Qui a dit que Ebichu était un anime pour les enfants ? Personne. Et pourtant, c’est ce qu’on pourrait bien croire à première vue, en jetant un coup d’œil sur l’héroïne éponyme de l’histoire, Ebichu, une petite femelle hamster ultra-kawaii, et sur les graphismes de la série, très enfantins. Mais c’est là qu’Ebichu se révèle trompeur, car cet anime n’est pas, mais alors ABSOLUMENT PAS pour les enfants…

CHUUUUUUUUUUU !

Réalisation : Makoto Moriwaki
Studio : Gainax, Groupe TAC
Licence : Non
Manga original : Risa Itou
♦ Année(s) de production :
1999
Durée : 24 x 8 mins environ
► Attention cet anime est strictement reservé aux adultes !

Une série pour adultes suivant les aventures d’une femelle hamster, ce n’est pas très commun. D’ailleurs, pour tous les spectateurs non-japonais qui regarderont les premières minutes de cet anime sorti en 1999, son concept assez déglingué risque de les dérouter un tantinet. Ne vous inquiétez pas, Oruchuban Ebichu (nom complet de l’anime soit Ebichu la femme de ménage) n’est pas un capharnaüm animalier incohérent, c’est avant tout un symbole de l’esprit otaku nippon. En effet, la quintessence de cette culture se retrouve dans la recette même de cette incomparable série, dont les ingrédients particulièrement épicés nous explosent à la face (et atteignent jusqu’à notre cerveau en y pénétrant comme dans du beurre fondu) au cours des rocambolesques aventures d’une hamster (dira-t-on pour ne pas répéter indéfiniment hamster femelle) aussi adorable qu’hilarante.

Ainsi, on retrouve tous les thèmes pervers ou comiques adulés par l’otaku japonais moyen (et par nombre de fans de manga européens) : des scènes ecchi en pagaille, de la violence crue dérivée de la farce théâtrale la plus bouffonne, des personnages au design très kawaii et pour finir des gags d’une bêtise incomparable et d’un ridicule accompli. Tout cela est compressé à l’extrême dans des historiettes très courtes (8 minutes environ, générique compris !) qui sont donc –évidemment- extrêmement rythmées. Le talent des créateurs de la série, conjugué à l’inventivité de la mangaka Risa Itou qui a développé le concept d’Ebichu (seule une femme pouvait parler ainsi de la vie de couple et de la vie sexuelle au Japon avec un ton si cru, et elle l’a fait grâce à un hamster !), fait que vous ne risquez pas de vous ennuyer une seconde en visionnant Ebichu !


¤¤¤ Synopsis :

Ebichu, c’est un hamster. Une femelle hamster plus précisément. Elle vit avec sa maîtresse, une secrétaire de 25 ans qui n’arrive pas à se trouver un mari convenable avec une bonne situation. Ebichu fait tout pour encourager sa maîtresse dans cette entreprise, mais celle-ci n’est pas vraiment bonne à marier. Irascible et caractérielle, irresponsable et puérile, elle fume clope sur clope et laisse Ebichu faire tout le ménage dans la maison ! De plus, son petit ami Kaishounashi est un bon à rien, une loque sans intérêt, un raté doublé d’un infidèle qui déteste Ebichu et préfère passer du temps avec son copain Maa-kun ou rentrer chez lui chaque soir après le sexe plutôt que de rester auprès d’elle (la maîtresse d’Ebichu, qui n’a pas de nom). Heureusement qu’Ebichu est là pour tenter de les remettre dans le droit chemin. Étrangement, malgré sa petite taille, malgré le traitement qu’on lui inflige à longueur de journée, celle-ci ferait tout pour protéger sa maîtresse…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

L’ensemble de la série tourne complètement autour d’Ebichu, un personnage réellement adorable, qu’on ne peut qu’aimer (les jeunes femmes surtout adoreront son aspect “peluche”) et plaindre quand on voit les traitements que lui inflige son irascible maîtresse. Vous ne vous lasserez pas de suivre les désastreuses aventures quotidiennes de ce minuscule hamster qui finit toutes ses phrases par “CHU” (un peu comme Pikachu) et fait un chuintement abominable/trop adorable (rayez la mention inutile) quand il marche avec ses tous petits pieds.

Pour vous résumer la chose, comme les épisodes sont courts (très courts), tout instant est prétexte à glisser un gag délirant, qu’il soit gestuel (le plus souvent des coups violents donnés à Ebichu qui finit écrasée contre le mur ou le sol, pissant le sang) ou verbal (outre le “dechu” prononcé par Ebichu et qui parodie le “desu” –verbe “être” en japonais- les jeux de mots sont légion, dans le plus pur style irrévérencieux des nippons). En effet, le comique de la série repose énormément sur les mots, et bien entendu sur des mots érotiques, car Oruchuban Ebichu ne cache rien, ne tait rien, et ne laisse rien passer : entre strings, godemichets et gémissements sexuels divers, l’humour “ecchi” est omniprésent.
On le comprend très vite en visionnant les épisodes, l’anime est véritablement très libre de ton, se permettant presque tout (un personnage a même un penchant zoophile platonique envers le hamster parlant !), et cela est permis par le style graphique unique d’Ebichu.

Il est vrai qu’on ne peut pas toujours montrer tout ce qu’on veut, même dans un dessin animé, alors comment afficher sans complexe une position sexuelle très crue ou bien un vagin dans un anime ? En utilisant le parti pris d’Oruchuban Ebichu, dont le design naïf et enfantin d’apparence laisse libre cours à l’imagination du spectateur. Très proche du style de dessin de l’art caricatural, les graphismes d’Ebichu sont avant tout suggestifs, montrant des personnages volontairement simplifiés (réduits au strict minimum) et disproportionnés, insistant sur des visages très expressifs et vivants et des mouvements dynamiques (évidemment, la plupart des actions se déroulent en quelques secondes !). Au niveau des décors, à peine esquissés, le style de dessin très épuré fait penser à celui du film du studio Ghibli Mes Voisins les Yamada (réalisé par Isao Takahata en 1999 également), dont le comique résidait également dans la simplicité.

Pour adultes seulement

De cette manière, Oruchuban Ebichu peut aborder tous les sujets de la vie quotidienne dans la société japonaise, laissant un hamster déglingué mettre son grain de sel dans la vie de sa maîtresse, allant jusqu’à intervenir en plein milieu des jeux sexuels qu’elle pratique avec son amant pour les réprimander ou leur donner des conseils ! (“Non ! Non Non Non tu te trompes, là c’est pas le bon trou, c’est son trou du cul !”). Ebichu se transforme même à l’occasion en “Ebichuman le sauveur sexuel” !, preuve qu’ici aucun sujet n’est tabou.
Néanmoins, les pitreries et les gags de la série Ebichu sont surtout une façade, certes hilarante et très réussie, qui permet de faire passer un message primordial pour les femmes dans la société nippone. Effectivement, comme on l’a souligné en introduction, la créatrice originale d’Ebichu est une femme, et celle-ci dénonce par la caricature extrême la difficulté pour une femme nippone –ici la maîtresse d’Ebichu– de n’être pas encore mariée à l’âge de 25 ans, et toute la pression que la société japonaise fait peser sur ces femmes.
Heureusement, la série animée a gardé cet esprit et le rend bien vivant. Il faut donc voir au-delà des gags, des coups de tatane en pleine face de hamster, des insultes et des blagues vaseuses sur le sexe (vaseuses mais toujours drôles), mais sans en perdre une miette car c’est le tout qui fait le succès de la recette d’Ebichu.
Ainsi, en mettant en scène un très petit nombre de personnages, la série se concentre sur l’essentiel : les relations de couple et la vie quotidienne, vus, revus et commentés à la hauteur d’un hamster parlant, avec ce regard si mignon, si innocent et si naïf qui donne tout son charme et toute son efficacité à la série.

Notation : 8/10

Véritable délire visuel comique et irrévérencieux, Ebichu est un anime inimitable, que je vous conseille sincèrement de découvrir. Son seul défaut pour nous autres spectateurs européens est de paraître difficilement abordable au niveau de certaines activités typiquement japonaises (par exemple le mah-jong, le pachinko, etc.), toutefois ceux qui prendront le temps de lire les notes explicatives avec la volonté de s’imprégner de la culture nippone seront récompensés et pourront en profiter pour quelques très plaisantes minutes de délire.
Pensez-y, que diriez-vous d’observer la vie derrière les yeux incommensurablement candides d’un hamster femelle, juste le temps de quelques petites historiettes décalées ? (que vous n’êtes même pas obligés de visionner dans l’ordre, que c’est pratique !).

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