OAV en trois parties au titre énigmatique, Interlude mélange les genres et les références, pour un résultat complexe, surprenant et ma foi très intéressant…


Animatrix

Genre : Horreur / Action / Réflexion / Drame / SF
Réalisateur : Tatsuya Nagamine, Masahiro Hosoda
Manga original : ?
Studio : Toei Animation, Happinet Pictures
Année de production : 2004
Licence : Kaze
Nombre d’épisodes : 3 x 40 mins

Produit par le grand et toujours très prolifique studio Toei Animation (One Piece, Dragon Ball, Saint Seiya, Sailor Moon, etc.) et par la jeune société Happinet Pictures qui semble se spécialiser dans les OAV, Interlude est un projet ambitieux, surtout qu’on peut d’ores et déjà compter sur le scénario signé du talentueux Akemi Omode (Get Backers, Mobile Suit Gundam Seed, .hack//SIGN) pour le faire sortir du lot. Un OAV à découvrir sans tarder, pour ses indéniables qualités et pour son originalité.

¤¤¤ Synopsis :

Interlude, c’est l’histoire d’un jeune homme (qui n’a pas de nom) dont le quotidien est partagé entre d’un côté les cauchemars rédhibitoires qui le hantent par des visions de désolation, et de l’autre la vie au lycée et les sorties avec son amie d’enfance Tama et ses deux camarades Kim et Haruka. Petit à petit, il prête de moins en moins attention aux pitreries de la petite chipie maladroite qu’est Tama, car il est assailli par d’étranges sensations en plein jour, des hallucination persistantes qui le coupent de la réalité et dans lesquelles il aperçoit toujours la même jeune fille. De plus, Tama et lui surprennent la nouvelle conseillère d’orientation qui affiche un comportement étrange. Il semble que des choses pas très nettes se déroulent à leur insu.

¤¤¤ Critique de la rédaction :

On l’aura compris dès les premières minutes, Interlude joue à fond sur son côté mystérieux pour accrocher le spectateur. Au début de chacun des OAV par exemple, on retrouve une jeune fille différente qui nous débite un monologue mystérieux et pessimiste, nous plongeant immédiatement dans l’ambiance désirée. Une ambiance étrangement difficile à cerner, à cause du mélange des styles qui s’enchaînent à un rythme hallucinant : alors qu’on s’attend à un OAV horrifique somme toute assez commun, on est vite désorienté par l’enchaînement des situations. En effet, bien qu’on semble se diriger vers une histoire horrifique de chasseurs d’ombres ou de fantômes, on assiste soudainement à une invasion de zombies, puis on revisite le mythe grec de la boîte de Pandore, le tout baigné dans un humour très ecchi qui plaira aux amateurs de fortes poitrines… C’est à n’y plus rien comprendre.
Incongru ? Non car aussi étonnant que ce soit, tout se tient et alimente un suspense de tous les instants. La narration est constamment coupée par les hallucinations et les cauchemars du héros, si bien qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre.

De plus, au niveau originalité et efficacité, le bilan est plutôt (très) positif, grâce au savoir-faire du staff de la Toei Animation. Malgré une animation un peu trop mécanique par moments (beaucoup plus appliquée lors des scènes d’action que dans les séquences du quotidien), on note de très bons points dont un character design très détaillé au niveau des vêtements et des ombres (ce qui donne une réelle présence aux personnages), des visages sérieux, jolis et assez expressifs (bien qu’un peu quelconques ce qui fait parfois un peu penser à du hentaï) et des plans assez dynamiques et inventifs (plans obliques à la pelle au rendez-vous, peut-être même un peu trop). Rappelons néanmoins qu’Interlude n’est pas un film mais un OAV en 3 actes, d’où une limite flagrante dans ses ambitions graphiques, qui s’exprime au niveau des décors et des arrière-plans, à la fois très beaux et détaillés, mais trop répétitifs à certaines occasions. Reste que le format en 3 OAV de 40 minutes convient très bien à l’histoire, et que sa crédibilité visuelle générale lui donne une véritable identité, une agréable authenticité.
Une originalité que l’on retrouve avec plaisir dans la bande son composée par Koichiro Kameyama (Bobobo-bo Bo-bobo, Coyote Ragtime Show, Mirage of Blaze), très réussie, à la fois moderne et variée. Plus encore, elle habite parfaitement cet OAV, partageant sa multiplicité de styles, avec des mélodies lugubres et des sons aigus terrifiants (dans un style très Kwaidan Eiga – film de fantômes japonais à la Ring) qui entretiennent le suspense et installent une atmosphère pesante sur le déroulement de cet OAV très énigmatique.
On oubliera vite l’ending ridicule qui nous casse les oreilles (Ookinakoede par Young Fresh) car chanté par des gamins de maternelle perturbés et perturbants. On préférera donc se concentrer sur les excellents morceaux de la musique de l’anime, qui marquent à merveille la distinction entre les passages joyeux du quotidien et les séquences inquiétantes qui traversent l’esprit du héros. Une dualité qu’on retrouve au niveau visuel entre des tons très chaleureux et tantôt très lugubres.

Pandora’s box

Pour apprécier Interlude, il faudra donc être très attentif à tout ce qui se passe et cela dès les débuts de l’anime, très intriguant, qui nous fait entrevoir plein de possibilités quand à la nature des hallucinations du héros et des évènements qui se déroulent dans la ville, multipliant les pistes fantastiques qui font irruption à un rythme de plus en plus stressant dans sa vie. Petit à petit, il se retrouve dans une sorte d’entracte ou d’interlude, coincé entre deux mondes, deux réalités, deux dimensions… Heureusement, l’équilibre entre onirisme et physique quantique est bien maîtrisé par le scénariste, et cet OAV bien que complexe reste abordable avec un brin de réflexion.
Pour résumer, le début fait penser à The Faculty (avec les choses étranges qui apparaissent dans lycée); quand les monstres envahissent la ville mais ne sont visibles que par quelques élus on pense à Gantz puis à Matrix, et enfin le tout est habité par une ambiance très Resident Evil...

Après un visionnage vraiment plaisant, Interlude s’avère être au final un OAV surprenant, à l’esprit très décalé, mélant horreur, fan service, gunfights et tir à l’arc, paranormal, SF et mythologie, une oeuvre sérieuse qui joue beaucoup sur ses qualités mystérieuses, inquiétantes et angoissantes pour passionner le spectateur qui ne peut détourner son attention ne serait-ce qu’un instant. Il faudra même prendre quelques minutes à la fin pour tout récapituler et dépasser les petits points qui obscurcissent la compréhension de certains passages, pour rester sur une bonne impression.

Notation : 7/10

> Un OAV de très bonne facture qui plaira beaucoup aux fans de Matrix, et distille quelques belles valeurs d’espoir.

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