En 2002, pour ses 10 ans d’existence, le studio Gonzo décide de sortir un OAV pour montrer que le savoir-faire accumulé lui permet de dominer le monde de la japanimation. Après plus de deux années de développement sort enfin Yukikaze, un anime futuriste…

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  • Genre : Guerre / SF / Réflexion / Drame
  • Auteur : Hiroshi Yamaguchi, Masashi Sogo
  • Studio : Gonzo
  • Année de production : 2002
  • Licence : Beez
  • Nombre d’épisodes : 5 x 30-35 mins environ

yukikaze1.jpgEn 2002, pour ses 10 ans d’existence, le studio Gonzo décide de sortir un OAV pour montrer que le savoir-faire accumulé lui permet de dominer le monde de la japanimation au niveau graphique et technique. Après plus de deux années de développement sort enfin Yukikaze, un anime futuriste découpé en 5 « opérations » mélant des combats aériens à couper le souffle, fantastique et anticipation scientifique. Bref un OAV purement « Gonzoïen », balancé entre prouesses visuelles et thèmes universels engagés, héritier en droite ligne d’un Blue Submarine n°6.

¤¤¤ Synopsis :
Le pitch s’annonce immédiatement simple et efficace; dans un futur indéterminé, 33 ans après que les aliens (ici nommés JAM) aient attaqué la terre par surprise, et qu’ils aient été finalement repoussés, une étrange porte subsiste toujours sous la forme d’un gigantesque nuage situé au Pôle Sud, qui relie la Terre à une autre planète, Fairy, sur laquelle se déroulent encore les combats à l’aide d’avions de chasse très sophistiqués. Pourtant, ils ne font pas le poids face à des monstres qu’ils ne peuvent même pas identifier, et même le lieutenant Rei Fukai, un pilote de génie de l’unité d’élite de défense de la Terre, la FAF (Fairy Air Force), comprend subitement que ses supérieurs, blasés par une guerre qui s’éternise et lourde en pertes humaines, entrevoient la possibilité de le remplacer par un chasseur entièrement automatisé, le Yukikaze.

¤¤¤ Critique de la rédaction :
Cependant on ne nous donne aucune piste durant la première demi-heure sur l’intrigue qui va nous être proposéeyukikaze.jpg dans cet OAV, à part un court passage éthéré, brumeux et incompréhensible mettant en scène le héros, Rei Fukai, dans un espace clos et oppressant. Mais après deux ou trois rebondissements, quelques informations disséminées au compte-goutte et un tournant bien mystérieux, le visuel brumeux revient et le passage précité se développe. Tout a été fait par les scénaristes pour nous donner très envie de comprendre les origines de l’histoire, les tenants et les aboutissants de cette guerre insensée, tout en prenant soin de nous cacher le plus longtemps possible la vraie nature des JAM. On peut être satisfait des premiers épisodes, bien construits, un peu comme un film d’animation, où la narration alterne avec autorité entre les séquences de combats et de dialogues, entre les hommes et les machines, la violence et la réflexion.
Le thème central de la série reste bien entendu la communication entre l’homme et la machine, prenant en compte le développement dans un futur proche de l’intelligence artificielle et de ses risques potentiels, entraînant plusieurs grandes questions primordiales : l’homme peut-il vraiment être remplacé par la machine pour effectuer des tâches nécessitant choix et réflexion, ou encore : la machine va-t-elle tenter de remplacer l’homme de sa propre initiative ? Des questions auxquelles Yukikaze ne répond qu’en partie, préférant se tourner vers un peu plus de spiritualité et un point de vue biaisé, intéressant mais insuffisamment traité.

Le spectacle quand à lui est vraiment au rendez-vous. Les combats sont captivants et les effets spéciaux vous laisseront bouche bée. En effet, on assiste vraiment a du très lourd, à la croisée des figures aériennes de Top Gun, des vaisseaux chromés et profilés de la prélogie Star Wars, et des combats aériens rapprochés visibles dans tous les jeux vidéos spécialisés du genre avions de chasse, le tout en mieux.
yukikaze-ova-top.jpgInsistons donc sur tous les aspects de ces graphismes superbes, en débutant par le tout premier choc visuel de l’anime, les décors. Impressionnants… On ne peut que saluer l’équipe technique de Gonzo pour la qualité de ces arrières-plans, dotés d’une profusion de détails splendidement agencés (des meubles et bâtiments jusqu’aux nuages, tout est parfait), et qui disputent la vedette aux images de synthèses réservées à la carlingue des vaisseaux, qui glissent avec délicatesse dans un ciel d’une profondeur et d’une beauté saisissante, en recherche perpétuelle d’horizon et qui nous donne une exquise sensation d’infini.
Le character design, que ce soit pour les vêtements, les combinaisons ou les visages, est d’une précision excellente et très réaliste. Seuls les traits du visage ont un défaut, une certaine immobilité (qui augmente encore l’effet de tristesse et de monotonie qui se dégage de Yukikaze). L’animation des personnages est elle aussi un peu négligée, mais rien de très gênant car ils ne bougent pas beaucoup, et on pardonne facilement au réalisateur de s’être concentré sur l’animation des avions plutôt que sur celle des hommes, indubitablement fantomatiques, sortes de clones à demi-inexpressifs, vraisemblablement échappés d’une réunion des mélancoliques anonymes.
Vous serez effectivement peu étonnés en découvrant l’ambiance générale de cet OAV, particulièrement nostalgique, poétique et romantique, tantôt réellement angoissante et incroyablement féérique l’instant d’après. L’absence de vitalité des machines ainsi que le gris sépulcral de leur coque se mêlant aux visages blafards des humains, on ressent une certaine froideur presque dérangeante, qui résume en grande partie le caractère et la nature insaisissable du lieutenant Fukai, protagoniste silencieux, asocial et torturé par des démons qui dévorent progressivement sa santé mentale.

En outre, la bande-son est impeccable, mélange constant de musique classique (prinyukikaze02.jpgcipalement du piano) et de blues-rock secondé par de l’électro qui donne un rythme permanent à l’anime, agissant tel un métronome. Le reste du son est constitué d’une véritable symphonie de mouvements d’air, de moteurs d’avions surpuissants, de murs du sons explosés, d’alarmes et de tirs… le tout constituant une atmosphère véritablement prenante.

Yukikaze, en tant qu’OAV militaro-futuriste et fleuron technique du studio Gonzo, tient toutes ses promesses au niveau des standards qu’il se doit d’imposer. Le design des avions de chasse est magnifique (proche de celui de la série des Macross), leurs mouvements sont proprement hallucinants et les combats grisants de vitesse et de réalisme. La crédibilité est aussi de mise, avec une profusion de plans, de radars, de notions d’aéronautique et de chiffres qui impriment l’ensemble dans sa réalité propre et ne laisse jamais au spectateur le temps de se poser des questions sur sa cohérence. Heureusement, car après des débuts prometteurs, le côté énigmatique laisse la place à un script trop décousu et trop léger, difficile à cerner et qui ne fait qu’effleurer les thèmes et théories avancées. On reste sur sa faim, la relation entre Jack et Fukai puis entre Fukai et le Yukikaze ne prend jamais assez d’envergure, donc on s’ennuie en-dehors des combats.
On peut aussi souligner le générique de fin, qui ne colle pas du tout avec l’atmosphère de l’anime (trop country pour de la SF), à notre grand regret.

Bonus song : ED - Long way to Home

Yukikaze fait tout de même partie des OAV SF les plus intéressants de ces dernières années, car à partir d’un 23211099609511.jpgvisuel quasi-parfait nous sont livrées de bonnes réflexions sur le futur de l’intelligence artificielle (concept repris par le film Furtif de Rob Cohen en 2005, en moins bien), ses applications et implications, habité par une logique de SF pure dans laquelle on peut retrouver à la fois l’existence d’autres formes de vie et la possibilité de l’attribution d’une âme à la machine, d’un point de vue sensiblement différent de ceux des Ghost in The Shell d’Oshii et Masamune et du Cycle des Robots d’Asimov, car ici les machines n’ont aucune prétention à copier l’humanité. Nous sommes plutôt mis sur un plan d’équilibre entre fantastique et technologie, dans la lignée d’un 2001 l’Odyssée de l’espace mais sans en retrouver le talent au niveau du scénario.
Le format de l’OAV semblait pourtant être idéal pour une telle histoire, mais Yukikaze confond trop souvent style et superficialité pour être vraiment convaincant en termes de narration. Profitez donc du spectacle, qui lui reste grandiose, avec un ballet final qui se montre à la hauteur.

Notation : 8/10

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