La saga One Piece prend enfin de l’envergure au cinéma avec ce quatrième film, plus mature, plus ambitieux, une course folle dans laquelle tous les coups sont permis…

Une régate qui tourne mal

  • Genre : Aventure / Comédie / Action /Sport
  • Réalisateur : Uda, Kônosuke
  • Manga original : Oda, Eiichiro
  • Studio : Toei Animation
  • Année de production : 2003
  • Licence : Non
  • Nombre d’épisodes : 1 x 90 mins

La saga One Piece prend enfin de l’envergure au cinéma avec ce quatrième film, plus mature, plus ambitieux au niveau scénaristique et plus novateur et explosif dans son concept. En effet, finies les éternelles petites îles des premiers films, ma foi bien sympathiques dans leur principe (île horloge, île modulable, île protégée par un mur naturel…) mais qui avaient néanmoins tendance à apparaître de plus en plus rébarbatives dans les possibilités qu’elles offraient dans le déroulement de l’action. On accueille donc avec bonheur la nouvelle, ces aventures un peu trop semblables (affronter un gros vilain tyrannique sur une île mystérieuse) laissant la place à des histoires présentant autant d’inventivité qu’on pouvait en retrouver dans la série, car la Toei Animation prend le parti d’adopter une approche radicalement plus accrocheuse, prenant le risque de délaisser une recette qui marchait jusqu’alors avec des résultats satisfaisants.

¤¤¤ Synopsis :

L’incipit de ce quatrième opus est donc le suivant : alors que nos héros savourent un repas et un repos bien mérités dans un des très nombreux bars mal fréquentés de Grand Line, ils sont intrigués par une étrange transaction entre le barman et un pirate. Attirés par l’odeur du mystère et un urgent besoin de liquidité (nourrir Luffy coûte très cher), ils s’enfoncent dans un tunnel obscur sur les conseils de l’énigmatique barman pour se retrouver… dans une immense salle rassemblant des dizaines d’équipages pirates provenant de tous les coins du monde !!! Ils sont réunis ici pour un évènement exceptionnel, une course de la mort organisée par les pirates, une course intense aux enjeux insoupçonnés et qui promet d’être particulièrement dangereuse car ils devront affronter des pirates impitoyables, tel le favori de la course, le terrible capitaine Gaspard

Bonus song : OST – track 01 – Main title ~ Port town Hannabal

¤¤¤ Critique de la rédaction :

La Course vers la Mort affiche dans l’ensemble une réalisation intelligente et plus léchée que d’habitude en ce qui concerne les décors, les arrière-plans et les tons/couleurs utilisés pour souligner les émotions ainsi que les plans vertigineux et dynamiques employés pour nous intégrer au coeur de l’action. A cela s’ajoute une mise en scène inspirée (à noter l’introduction vécue du côté d’un équipage de la marine à la poursuite du Vogue Merry, le spectateur se retrouvant comme plongé dans la subjectivité du capitaine lui aussi simple spectateur de la fuite des pirates) portée par des choix très souvent intéressants (nombreuses plongées et contrelongées, des mises au points intéressantes, la présentation de Sanji et Zoro à la manière d’un jeu de baston lors d’un combat) et une qualité technique au-dessus de la moyenne pour un opus de One Piece. L’animation se montre effectivement crédible et réussie (notamment au niveau des effets naturels, le vent et les vagues en images de synthèse s’avérant très bien faits) et on peut raisonablement mettre en avant que l’option caméra dynamique se promenant au milieu de graphismes totalement synthétiques et les navires et villes quelquefois représentés en 3D ou en cell shading, deux partis pris visuels qui peuvent se révéler désastreux si on ne les maîtrise pas, donnent des résultats très satisfaisants.
Le plan-séquence en caméra subjective qui nous fait visiter la ville au début du film, sillonant entre les bagarreurs, les prostituées et les voyous de la pire espèce dans les ruelles sombres jusqu’à un bar piteux et vraisemblablement malfamé est une prouesse technique qui nous met immédiatement dans le bain : ce film n’est pas comme les autres, sa technique supérieure et sa qualité visuelle d’ensemble, un character design pour sa part de bonne tenue et des détails soignés le placent dans ce qu’on pourrait appeler la nouvelle génération One Piece. Les visages sont plus expressifs grâce à un panel de sentiments accru et les images sont mieux définies dans la plupart des cas, même si de nombreux défauts subsistent encore dans les mouvements des corps et dans les fonds, défauts qui restent indignes pour une version cinéma de One Piece qui devrait être parfaite, mais là l’objectif est sans aucun doute plus commercial et plus divertissant qu’artistique, tout le monde en conviendra et personne ne se plaindra, parce qu’on a pas le coeur à râler et à repérer chaque erreur visuelle quand on s’amuse autant. C’est bien cela la caractéristique implacable de l’esprit One Piece, nous abreuver de tellement de génie comique et visuel et d’émotions communicatives qu’on finit par en oublier les quelques défauts et les éléments répétitifs qui ne gâchent en définitive que très rarement la grandeur du spectacle.
La musique est très présente dans cet épisode et soutient à merveille les différents temps de l’action, avec des accents tantôt modernes (le plan-séquence de l’intro) et tantôt plus classiques, empreinte des thématiques chères à One Piece. Des mélodies virevoltantes et amusantes accompagnent donc nos héros tout au long du film lors des moments plus calmes et comiques, cédant évidemment la place à des morceaux plus enjoués et rythmés lors de la course et des affrontements dantesques qui vous attendent. On retrouve bien naturellement les très bonnes musiques de la série à de nombreuses reprises lors des scènes phares du film : Luffy et ses bagarres de bar, quelques scènes d’action époustouflantes et estomaquantes, le final… cette bande-son mixte est donc toujours aussi soignée et entraînante que d’habitude, parfaite car elle se veut aussi glaciale quand le danger s’approche, pour preuve le thème de Gaspard, pesant et effrayant, qui crée une véritable atmosphère. Décidèment, One Piece peut vraiment se prévaloir de sa bande originale, un de ses meilleurs et infaillibles points forts.

Bonus song : OST – track 02 – Underground bar, Large Hall 1

Enfin un opus plus adulte que ses prédecesseurs ! Les protagonistes et les personnages secondaires ont de vraies conversations, des réactions sincères et sérieuses et les protagonistes sont plus impliqués dans le déroulement de l’action qu’ils ne l’ont jamais été dans les autres films. Ils communiquent entre eux pour prendre des décisions et leur destin en main, ils ne sont plus que de simple faire-valoir de Luffy le héros qui de son côté tend de plus en plus avec le temps à se transformer en bouffon ogresque ridicule qui entraîne toujours ses amis avec lui dans les pires situations, pour accentuer encore plus le contraste entre cet aspect de sa personnalité et celui radicalement plus déterminé qui se réveille en lui quand ses compagnons sont en danger et qu’il est prêt à tout pour les sauver. Cette ambivalence sur laquelle les scénaristes insistent fonctionne à merveille dans chaque épisode, c’est prouvé, et Luffy se révèle une fois de plus le centre de l’attention et des émotions (surtout l’humour, mais pas seulement) présents dans cet épisode. On retrouve aussi au sein de ce film les thèmes chers à One Piece toujours aussi présents et marquants : les valeurs familiales et l’amitié, se battre pour sa passion et sauver ceux qu’on aime, aller jusqu’au bout de ce qu’on entreprend, ne jamais se décourager ni se laisser intimider…

Sur le plan des nouveautés, on peut apprécier le renforcement de l’équipage et sa tentative de rééquilibrage paritaire avec l’arrivée de la petite nouvelle, Nico Robin, présente depuis peu dans la série et qui fait maintenant son apparition dans les films, comme l’ont fait avant elle Usopp, Sanji puis TonyTony Chopper, rajoutant une touche plus sérieuse à l’équipage grâce à sa culture et son intelligence, son calme et son pouvoir qui se révèle souvent très utile. On salue aussi la présence d’un personnage ultra-classe, un chasseur de primes du nom de Shuraya, qui relève d’un bon cran le niveau des personnages secondaires jusqu’ici utilisés dans les films, comme par exemple le traditionnel gamin et le grand-père mourant servant à nous attendrir (mais aussi à contenter un public jeune encore présent qui peut ainsi s’identifier à un enfant qui à une vie dangereuse et trépidante).
Le principal changement de ce film reste bien sûr sa longueur, étendue à 90 minutes, c’est-à-dire la durée moyenne d’un long métrage, alors que les précédents n’avaient jamais osé dépasser la barre de l’heure.

Ce film nous réserve encore plus de suspense que les précédents, beaucoup d’originalité et de mystère. Un évènement aussi fédérateur et rempli de possibilités tel que la course géante proposée ici par les créateurs de ce film leur permet d’exploiter un contexte quasi dénué de limites, car bien entendu on nous réserve une course qui ne peut pas être comme les autres. Déjantée elle sera, et déjantée elle est, mettant en concurrence nombre d’équipages bien diversifiés (par leur technique et la nature de leur embarcation) dont beaucoup ne feront pas long feu. Cette course d’une nature assez spéciale vous réserve assurément bien des surprises, vous rappellera que Luffy et ses amis ne sont qu’une bande de malades inconscients et que la navigation c’est de la rigolade… euh non, ça c’est faux, mais qui n’avait ja-ja-jamais navigué ?

Bonus song : OST – track 28 – Departure

L’humour décalé et cynique de ce quatrième film en font un bon cru, une course folle (référence à la « rat race » alias Satanas et Diabolo) où tous les coups sont permis, dans laquelle on retrouve avec enthousiasme et bien entremélés les univers captivants de la compétition et de la piraterie, avec dépassements par la droite, bordées de canons, queues de poissons, abordages et de très nombreux accidents de parcours, la règle commune étant ici l’élimination et la destruction de l’adversaire, un déluge d’action et de frénésie jouissive que ce film nous fait vivre avec délectation, style, rythme et intensité, sans pour autant négliger de mener à bien un scénario assez riche et farfelu, bourré d’émotions fortes, on ne peut regretter que le fait qu’il n’arrive jamais à atteindre le palier supérieur et reste simplement un bon film divertissant et dépaysant, sans plus (la magie ambiante fait moins d’effet que d’habitude), mais la nouvelle génération est lancée, on attend le prochain film avec impatience !

Notation : 7.5/10

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