Après une première adaptation très réussie du manga de Yoshiaki Kawajiri par un film, le désormais célèbre ninja Jubei Kibagami réapparaît 10 ans plus tard, en 2003 donc, dans une série de 13 épisodes, très décevante…


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  • Genre : Action / Fantastique
  • Réalisateur : Sato, Tatsuo
  • Manga original : Kawajiri, Yoshiaki
  • Studio : Madhouse, Kitty Films, Wowow
  • Année de production : 2003
  • Licence : Kaze
  • Durée : 13 x 25 mins

 Après une première adaptation très réussie du manga de Yoshiaki Kawajiri par le film Ninja Scroll réalisé en 1993, le désormais célèbre ninja Jubei Kibagami réapparaît 10 ans plus tard, en 2003 donc, dans une série de 13 épisodes intitulée Ninja Scroll TV. Pour mener à bien ce projet, le studio Madhouse Production, qui était à l’origine du premier film, est rejoint par les studios Kitty Films et Wowow, et l’auteur est reconduit à la rédaction du projet avec l’aide de Toshiki Inoue, un mercenaire très experimenté qui a travaillé sur des dizaines de scripts de séries animées (dont entre autres Full Metal Alchemist, Death Note, Enfer et Paradis, les séries Galaxy Angel et Kamen Rider), cependant cela ne garantit en rien l’authenticité et la qualité de cette nouvelle adaptation…

Le scénario reprend en partie l’histoire originale, avec un pitch très semblable, même si l’histoire est sensée se dérouler après celle du film (elle reprend pourtant certains passages et protagonistes présents dans le film, mais sans aucune relation évidente…ce qui est plutôt déroutant dès le départ pour les fans du film).
Kibagami Jubei est (toujours) un « Shinobi », mercenaire ninja qui vend ses services tout en vagabondant à travers les forêts du Japon. Arrivant aux alentours d’un village, il y fait la connaissance d’une jeune fille belle et intrépide, Shigure. Mais le village est subitement attaqué par d’horribles monstres et rapidement réduit en cendres… Il sont à la recherche d’un artefact, la Pierre sacrée du Dragon, afin d’accomplir la prophétie de la jeune fille de la Lumière…

On est plongés dès la première seconde dans un monde d’ombres, de légendes et de mystères, emplis de ninjas masqués et de monstres hideux (oui, vraiment hideux) et terrifiants (de temps en temps…), mais l’illusion est de courte durée. En effet on s’aperçoit au bout de quelques minutes que la série est limitée par des composantes tout simplement…médiocres. Le character design perd bien sûr en qualité par rapport au film, il est même de mauvaise qualité, les corps perdant leur finesse et leur souplesse et les visages reprenant un aspect trop commun (du type des séries modernes faites à la va-vite). Le plus déplorable reste bien entendu la transformation du héros Jubei à la beauté sauvage et à la crinière indomptable en… (j’ose à peine le dire…) cousin éloigné d’Aladdin, le visage rond et molletonné, au physique mal dégrossi. Pour e qui est du reste des personnages, les humains partagent ces mêmes défauts : des visages trop communs et parfois trop occidentalisés, avec des yeux et des nez ronds (seule la plus ou moins jolie Shigure s’en sort avec un visage acceptable, et le vieux moine est… complètement raté…). Les créatures et monstres en tous genres sont un peu mieux lotis dans l’ensemble, avec des designs originaux et vraiment repoussants, toutefois certains sont vraiment ratés.

Bonus song : Opening – Kitaro

Coté musique, la série garde en petite quantité les sonorités classiques des légendes japonaises présentes dans le film, mais se dote en addition de thèmes électroniques (joués au synthé, pour ceux qui n’aiment pas les tonalités molles, ne vous attardez pas sur le générique…bon sur le reste non plus) qui appuient le style plus « westernisé » de la série par rapport au film. Une bande-son donc moins traditionnelle, et même oscillant carrèment entre hard rock de supermarché pour les scènes de combat, dont le fond se compose de morceaux de néo-métal avec des influences plus ou moins rap/techno trés rythmés mais vite insupportablement répétitifs. Attention, soyez toujours prêts à vous boucher les oreilles car une insipide musique d’ascenceur vient meubler les moments sentimentaux. Un score à oublier définitivement en fin de compte.

Tout n’est pas à jeter aux oubliettes, car Ninja Scroll possède enfouies dans ses bases quelques-unes des qualités inhérentes au manga original et au film. L’univers toujours attractif des ninjas, les monstres démesurés, un héros à la personnalité fédératrice… il est quand même dommage de s’apercevoir que la série s’acharne à détruire méthodiquement tous ses atouts et à creuser sa propre tombe. Les figurants sont pétris de clichés, l’animation des personnages est négligée car les combats sont privilégiés et les scènes intermédiaires en pâtissent, et mêmes les scènes de combat ne valent aps la peine d’être suivies, car l’action est trop répétitive et chaque adversaire est expédié à la va-vite (un coup de sabre et hop, c’est plié !), définitivement sous-exploitée par rapport aux possibilités offertes par les nombreuses techniques et capacités des ninjas et des monstres inventés pour peupler la série. L’univers dépeint est trop peu crédible, sorte de mélange entre film de sabre japonais classique et éléments de science-fantasy injustifiés, avec des ninja trop modernisés, même robotisés par moments : armures, pneus, oiseaux mécaniques, électricité, les mythes et sortilèges du Japon féodal sont ignoblement remplacés par les machines, avec un résultat pathétique. Sur un plan un tout petit peu moins décevant, reste l’ineffable Jubei, dont les répliques sont ridicules ou sonnent faux la plupart du temps, mais qui garde heureusement son air désabusé toujours efficace pour prendre la narration et les dialogues à contrepied et aposer une dose d’humour à l’anime. Malheureusement, il est noyé dans un flot navrant de banalité.

En ce qui concerne le scénario, on constate trop de raccourcis scénaristiques et d’incongruités pour créer et crédibiliser vraiment un monde trop modernisé et dénué de toute identité et trop manichéen (on dirait que ses habitants sont tous prêts à se sauter dessus sans raison, tout le monde est trop gentil ou trop méchant). Imprimer un aspect « western » à l’ambiance n’était pas une mauvaise idée, mais elle est trop peu exploitée et mal mise en valeur. Le coté gore, sexuel et violent qui donnait un sacré caractère au film est ici plutôt galvaudé et souvent injustifié, tout comme le script dans son ensemble, décousu, léger et sans interêt, juste assez bon pour amener toujours plus de combats dénués de sens ou de rebondissement téléphonés (si on peut appeler cela des rebondissements, disons à peine des soubresauts).

 Ninja Scroll est donc une série sans âme, mal dégrossie, et vous en aurez vite fait le tour car tous les épisodes se ressemblent (heureusement il n’y en a que 13 à supporter) et seuls les spectateurs les moins exigeants u trouveront leur compte, et encore. Voilà ce qui arrive quand on cherche à rendre plus accessible (comprenez par là : puériliser) et plus commercial un chef-d’oeuvre viscéral et barbare tel que le film Ninja Scroll, pour en faire une série creuse et barbande, confondant innovation et incompétence. Je le répète, tout n’est pas à jeter, mais regarder entièrement cette série reste un exploit et accessoirement, une perte de temps. Les graphismes sont intégralement laids sauf de rares exceptions et les visages sont trop « disneyisés » ainsi que les réactions des personnages qui ne collent plus du tout avec l’image légendaire véhiculée par les ninjas. Mauvais goût, mauvais scénario et mauvais tout court sont les expressions qui résument le mieux cet anime. L’histoire tient à peine la route, certaines scènes s’enchaînent sans raison valable et on rencontre même certains personnages dont ne connaît ni l’utilité ni l’implication dans le scénario… (la plupart des monstres de grand chemin correspondent à cet état de fait).
Pour conclure, Ninja Scroll est une série à ignorer ou à laisser à ceux qui ne sont vraiment pas regardants sur la qualité ou qui adulent les histoires de prophéties de bas étage et qui pourront supporter l’infâme bande-son électro d’un autre âge qui tourne en boucle (ne pas la laisser à portée d’écoute de personnes suicidaires ou fragiles mentalement). Pour tout le monde, à oublier très vite. Navrant…

Notation : 3.5/10

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