Le studio Gonzo nous sort un nouvel OVNI en 2004, Desert Punk. On découvre alors avec un sourire en coin le second degré omniprésent et tout bonnement excellent qui caractérisent cet anime, une série originale et pleine de bagout, qui ne manquera pas de vous surprendre…


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  • Genre : Action / Comédie / SF
  • Auteur : Usune, Masatoshi
  • Studio : Gonzo
  • Année de production : 2004
  • Licence : Asian Star
  • Nombre d’épisodes : 24 x 24 mins

57833.jpg Le studio Gonzo nous sort un nouvel OVNI en 2004, Desert Punk. On découvre alors avec un sourire en coin le second degré omniprésent et l’humour noir tout bonnement excellent qui caractérisent cet anime, sorte d’hybride entre classiques de l’animation revisités et actioner SF à la singularité prononcée. Bref une série originale et pleine de bagout, qui ne manquera pas de vous surprendre.

¤¤¤ Synopsis :

Le récit se déroule plusieurs siècles après la destruction du Japon. La région du Kanto (région de Tokyo) est devenue un désert aride et inhospitalier soumis à des températures extrêmes. Kanta, alias « le Sunabozou » (littéralement le « bonze du désert ») est un chasseur de primes de très petite taille, doté d’une très mauvaise réputation au point qu’il est craint de tous. Il rencontre par hasard une jolie jeune fille, Asagiri Junko, qui a réussi a s’échapper des griffes de l’immonde chef du clan Kawazu. Ne pouvant résister à sas charmes, Kanta décide de l’aider, car il a lui-même un compte à régler avec eux. Mais la situation se complique et il tombe dans une embuscade. Encore une mission périlleuse pour le « démon du désert » !!!

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Pour commencer, notons qu’on nous sert un générique « live » totalement ridicule, qui nous met immédiatement dans le bain : Desert Punk sera cynique et caricatural ou ne sera pas !
L’univers de Desert Punk est avant tout une histoire d’influences artistiques trés poussées, entre une atmosphère originale, accrocheuse et immersive, sorte de combinaison d’un univers western comique à la Trigun (les deux animes partagent d’ailleurs le même character designer) et du désert fantastique et inquiétant de la planète Tatooïne dans la Guerre des Etoiles avec ses soldats armurés des pieds à la tête, rappelant autant les énigmatiques sandtroopers impériaux que les terrifiants loups casqués des brigades de Jin-Roh. Sans oublier les mercenaires très semblables aux pillards Tusken de la Guerre des Etoiles eux aussi. Notre héros, le mythique Sunabozou, qui resemble plus à un apiculteur déséquilibré qu’à un chasseur de primes, gravite donc dans cette desert-punk--sunabozu--195-1024.jpglande de désolation dirigée par un gouvernement légèrement despotique qui laisse les populations miséreuses se débrouiller à l’intérieur d’une société dans laquelle règne l’anarchie, la loi du plus fort, et où les mercenaires et les bandes de hors-la-loi font euh…..la loi…

Du côté graphismes, Gonzo nous a concocté pour Desert Punk un visuel qui correspond à son monde hilarant et étonnant, franchement exagéré, avec des dessins bons sans être extraordinaires, suffisants pour ce genre d’anime à la « sauce classique » avec une animation discrète et réussie, dont l’humour n’a pas besoin d’un déluge de 3D pour s’exprimer. Le seul point qui nous rappelle que Desert Punk n’est pas une série des années 90, ce sont les images de synthèse, toujours de bonne facture chez Gonzo, on ne remarque toutefois aucune surenchère dans leur utilisation et elles n’apparaissent que quand c’est nécessaire. Un soin tout particulier est apporté aux détails : les gros plans, le design des armes, les traits du visage… au détriment des plans globaux dans lesquels les personnages sont parfois un peu bâclés.
Le character design est inégal, intéressant mais un peu vieillot, surtout pour les figurants qui sont tous très laids, et l’ensemble n’est pas toujours très crédible car les expressions du visage sont trop grossières (les artistes ont tellement pris le parti de l’éxagération que le résultat est souvent délicieusement grotesque), seuls quelques protagonistes sont privilégiés par une précision accrue du dessin. Le design des costumes et des masques est quand à lui très réussi (le héros dans sa combinaison déborde de style et de ridicule à la fois) et confère un style propre à l’anime, lui donnant un certain charme désuet et de la personnalité.
En outre, l’ambiance satirico-comique de Desert Punk est soutenue en permanence par une petite musique obstinante et entêtante, très efficace. On entend quelques accents funky à la Cowboy Bebop se dessiner de-ci de-là, au milieu de thèmes plus classiques au synthé qui ne cassent pas des briques mais ne sont jamais désagréables à l’oreille.

Bonus song : OP 1 – How to draw Sunabozu

L’histoire se développe en petites historiettes d’un ou deux épisodes reliées par un fil conducteur, l’insatiable quête de fric et de filles à grosses poitrines menée par le Sunabozou (qui consiste en réalité à se faire rejeter et humilier dans les deux cas). Les dialogues sont le plus souvent savoureux et loufoques; il faut cependant noter la présence de quelques rares passages qui sont difficiles à saisir car le scénario, lui, n’est pas de haute volée. On fait dans l’actioner tout ce qu’il y a de plus classique, seules les situations plus gr
otesques les unes que les autres amènent une bouffée de fraîcheur et d’originalité au script.
Les scènes d’action sont jouissives, composées principalement de gunfights endiablés orchestrés avec une bonne dose de folie dans la mise en scène. En gros, on sait que c’est de la frime et on s’assume, alors onsunabouzu1.jpg abreuve le spectateur d’un déluge de plans déjantés (trés souvent superbes et grisants de vitesse et de mouvement) et on évite le ridicule en rendant l’humour tordant, classe et piquant.

Chaque minute est ponctuée par les réflexions absurdes du héros, sorte de narrateur totalement imbu de lui-même, qui tire la couverture à lui dans chaque épisode, pour un résultat édifiant : il draine toute l’attention, et impose son caractère. Il en fait toujours des tonnes, il est obnibulé par se petite personne (très petite), se parle tout seul et vit dans un mirage permanent dans lequel il est le centre de l’univers, eh oui, une très longue errance dans le désert cela chauffe le cerveau. Solitaire, égocentrique et mégalomane, son panel interminable de défauts le rendant étrangement attachant (Kanta rappelle aussi bizarrement lors de morceaux de bravoures improbables le Tetsuo d’Akira, ébouriffé et doté de cette lueur d’insanité dans le regard où se confondent héroïsme et folie meurtrière).
On peut se dire que pour cette série, les hommes de Gonzo ont fini par abuser au niveau du choix des mangas qu’ils adaptent, avec cet anime qui se démarque par son comique de bas étage ostensiblement revendiqué par son créateur, farfelu et timbré au point qu’on en vient à s’inquiéter pour sa propre santé mentale (attention le ridicule ne tue pas, mais il peut être contagieux). Desert Punk est plus que déconcertant , affligeant, pitoyable et pathétique, il est surtout intriguant. Car très souvent on se prend à se demander où est le sérieux et où est le comique dans des scènes de chasse à l’homme passionnantes, cependant inévitablement recoupées par des réflexions ou des farces burlesques au possible, et c’est un luxe de pouvoir se gaver de telles bijoux d’idiotie sans aucun remords. Autre point fort de l’anime, une inventivité toujours renouvelée grâce à des personnages secondaires effrayants de stupidité et tous insupportables (mention spéciale à la petite Kosuna Taiko).

Le seul vrai défaut de Desert Punk tient dans le fait qu’on se sent par moments en décalage avec la série, pas assez intégrés dans un univers dépeint sans réelle volonté d’approfondissement, insuffisant pour imposer une vraie atmosphère à part entière alors qu’il en avait le potentiel. Ce manque de collusion entre le fond et les personnages (souvent trop peu caractérisés) fait qu’occasionnellement les dialogues sonnent faux ou même que le spectateur se sent éloigné de la narration et de son déroulement. Par chance, l’aura envahissante du héros vient sauver les meubles. On distingue tout de même un fond sociétal qui commence a prendre forme vers le 34c5919b6a8e9d4e6c751b061ad0f26d.jpgmilieu de la série, une civilisation avec ses coutumes, ses spécificités et surtout une moralité bien particulière, impitoyable et dirigée par un seul but : la survie. Des ombres apparaissent au fur et à mesure et chaque épisode devient de plus en plus captivant (mais seulement jusqu’au vingtième, les trois épisodes suivants étant des sortes de « fillers à base de resucées du début » avant le n°24, épisode final).

Au bout du compte, regardez Desert Punk. c’est un anime qui sort du lot, un électron libre qui choisit de mettre en avant la satire et l’aventure en pariant sur l’éxagération et peut aussi nous amener à réfléchir par nous-même dans un second temps, sur l’immoralité, les mécanismes de la perversité et de la quête du pouvoir qui pourraient mener notre société à sa perte, sur la conscience ou plutot l’inconscience humaine dans sa globalité.
Cynisme et second degré sont les clés du succès de Desert Punk, une série qui cache très bien son jeu, ne s’embarasse pas des conventions et va jusqu’à nous offrir un final grandiose et imparfait à la fois, qui synthétise une logique propre dans son intégralité, une ouverture et une renaissance, une alternative et une continuité, un seul destin dans ce désert inhospitalier et post-apocalyptique… et n’oubliez jamais : le plus difficile, dans le désert, c’est de trouver la sortie.


Notation : 8/10

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