Avec une implacable efficacité, Jyu ô Sei vous assène son cocktail explosif d’action / réflexion / SF dans un univers contrasté aussi futuriste d’un côté que primitif de l’autre, toute une complexité qui nourrit l’impact et la puissance intellectuelle et émotionnelle de cet ambitieux projet…


  • Genre : SF / Action / Réflexion
  • Réalisateur : Nishikiori, Hiroshi
  • Studio : Bones
  • Année de production : 2006
  • Licence : Non
  • Durée : 11 x 23 mins

 Dès les premières images et le générique d’introduction, on est impresionné par la qualité technique et graphique de cette série sortie en 2006 et intitulée Jyu ô Sei (La planète du Roi des bêtes) qui va à n’en pas douter vous couper le souffle.

Dans un futur trés lointain (2436), deux frères jumeaux, Thor et Rai, contemplent la Terre depuis la cabine d’une station spatiale. Le premier, Thor, rêve de devenir pilote et d’aller sur la Terre pour connaître enfin autre chose que des parois métalliques glaciales. Son frère Rai, beaucoup moins impétueux, souhaite d’abord suivre la trace de ses parents pour devenir scientifique. Mais quand ils rentrent dans leurs quartiers leur vie bascule alors qu’ils retrouvent leurs parents baignant dans leur sang. Ils sont alors endormis par un nuage de gaz et se réveillent quelques heures plus tard à bord d’une capsule de survie en pleine jungle…la lutte pour la survie commence car ils n’ont pas le choix. Pourquoi a-t’on assassinné leurs parents ? qui sont les auteurs de cet odieux crime ? et comment se sont-ils retrouvés sur cette planète inconnue et hostile ?

Jyu ô Sei ne laisse absolument aucun répit au spectateur tellement les rebondissements initiaux s’enchaînent à une vitesse quasi-hallucinante dans un incipit fracassant avant de planter définitivement les bases et le fond d’un scénario ambitieux (le tout en nous mitraillant d’informations et de détails temporels et spatiaux qu’on a à peine le temps de digérer). Voilà, le décor est planté, alors place à l’action ! Avec une implacable efficacité, Jyu ô Sei va vous assèner son cocktail explosif d’action / réflexion / SF dans un univers contrasté aussi futuriste d’un côté que primitif de l’autre (ou post-apocalyptique selon les sensibilités) et propice à toutes les expérimentations civilisationnelles, morales, sociales et politiques. Cet univers efficacement mis en place par l’auteur lui permet d’analyser une utopie aussi crue que cruelle où les relations entre les personnages se singularisent par un mélange d’authenticité et de mensonge. C’est toute cette complexité qui nourrit l’impact et la puissance intellectuelle et émotionnelle de cet ambitieux projet.

Bonus song : OP – Deep in your heart (Doumoto Kouichi)

Difficile de ne pas penser à la célèbre fratrie Elric de Full Metal Alchemist quand on voit pour la première fois Thor et Rai (le côté orphelins revanchards, la générique de début…) On ne peut pas reprocher à Jyu ô Sei de s’inspirer du principe qui a connu un tel succès, et la série est d’ailleurs dotée d’une qualité graphique (animation et character design) au moins égale si ce n’est supérieure à son exemple. Ce character design trés réussi est trés proche de celui du film Vision d’Escaflowne (sorti en 2000) et on retrouve sans conteste le lyrisme épique et dévastateur de la série culte du même nom dans son héritier Jyu ô S ei, qui s’inspire aussi de plusieurs autres aspects les personnages, la planète inconnue…). Mais Jyu ô Sei n’est pas une série qui s’amuse à plagier ses prédecesseurs loin de là, elle reprend juste le meilleur de ses aînés et réussit à s’en éloigner pour se l’approprier, l’intégrer à son univers bien distinct et se forger sa propre essence.
En fin de compte le seul défaut qui empêche Jyu ô Sei de se hisser au niveau de ces séries est le script lui-même. En effet après les deux premiers épisodes le récit s’enchaîne beaucoup trop vite, sans nous laisser le temps d’explorer un arrière-plan trés riche. On passe à coté de bien des choses, et c’est le comble pour un anime aussi bien produit et aussi beau. Les sentiments ont dû mal à nous atteindre et ont se retrouve avec 11 épisodes trop condensés (alors que la série aurait mérité le double ou le triple au niveau du nombre d’épisodes), qui ne se montrent pas toujours à leur juste valeur (ni à la hauteur des deux premiers et des deux derniers épisodes, tout simplement excellents) avec un déroulement narratif vraiment incomplet qui amène trop rapidement à l’épilogue qui lui heureusement reste trés intéressant (voire ahurissant si on prend le temps de bien réfléchir à l’envergure h umaniste des thèmes abordés) avec ses théories passionnantes et son rythme percutant.

Jyu ô Sei est un anime trés moderne (voir déjà rien que les génériques et le style de la bande-son et son utilisation à contre-temps presque tout au long de la série), onirique et violent, qui annonce avec brio une nouvelle génération d’animes plus beaux, plus forts et plus ambitieux (génération qui a débuté avec Full Metal Alchemist, et dont Utawarerumono fait partie dans une moindre mesure) et qui bouscule le genre SF / Heroic fantasy en imposant ses nouveaux standards (avec de vrais univers à part entière, totalement crédibles et servis par un fond scénaristique en béton armé).
Appréciez donc sans crainte cette épopée SF au potentiel infini, simplement desservie par des détails et des dialogues trop souvent inconstants (voire inconsistants) et une idée de départ trés intéressante mais vraiment pas exploitée à son maximum à cause d’un format trop court.

Jyu ô Sei reste un anime à ne rater sous aucun prétexte, au moins pour être témoin de cette nouvelle ère de la japanimation moderne qui se met (ou remet) à considérer avec sérieux et ambition le genre SF.
Un diamant brut, fragile et magnifique à la fois.



Notation : (exceptionnellement, les notes sont ici basées autant sur le potentiel que sur la réalité de la série)
–> Graphismes : 9.5/10 (aboslument superbes)
–> Scénario : 9/10 (seul le script pèche dans son déroulement)
–> Doublage : 8.5/10 (aurait pu et dû être meilleur)
–> Puissance : 8.5/10 (les personnages ont du mal à faire passer les émotions)
–> Musique : 9.5/10
Total : 9/10

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