarque d’ailleurs très vite que Nizo Yamamoto reste proche de ce qu’il connaît déjà, car les valeurs principales de son film tournent autour de la même thématique que celle mise en avant dans Princesse Mononoke: la sauvegarde de la nature et des traditions face à l’irrémédiable invasion de la modernité destructrice. Bien que cette fable un peu candide cible avant tout un public jeune, tous les amateurs d’animation devraient se laisser tenter à y jeter un œil curieux et ouvert, car malgré un rythme un peu lent et quelques imperfections, le film fait passer un moment agréable au milieu de paysages idylliques et d’adorables esprits de la forêt.

¤¤¤Synopsis:
Lorsqu’elle était bébé et en visite chez ses grands-parents, la petite Miyori s’est perdue dans la forêt en suivant des petits esprits. Ses parents la retrouvent en haut d’un grand et vénérable cerisier, sans savoir comment elle a pu arriver là. Bien des années plus tard, ils se séparent et envoient Miyori habiter chez ses grands-parents pour un temps indéterminé. À maintenant 11 ans, cette jeune citadine a beaucoup de mal à accepter de vivre dans un minuscule village en pleine montagne, loin de toute civilisation moderne. Cette jeune fille asociale n’a pourtant d’autre choix que d’accepter l’étrange destin qui lui tombe dessus sans prévenir; sa grand-mère lui révèle effectivement qu’elle est la descendante d’une lignée de sorcières, et qu’elle n’est pas ici par hasard, mais pour devenir la nouvelle divinité protectrice de la nature. Le quotidien de Miyori s’améliore alors peu à peu tandis qu’elle apprend à connaître ses nouveaux amis ainsi que la forêt qui l’entoure, peuplée d’étranges petits esprits malicieux. Cependant, la tranquillité des villageois et des petits habitants de la forêt est menacée par le projet de barrage monté par des promoteurs véreux qui souhaitent inonder la vallée et donc détruire le village ainsi que la forêt qui l’entoure. Tous ensemble, ils vont tenter de repousser leurs assauts pour sauver la faune et la flore, toute la vie qui se concentre autour du vieux cerisier de la forêt.

¤¤¤Critique de la rédaction:
La Forêt de Miyori est avant tout une fable sur la tolérance, le respect des traditions et la conscience écologique. Pour traduire ces valeurs, on a insisté sur les graphismes qui rendent au mieux l’aspect féérique des forêts nippones. En effet, les japonais donnent beaucoup d’importance à leur milieu naturel, les montagnes et les forêts du cœur du Japon qui abritent les esprits protecteurs de la nature. On voit donc ici de très beaux paysages naturels, le pittoresque du village comme la douceur réconfortante de la forêt ressortent aisément grâce aux arrière-plans très détaillés. Les feuilles des arbres, les rochers, tous les brins miyori 2 d’herbes font partie de décors parfaitement enchanteurs, comme tout autant d’aquarelles, auxquelles on peut rajouter les quelques tableaux impressionnistes utilisés pour décrire les pensées de Miyori, la qualité des graphismes nous aide donc à entrer rapidement dans cet univers aux couleurs abondantes.

Si les paysages sont superbes, ce n’est pas toujours le cas pour les humains, le character design reste effectivement assez quelconque, mais c’est surtout l’animation des personnages qui laisse voir quelques imperfections. Les gestes des humains surtout, parfois ceux des animaux, sont un peu mécaniques, on aurait pu espérer mieux pour un film produit par le studio Ghibli. Néanmoins, l’ensemble esthétique est bon, et l’atmosphère mystique recherchée est au rendez-vous de cette plongée dans les fondements de la culture nippone, et ce grâce à  deux éléments: la musique et les esprits. La bande originale est composée de mélodies à la fois jolies et apaisantes, un peu naïves par moments et fortement influencées par les sonorités qu’on retrouve dans Princesse Mononoke et Le Voyage de Chihiro, sauf quand de petits morceaux de percussions traditionnelles nippones viennent apporter un peu d’originalité. Parlons maintenant du meilleur atout du film, c’est-à-dire le côté “conte de fées” tout à fait bien rendu par les choix artistiques du staff technique; les petits esprits de la forêt sont très nombreux, variés, adorables et monstrueux à la fois, certains rappellent même des silhouettes qu’on a pu voir dans les Moomin, série qui se démarquait justement par ses petits personnages si attachants. On trouve donc ici une grande variété de personnages mystérieux et amusants, avec par exemple Moguri le mangeur de cauchemars ou Bokuriko le petit gardien de la forêt qui peut prendre la forme de tous les animaux; tous plairont aux enfants comme aux adultes.

Il ne faut toutefois pas s’arrêter à cet aspect “mignon”, car le film recèle des idées plus profondes et veut faire passer un message autour de la petite Miyori. On remarque facilement combien la différence est marquée entre Miyori et ses parents d’un côté et les habitants de la campagne de l’autre. Tout en revêtant un aspect intemporel autour de ses petits esprits, le film est en réalité bien ancré dans l’actualité et marque le fossé qui sépare le Japon en deux parties, pas pour l’envenimer bien au contraire, mais pour tenter de les réconcilier. En effet, le patrimoine traditionnel, culturel et religieux des montagnes et des forêts du Japon est primordial pour le peuple japonais, néanmoins l’ultra-modernité qui gouverne le quotidien des citadins japonais leur fait parfois oublier leurs origines. La forêt de Miyori exalte fortement le retour à la terre, le besoin de se ressourcer et de retrouver ses valeurs traditionnelles (des thématiques défendues par la plupart des films du studio Ghibli), de sauvegarder cet héritage où les esprits vivent en paix avec les humains, un espace menacé par le barrage qui représente la modernité destructrice (avec les entrepreneurs armés de fusils pour tuer les animaux rares). Dans cet ordre d’idées, on privilégie la sagesse des grands-parents, le rythme de vie de la campagne et l’ambiance chaleureuse qui règne à l’école, des sentiments qu’on oppose au comportement de la famille proche de Miyori (la jeune fille et ses parents) qui vivent au rythme effréné de la grande ville (ici Tokyo, symbole de la mégapole tentaculaire); on montre ici du doigt le père de Miyori, publicitaire qui n’a jamais de temps à lui consacrer, tout comme sa mère ultra-superficielle qui n’a aucun respect pour la ruralité. Certes, les symboles sont gros, candides, naïfs parfois, mais il ne faut pas oublier que c’est aussi pour les enfants, et qu’après tout c’est la justesse de ces sentiments qui compte.miyori 3

Le personnage principal qui concentre toute cette dualité ville/campagne reste Miyori, la petite fille de la ville qui ne comprend pas du tout son nouvel environnement rural. L’histoire fait d’elle un symbole, à partir d’une parabole sur la solitude: Miyori fait tout toute seule, elle n’avait aucune amie dans son ancienne école en ville et son tempérament asocial ne laissait rien espérer de bon pour son avenir. Et pourtant, grâce à l’influence des valeurs campagnardes, grâce aux esprits qui l’entourent et ont besoin d’elle pour sauver la forêt, elle apprendra à accepter l’amour de ses grands-parents et deviendra aimée de tous ses camarades de classe, même du petit turbulent de service qui la taquine. La Miyori qui avait des difficultés avec les rapports humains évolue, elle devient en phase avec le milieu naturel, d’ailleurs sa transformation est manifeste d’un véritable choix de vie plus traditionnel rendu effectif par le très symbolique jet de son cellulaire qui signifie “Adieu Tokyo”; elle rejette la civilisation qui ne la rend pas heureuse, celle qui a séparé ses parents, et ce pour renouer avec un milieu de vie plus sain.

Si le message est beau et les paysages tout autant, le film pèche malgré tout par ses nombreuses imperfections. On déplore le peu de rythme général, la faute à un scénario un peu sec et abrupt qui ne laisse que peu de place au mystère car tout ou presque est révélé dès le départ. Dans la même veine, on regrette que l’évolution de Miyori se fasse par à-coups et que les sentiments aient beaucoup de mal à passer, car on insiste trop sur une “ambiance poétique” au détriment de la cohérence.

Bilan:

On ne peut cacher les limites du film, qui subit trop l’influence de ses “grands frères” du studio Ghibli, néanmoins cela ne l’empêche pas de se faire une petite place dans nos cœurs. À la fois tendre et attachant, il faut prendre La Forêt de Miyori pour ce qu’il est: un petit film amusant, tout à fait approprié pour donner de belles valeurs aux jeunes enfants et adolescents. Cette fable pertinente et rafraîchissante sur les légendes du Japon des forêts et des montagnes, le Japon traditionnel qu’on connaît malheureusement peu, nous permet de nous rappeler des vraies choses importantes dans la vie, et fera passer à tous un agréable moment.

Note : 7/10

2 Thoughts on “La Forêt de Miyori

  1. En fait, à la base, c’est une série de livres (encore en cours) http://www.manga-news.com/index.php/serie/Foret-de-Miyori-la 😉

  2. Vous avez raison, j’aurai dû faire la distinction et préciser que c’était un livre et non pas un manga, merci pour votre intervention. Un lecteur consciencieux :)
    Question aux lecteurs: comme la série est en cours, peut-être que Miyori pourrait faire l’objet d’un prochain film? Serait-ce une bonne idée, qu’en pensez-vous?

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