Si vous aimez les road-movies, vous serez certainement séduits par L’odyssée de Kino, un très joli « road-anime » qui nous entraîne sur les routes d’un monde fantastique, au sein duquel le jeune Kino découvrira d’étranges sociétés toujours intrigantes, souvent aberrantes…

Les voyages forment la jeunesse


♦ Genre : Aventure / Réflexion / Action
Réalisateur : Nakamura, Ryutaro
Studio : Studio Wombat, Wowow
Année de production : 2003
Licence : Kaze
Nombre d’épisodes : 13 x 24 mins

Après un très joli générique d’entrée, le voyage commence sans perdre un instant, sur les routes d’un monde inconnu. Un univers intemporel et somme toute assez banal au premier abord, dans lequel vont se dérouler l’ensemble des douze épisodes de la série, un univers dépeint par le scénariste Sadayuki Murai (reconnu pour son travail sur Millenium Actress, Steamboy et Cowboy Bebop, excusez du peu) dont le talent pour conter des histoires agit à merveille dès les premières minutes pour nous plonger instantanément dans un passionnant carnet de voyages. A la réalisation, on a pas non plus affaire à n’importe qui, car c’est Nakamura Ryutaro (Serial Experiments Lain, REC, Legend of Crystania), qui s’y colle. Insérez vite votre DVD dans votre lecteur, faites chauffer le moteur, appuyez sur la pédale télécommande et en route pour une virée particulièrement dépaysante placée sous le signe bienveillant d’Hermes, le dieu messager et gardien des voyageurs.



¤¤¤ Synopsis :

Tout commence alors que Kino vient de quitter son maître afin de visiter le monde sur sa fidèle moto. Les problèmes commencent dès qu’il s’agit de choisir un chemin, car celle-ci n’est pas toujours du même avis que Kino et tente de le raisonner par tous les moyens. Eh oui, sa moto, Hermes, lui parle ! D’ailleurs elle n’arrête pas de lui faire des reproches sur son manque de préparation et sa désinvolture. Kino, au contraire, ne semble pas se formaliser des remarques de sa compagne motorisée et prend les choses comme elles viennent. La route sera semée d’embûches pour Kino et Hermes, qui visiteront d’étranges contrées où vivent d’encore plus étranges personnes. Seule règle pour ces voyageurs : ne pas rester plus de trois jours au même endroit, puis reprendre la route encore et encore…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Pour Kino, ce qui importe le plus c’est de toujours rester un voyageur, ne pas risquer de s’installer dans une ville et perdre ainsi cette forme de liberté qu’il chérit tant. L’histoire insiste beaucoup sur la figure du « voyageur » (Tabibito en japonais, mot qui revient très souvent dans l’anime), symbole de liberté et de détachement, témoin privilégié qui peut porter un oeil neuf et neutre sur les contrées qu’il visite. C’est dans cette optique que se construit l’intrigue de l’Odyssée de Kino, autour du personnage central qui observe et analyse d’un oeil curieux les différentes sociétés qu’il aborde dans chaque contrée, un point de vue auquel le spectateur peut aisément s’identifier. De plus, le monde dans lequel voyage Kino est un mélange surprenant et hétéroclite d’inventions futuristes, de bâtiments classiques et d’objets contemporains. Le tout nous plonge dans une atmosphère de mystère et d’aventure qui en appelle à la fois au genre « steam punk » et à l’exotisme fantaisiste de l’odyssée d’Ulysse ou des contes de Sinbad le marin ou des voyages de Gulliver, en nous décrivant des sociétés utopiques plus étonnantes les unes que les autres. Une véritable odyssée moderne qui n’usurpe pas son nom, un voyage excitant et plaisant à plus d’un titre.

L’odyssée de Kino affiche un character design très original, montrant des visages très simplistes, enfantins et peu expressifs au premier abord et pourtant tout à fait adaptés quand il s’agit de montrer la tristesse qui habite les yeux de Kino ou bien la naïveté de la plupart des énergumènes qu’il croise sur sa route. Une simplicité touchante et surprenante donc, qui se prolonge dans les décors, très enfantins et agréables, assez géométriques dans leur simplicité (les nuages sont de grandes tâches filiformes, les arbres sont tous semblables) et néanmoins toujours plaisants à l’œil. Au-delà, c’est surtout une question de détails qui prévaut, car si les corps des personnages sont un peu trop grossiers et manquent sévèrement de finition, les objets sont quand à eux assez beaux et inventifs. Du bon et du mauvais, c’est normal, les graphismes ne plairont pas à tout le monde, mais leur originalité et leur naïveté toute enfantine ne devrait pas vous laisser indifférents. Une particularité à souligner tout de même, le character design a beau être enfantin par bien des aspects, le propos de l’anime est au contraire parfaitement sérieux et adulte : le visuel de la série affiche donc un contraste détonant entre la douceur enfantine du visage de Kino (on dirait un gamin de 8 ans) et son étrange détachement qui dérange lors des scènes où il utilise son pistolet. En effet, l’anime fait parfois preuve d’une violence assez crue (déconseillé aux plus jeunes assurément), car en se confrontant à la bizarrerie des gens, Kino se confronte également à leur différentes visions du Bien et du Mal, et à de nombreux dangers.

Seul véritable point noir au sein des graphismes, l’animation, qui retire honnêtement moins de qualité du parti pris de la simplicité, ouvertement revendiqué dans la mise en scène. Dans la forme, ça donne parfois lieu à des effets visuels un peu « cheap », mais le plus dramatique réside dans les défauts bien trop visibles au niveau de la justesse des ombres et des perspectives, ce qui peut s’avérer parfois bien gênant.

D’un autre côté, le spectateur ne se formalisera pas de ces quelques approximations, car dans l’Odyssée de Kino, tout repose sur l’ambiance, bien caractérisée par des tons monochromatiques, fréquemment utilisés avec des couleurs grises, blanchâtres et crémeuses qui traduisent une envie de donner un aspect « classique » voire un peu désuet à la série. Les couleurs sont en conséquence bien ternes, apaisantes, seules quelques rares nuances de rouge viennent troubler cet univers assez monotone ; attention monotone n’est pas forcément péjoratif, car on s’accommode très bien de la lenteur et de la pâleur qui caractérisent l’anime.

On regrette seulement que les décors ne se renouvellent pas un peu plus, à quelques rares exceptions. Pour compléter, on entend une musique à la fois poétique et contemplative, très belle, à l’instar des jolis génériques d’introduction et de fin. Ces quelques airs discrets venant agrémenter les aventures de Kino de-ci de-là créent une atmosphère très prenante.


Bonus song : OST – Track 08 : the beautiful world

Le scénario et les dialogues font évidemment passer beaucoup de valeurs positives autour de la symbolique du voyage, thème qui habite toute la série. Le symbole le plus flagrant est bien entendu la moto, instrument parfait du road-movie qui permet de faire de grandes virées en toute liberté les cheveux au vent à la Easy Rider (bon d’accord la moto de Kino est loin d’être un superbe chopper et se rapproche plutôt du solex), et il y a surtout son nom, Hermes, en hommage au dieu du commerce protecteur des voyageurs dans la mythologie grecque.

L’histoire évoque sans cesse la beauté de l’idée même du voyage, de l’envie irrépressible de partir qui se fait parfois sentir dans le cœur des hommes, et qui habite à présent le cœur de Kino, pour qui les obstacles ne sont jamais insurmontable sur la route de la liberté. Les symboles ralliant les images de liberté et de voyage sont nombreux a être pris à témoin dans l’anime, entre les oiseaux, la moto, les vendeurs itinérants, la route, le chemin de fer, et bien d’autres encore.

Au final on ne peut s’empêcher d’être attiré par le parfum de mystère et d’évasion qui s’exhale de ces petites historiettes, remplies de questionnements philosophiques qui poussent le spectateur à réfléchir sur ce qu’il voit et ce qu’il entend (c’est assez rare pour le souligner, il faut ici réfléchir par soi-même et on apprend des choses !). De nombreuses maximes viennent ainsi ponctuer les épisodes, comme par exemple :

« Chaque fois qu’une personne voit des oiseaux voler dans le ciel, on dit qu’elle ressent le besoin de partir en voyage« , des pistes de réflexions qui résument clairement la volonté de l’auteur au travers de son oeuvre, qui est de nous faire découvrir la vie d’un véritable voyageur ; le choix d’une existence nomade que beaucoup d’entre nous aimerions expérimenter mais qui ne reste souvent qu’à l’état de rêve ou de projet, mais que nous pouvons vivre le temps de 13 épisodes en suivant les intrigantes aventures de Kino.

Un anime qui reste mystérieux et évasif jusqu’au bout, ne s’essouffle pas en se maintenant à un rythme constant et calme, et pointe avec intelligence et ironie les défauts et les qualités de la condition humaine. Une question revient d’ailleurs souvent :

Pourquoi le monde est-il si beau ? Peut-être à cause de la diversité dont il est fait…

Notation : 8/10

► Un anime très original qui, grâce à son ambiance posée et son parfum d’aventure dépaysant, nous amène à réfléchir sur la nature humaine et le fonctionnement de nos sociétés. Reposant.

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