Peace Maker Kurogane, anime de Gonzo, anime de sabre qui repose sur de délicieuses dualités entre modernité et tradition, humour et drame, insouciance de l’enfance et gravité des adultes, met en scène les aventures d’un jeune combattant indiscipliné, Tetsu…


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  • Genre : Arts martiaux / Historique / Comédie dramatique
  • Réalisateur : Hirata, Tomohiro
  • Manga original : Chrono, Nanae
  • Studio : Gonzo
  • Année de production : 2003
  • Licence : Déclic Images
  • Nombre d’épisodes : 24 x 24 mins

Le studio Gonzo nous ayant habitué à la réussite de ses productions animées (Gantz, Desert Punk, Black Cat, Basilisk) malgré quelques petites erreurs de parcours (Origine, Brave Story), leur dernière série Peace Maker Kurogane démontre une nouvelle fois que leur savoir-faire n’est pas usurpé. Cet anime de sabre repose sur de délicieuses dualités entre modernité et tradition, humour et drame, insouciance de l’enfance et gravité des adultes, mettant en scène les aventures d’un jeune combattant indiscipliné qui devra faire face à la mort et apprendre les codes des samouraïs pour trouver sa voie.

¤¤¤ Synopsis :

Ichimura Tetsunosuke alias Tetsu, 15 ans et de petite taille, déterminé mais frondeur, malin mais irascible, souhaite rejoindre le Shinsengumi, les forces de l’ordre de sa ville natale de Kyoto, afin de venger la mort de ses parents assassinés par les sbires du clan des Choshu et de faire mieux que son frère Tatsu, qui n’y est qu’un simple comptable. Tetsu se présente pour vaincre le meilleur guerrier de la caserne, Okita Souji, puis devenir le plus grand combattant du Japon… Mais il a les yeux beaucoup plus gros que le ventre et va de désillusions en désillusions. Malgré sa défaite et l’horreur meurtrière à laquelle il assiste, le guerrier en herbe décide tout de même de prendre son destin en main et de s’enrôler chez les Shinsengumi, sa soif de vengeance envers le clan des Choshu étant la plus forte. Malheureusement pour lui, ce qui l’attend n’est pas vraiment ce qu’il espérait : il est engagé comme… homme à tout faire !

Bonus song : Song 27 – Ryouma runs

¤¤¤ Critique de la rédaction :

L’animation de proximité a bonne allure, elle est efficace sans être exceptionnelle, les visages et les expressions sont crédibles dans l’ensemble, et les combats sont agréables à regarder, bien qu’ils ne montrent que peu de virtuosité. Toutefois l’animation de masse laisse un peu à désirer : effectivement dès qu’il y a trop de présence à l’image, elle ne suit plus, et on sent un certain manque de précision dans le détail et de finition tout simplement. On peut aussi imputer dans la plupart des cas ce petit aspect brouillon au côté comique de l’anime, et l’apparente simplicité générale rappelle le coté stylé et esquissé de Samouraï Champloo, mais sans la même virtuosité. Le character design et l’animation sont ici utilisés pour souligner la finesse et la pertinence des ninjas, la sagesse et la dureté de leurs traits, avec un résultat plutôt réussi.
Les graphismes ne sont pas réellement mis en avant dans cette série qui mise surtout sur ses personnages et son potentiel émotionnel, cependant ils sont tout à fait suffisants et bien employés pour mettre en scène cette histoire à cheval entre clacissisme et modernité. Ainsi les arrière-plans citadins et paysagers sont souvent présentés comme brumeux et indéfinis pour imprimer une ambiance, une atmosphère générale qui ne prend jamais le pas sur les protagonistes. Le fond illustre bien les différents passages sensitifs de la série toujours simplement, les couleurs claires (le rose et le blanc des cerisiers en fleurs toujours aussi superbes) exprimant la félicité, l’innocence et le caractère enfantin des héros, contrastant avec le gris, le noir et le rouge sombre du sang des combats et des cauchemards. Pour finir, la sobriété des décors, les tonalités grises et floues, enveloppent l’ensemble des images et donne une certaine pesanteur / force à Peace Maker Kurogane.
Pour ne pas déroger à l’effet d’ensemble compact de la série, ce mélange entre tradition et modernité se reflète dans la bande-son qui suit le même chemin et se dote à la fois de sons orchestraux et de percussions traditionnelles dans le plus pur style des films de sabre japonais. A tout cela s’ajoutent aussi des guitares électriques, des mélodies dramatiques au synthé et de morceaux plus doux au piano pour les passages mélancoliques, ou plus légers et comiques. Peu inventive, discrète, la musique passe assez inaperçue. Elle remplit pourtant bien son office, grâce à une certaine intensité dramatique lors des affrontements, mais rien de plus, outre les sempiternelles percussions typiquement nippones qui sont toujours aussi plaisantes. Un score rarement au-dessus du « bon » en somme, comme le reste de la technique chez Peace Maker Kurogane. L’opening « You gonna feel » par le groupe Hav se démarque avec un mix puissant de rap et de hard rock, un trip visuel et sonore violent qui vous met tout de suite dans le bain.

Kendo story

Le récit suit l’ascencion et l’entraînement de Tetsu au sein des Shinsengumi. De plus, épisode après épisode, on suit l’évolution de la personnalité du héros par rapport à sa volonté de vengeance, sa vision de la mort et du combat et son apprentissage de l »esprit et des codes du samouraï, sans oublier l’impact et l’influence que son entourage vont avoir sur notre jeune héros et vice-versa. Heureusement que son grand frère est toujours là pour veiller sur lui et le sortir des mauvais pas, autrement il est certain que Tetsu ne ferait pas long feu tant il est irrespectueux avec ses supérieurs, et c’est justement toute cette indiscipline chez ce mini-héros insaisissable qui le rend si drôle et attachant.
A l’instar du légendaire manga/anime Kenshin le Vagabond, la violence de l’univers des épéistes, la fulgurance gore des combats, les démons qui le torturent et le sang versé à flots sont mis en opposition avec la beauté et la sérénité de la nature : la pluie qui tombe avec grâce, la douceur des fleurs de cerisiers emportés par le vent, l’innocence de la jolie muette Saya, la sérénité ambiante qui règne au sein du camp des Shinsengumi et des temples de la ville de Kyoto (réputée mondialement pour ceux-ci).

Bonus song : Ending Theme – Hey Jimmy !

La série est centrée sur l’ambiguïté du héros et sur la dualité entre la fragilité et les espoirs naïfs d’un enfant confronté au monde impitoyable des adultes, des assassins et des guerres de clans, dans lequel il ne se sent pas accepté, ni pris au sérieux. Un héros qui souffre du même complexe d’infériorité que Edward Elric dans Full Metal Alchemist : il est tout petit et il se met dans une rage folle quand on lui fait remarquer. Tout l’humour et l’espièglerie de la série reposent donc sur Tetsu, mini-samouraï totalement hystérique, hyperactif et lunatique à souhait. Les situations comiques sont nombreuses et prêtent volontiers à sourire, alimentées par les éternels petits dessins ridicules qu’on adore (par exemple le maquillage d’une grosse cicatrice de guerre en visage clownesque immonde, les pérégrinations d’une tirelire vivante psychopathe, etc.).
Au-delà des courtes scènes comiques qui viennent alléger le tout, l’ambiance est plutôt inquiétante, régie par un jeu d’ombres et de lumières plus qu’intéressant quand on décide de s’y pencher et de bien y prêter attention, un effet qui nous plonge un peu plus dans l’intrigue, permettant l’intrusion du fantastique dans un univers de combats au sabre sanglants qui lorgne par instants sur l’esthétique et l’atmosphère du film Ninja Scroll.
C’est dans cette continuité que s’inscrit l’autre face de Peace Maker, le destin tragique de ce jeune garçon qui se cherche, déterminé à venger son père, hanté constamment par la vision cauchemardesque de son meurtre. Le scénario développe le drame d’un enfant qui n’a plus le temps de grandir et doit se donner à fond pour atteindre son but, faire honneur à sa famille et qui est prêt à risquer sa vie sans comprendre les conséquences de ses actes, une personnalité forte et ambivalente, autant terrifié par la mort et le sang que porté, galvanisé par la volonté de vaincre. Les relations entre les personnages sont ici fondamentales, parmi les tentations qui les poussent à se soutenir et à se perdre, c’est là toute la richesse de Peace Maker Kurogane.

La modernité de Peace Maker Kurogane se remarque également dans les choix d’animation de Gonzo et la mise en scène du réalisateur Hirata Tomohiro (réalisateur aussi de Trinity Blood, après avoir commencé dans l’animation sur Urusei Yatsura et Afro Samuraï entre autres), qui opte pour des plans simplifiés (à ne pas confondre avec une quelconque économie d’idées ou de budget, ce qu’on aurait pu croire à première vue), préférant travailler sur les angles d’approche des situations et sur les visages, appauvrissant les couleurs et les décors pour faire ressortir les protagonistes, leurs gestes et leurs expressions, le récit et les dialogues, les duels et les face-à-face captivants, et donner une pesanteur (toute référentielle aux films de sabre d’antan) marquante qui apporte de la profondeur à l’image et permet l’exploitation de toutes sortes de contrastes. Un parti pris risqué qui peut d’une part rendre l’anime captivant pour ceux qui choisissent de s’y investir franchement, alors que d’autre part les spectateurs moins attentifs y verront une simple comédie insipide teintée de quelques effets sanglants et mélodramatiques.
Peace Maker Kurogane est en réalité un peu des deux, oscillant entre le sérieux et l’humour, le drame et les gags, deux choix artistiques réunis autour d’une intrigue posée, bien construite, qui prend le temps de s’installer avant de nous dévoiler son potentiel, entre parodie d’un cinéma ultra codifié et drame historique entourant une aventure initiatique passionnante, la maturation d’un enfant au travers de la douleur et de la « nouvelle famille » qui lui a donné une chance de s’affirmer.

Après des débuts aussi déconcertants qu’hilarants, la série prend un rythme assez lent pour bien se mettre en route, mais on ne s’ennuie pas car on se plait à suivre l’histoire de notre petit héros et on est portés par le léger esprit parodique qui tourne en dérision les vieux films de sabre japonais si posés et codifiés, tout en leur montrant un grand respect et en s’inspirant d’eux. Peace Maker Kurogane ne fait jamais preuve de génie, mais n’en ressort pas moins pour autant comme une série solide à l’intrigue attrayante.


Notation : 7/10
> Une sobriété intéressante, un anime imparfait mais qu’on a envie de suivre.

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