De beaux avions, un beau gosse, une belle histoire d’amour et d’obsession, de trahison et de jalousie, Area 88 est un anime sérieux, plaisant et superbe à regarder sans hésitation…


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  • Genre : Action / Guerre / Drame
  • Réalisateur : Imagake, Isamu
  • Manga original : Shintani, Kaoru
  • Studio : Groupe TAC, TV Asahi
  • Année de production : 2004
  • Licence : Dybex
  • Durée : 12 x 26 mins

De beaux avions, un beau gosse, une belle histoire d’amour et d’obsession (pour une femme autant que pour le ciel), de trahison et de jalousie, des personnages aux caractères bien définis, en définitive, malgré ses limites visuelles, Area 88 est un anime sérieux, plaisant et superbe à regarder sans hésitation, que vous soyez attirés par les avions ou pas, car il y a ici bien plus que de simples avions, des sentiments et de l’émotion, de la passion et de l’excitation, tous les ingrédients pour faire de cette série une vraie réussite, qui pour une fois rentre parfaitement dans le format de 12 épisodes qui lui a été assigné, sans qu’on ait à se plaindre de manque de finition. Une adaptation d’une tranche de vie parfaitement maîtrisée, remake des 3 OAV de 1985, tirée du manga de Kaoru Shintani et scénarisée par l’excellent Hiroshi Ohnogi (Noein, RahXephon, Kekkaishi, Aquarion, Eureka Seven…).

Makoto Shinji, reporter de guerre de son état, prend tous les risques pour réussir à atteindre une base secrète, un aérodrome militaire perdu dans le désert du royaume d’Asran (au moyen-orient), l’Area 88, afin d’en apprendre plus long sur un pilote japonais, Kazama Shin, jeune homme discret qui semble s’y distinguer par son courage et son efficacité. Makoto va découvrir la vie trépidante des pilotes de la base, obligés de combattre à tour de bras pour gagner leur vie. Il va s’installer dans la base et prendre à coeur son travail de journaliste, découvrant les espoirs et les secrets d’une clique de pilotes torturés. Plongez dans la lutte quotidienne de Shin et de ses camarades, au coeur de l’intensité des combats aériens, et découvrez le passé et les désillusions de Shin, le pilote solitaire au regard bleu comme le ciel qu’il fend à bord de son jet à la licorne…

Bonus song : Senjou no Dance « dance in the battlefield »

Qu’il est difficile de décrire l’aspect visuel d’Area 88, très contrasté et surprenant : les affrontements aériens sont parfois mal réalisés, manquent d’intensité et d’impact sur le spectateur à cause d’une mise en scène qui manque quelquefois d’inspiration (on ne ressent que peu la tension inhérente à la vitesse de ces engins de mort) et surtout d’une animation assez faible desservie par des images de synthèse inefficaces, froides et insensibles pourrait-on penser, pas encore au point c’est certain (le pire étant les explosions, laides…). Etrangement, le design des avions et les arrière-plans sont superbes et crédibles, mais on s’aperçoit à notre grand regret, dès la premières secondes, que le procédé employé, une sorte de « cell shading »(les avions sont intégrés à l’image à l’ordinateur), est trop limité et que les aéroplanes ne collent pas avec le fond. Résultat : les mouvements des machines (tous les véhicules sont concernés) sont hésitants, malaisés, et prêtent parfois à sourire, ce qui diminue grandement le principe de sensations d’une série sur l’aviation de chasse, sa fluidité et sa crédibilité.

Coté personnages, le bilan est à peine assez contrasté lui aussi, leur animation n’étant guère plus brillante. Le positif : de jolis visages, un peu puérils, tout comme les silhouettes, assez mécaniques et floues, pour donner vie à une galerie de personnages assez diversifiés et arrondis (parfois un peu efféminés), mais au design intéressant, les visages arrivant à retransmettre les sentiments et les émotions, la tension et la pression des combats, et plus encore une agréable poésie. La plupart des gros plans sont superbes, une bonne suprise, ainsi que des « tableaux » colorés et très réussis.
Pour ce qui est de la bande-son, hormis le générique techno mélodique immonde qu’on oublie instantanèment, celle-ci est animée de styles très divers, un vrai patchwork de sonorités, entre électro assez vieillote, quelques mélodies jazzy et des solos de guitare qui manquent d’ampleur (on est très loin des morceaux de bravoure musicaux de Satriani dans Top Gun). Le reste consiste en un agglomérat de compositions orchestrales assez poétiques et émotives, principalement des airs mélant musique traditionnelle nippone et mélodies plus occidentales, le plus souvent éxécutées au synthé, de temps à autre réhaussés de coeurs vocaux éthérés, un ensemble qui insuffle une certaine vitalité à la série, une atmosphère fournie qui fait qu’on ne s’ennuie jamais.

Les combats n’étant pas intéressants pour la plupart, trop rapides et trop facilement expédiés voire incompréhensibles (aucun interêt dans les premiers épisodes, un peu meilleurs par la suite), l’anime présente un visage passionnant dès qu’on a compris que cette série ne traite pas des avions, mais des pilotes qui sont aux commandes. Se dévoile alors la véritable force d’Area 88, des personnages hauts-en-couleurs, du reporter téméraire à Shin le héros discret en passant par des seconds couteaux comme « Boris la Mort« , le génie du combat torturé par la perte de ses partenaires… Des hommes(et femmes) qui risquent leur vie à chaque instant, dans l’enfer du ciel. Plus encore, un esprit, une sensation d’empathie se crée avec le spectateur, intégré dans le quotidien mouvementé de cette base aérienne. Sentimentalisme et nostalgie se dégagent de manière communicative de l’ambiance de la série , nous révélant avec intensité le destin des protagonistes, entre bravoure et rudesse, un monde exclusivement composé de braves, impitoyable, qui n’est adouci que par le visage enfantin et effeminé d’un très jeune pilote, Kim, par celui de la belle Kotori, et par la beauté et la blondeur du beau Shin, des océans de beauté et de finesse au milieu de la poussière du désert et du bruit des réacteurs.
Au sein de toute cette fureur s’exaltent les rêves, les espoirs et les amitiés, les souvenirs de camarades perdus et la peur de la mort. Episode après épisode, l’anime se révèle de plus en plus accrocheur, les combats plus consistants et les bruits de la radio et des jets plus entêtants.

Area 88 vaut donc le détour pour son approche nostalgique et captivante de l’homme confronté à l’immensité du ciel bleu dans lequel il vole, son esprit libertaire et héroïque de tous les instants mis en valeur par la narration splendide du journaliste, rapporteur passionné et passionnant qui nous fait partager d’un coté son point de vue extérieur à celui très fermé de la communauté des pilotes, et de l’autre cette étroite et dérangeante proximité entre le photographe qui appuie sur son déclencheur et et le pilote qui presse sur sa gâchette, et enfin sa sensibilité visuelle et sa prose émouvante (les phrases qui résonnent comme des oraisons funèbres, ou des sentences de mort, à la fin de chaque épisode, sont absolument magnifiques et nous achèvent par leur impact émotionnel). Un récit hors du temps et de l’espace : on ne connaît pas les ennemis, on ne les voit jamais (sauf un, qui a une histoire particulière), aucune information ou justification n’est donnée sur la guerre en cours. Une parabole guerrière qui privilégie toujours l’humain par rapport à sa machine (contrairement à Yukikaze), un héroïsme militariste typiquement japonais, sans concession pour les ennemis d’une patrie qui semble ici universelle.

Area 88 aurait dû bénéficier d’une animation et de détails plus soignés (peut-être qu’avec un peu plus de temps et de budget les combats auraient pu ressembler à ceux d’un Yukikaze) pour exprimer sa vraie puissance, magnifier cette fresque sur la survie et l’espoir, au potentiel véritable. Certaines scènes de vol arrivent à nous faire ressentir progressivement un peu de profondeur et de vitesse, mais elles restent rares (dans le canyon par exemple). La dureté de l’univers de l’ensemble de la série et les détails techniques des avions apportent une touche résolument réaliste à la série, les défauts visuels disparaissant vite aux yeux des spectateurs au profit des sentiments des protagonistes, de l’adrénaline et du suspense développés au cours de l’histoire, nous permettant d’apprécier la vraie valeur de plans merveilleux qui nous transportent vers les nuages, cherchant à l’instar de la double-scène finale, un sentiment exquis de liberté.

Le DVD sorti par Dybex dispose d’un son et d’une image de bonne qualité, le menu et le chapitrage étant quand à eux plutôt moyens, toutefois les bonus valent le détour : outre le livret, on retrouve des interviews, images et story-boards.
C’est une série qui, malgré ses quelques défauts et limites, est très bien écrite, on se plaît à suivre l’évolution des personnages et le rythme toujours élevé, ainsi que la poésie qui s’exhale de cette base et de ses occupants, la solitude dans l’immensité du désert, l’Area 88 ou « le champ de bataille du vent où les élus se réunissent ».

Notation : 7/10
> Du pur « entertaining », pleins de défauts, mais une plongée réjouissante dans un univers passionnant !

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