Voici un film d’horreur moyen, mais qui se démarque par son pitch original et ses décors superbes et oppressants. Turistas n’est donc pas seulement l’occasion de voir des bimbos taille mannequin se faire charcuter, mais aussi un petit survival qui vaut le détour…

Les Bronzés au Brésil
  • Genre : Horreur / Aventure
  • Réalisateur : John Stockwell
  • Année de production : 2006
  • Durée : 1h36 mins

Produit dans la lignée du succès des films d’horreur à tendance « gore et torture » qui faisaient un carton ces dernières années (avant de connaître un net recul d’intérêt dernièrement), Turistas s’inscrit dans l’héritage d’Anatomie (2000) et d’Hostel (2005), mettant en scène un groupe de jeunes touristes en proie à d’étranges psychopathes. Dirigé par John Stockwell, un acteur qui n’a jamais vraiment réussi à percer dans le métier mais heureusement plutôt bien reconverti dans la réalisation, Turistas partage les mêmes caractéristiques que les derniers films qu’il a signés : Blue Crush (2002) et Bleu d’Enfer (2005). En effet tous trois nous montrent bimbos sexy en maillot de bain, beaux gosses séduisants et paysages de rêves, et un amour inconditionnel pour l’exotisme des plages tropicales et de l’océan (le premier traitant du surf et le second de la plongée sous-marine).
La particularité de Turistas est néanmoins une dérive radicale vers l’horreur et le gore, les paysages exotiques du Brésil ne servant que de décors à une intrigue meutrière…

¤¤¤ Synopsis :

Le récit débute comme un conte de fées touristiques, un incipit se déroulant dans un bus au cours duquel nous faisons la connaissance des protagonistes, une bande de jeunes touristes qui ont décidé de visiter le Brésil, mais en privilégiant le côté pittoresque du voyage, souhaitant faire le trajet par la route plutôt qu’en avion pour ne pas rater une miette des merveilles que cachent ce somptueux pays. Mais un accident vient contrecarrer leurs plans, et ils ont à peine le temps de sortir du bus avant qu’il n’aille s’écraser au bas d’un ravin. En vie mais perdus au milieu de la nature, nos chers touristes blancs vont décider de se réunir (deux britanniques, un américain, sa soeur et son amie, et une autre américaine) et de ne pas attendre le prochain bus. Quittant les sentiers touristiques pour découvrir des sites pitorresques et inviolés du Brésil, ils trouveront une plage paradisiaque, bien malgré eux, car c’est là que leur destin va basculer.
Après une soirée bien arrosée, ils se réveillent le lendemain, constatant le vol de toutes leurs affaires, argent, passeports et vêtements, et leur voyage tourne au cauchemar. Ils vont s’appuyer sur Kiko, un natif très sympathique qui cherche à apprendre l’anglais, et qui les guidera pour tenter de retrouver les habitants du village qui les ont volés…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Turistas est un vrai film d’horreur, bien construit, qui s’appuie sur les bases incontournables du genre : un environnement hostile (la jungle brésilienne, le village des natifs), un rebondissement introduit dès la scène d’exposition (l’accident du bus) et qui ne laisse augurer rien de bon, un tournant qui fait basculer les protagonistes dans la détresse (le vol de leurs affaires) et enfin un ennemi inconnu, une menace latente qu’on sent capable de débouler à tout moment. Le parti pris du réalisateur de nous montrer au bout d’une demi-heure environ le sort réservé aux victimes installe effectivement un suspense qui ronge le spectateur, qui voit à l’avance le terrible futur qui les attend, sans avoir aucun moyen de les prévenir, espérant minute après minute qu’ils puissent échapper à leurs prédateurs.
Le film s’enfonce volontairement par paliers dans l’horreur, s’amusant à mettre nos touristes ahuris dans une situation de plus en plus désespérée, progressivement, lentement mais sûrement, à l’aide de petits « accidents » qui vont les mener à se jeter de leur propre chef dans la gueule du loup !
Utilisés parfaitement, les décors oppressants nous plongent dans une atmosphère étrange, les plans de caméras très larges montrant d’insignifiants humains perdus dans l’immensité de la jungle dense et humide du Brésil, dépassés par leur environnement. Quand l’action se décante et que l’horreur entre en scène, la caméra s’emballe et devient très dynamique, bien maîtrisée dans la plupart des cas, n’hésitant pas à nous montrer des indices proches de nos héros, comme pour les prévenir, mais en prenant grand soin de les laisser dans l’ignorance (comme quand Alex passe à quelques mètres du cadavre de la touriste suédoise sans le découvrir !). On appréhende donc souvent l’apparition de l’horreur hors cadre, on ressent la proximité du danger sans pouvoir l’identifier, comme si le prochain pas pouvait être mortel (notamment lors de la découverte de la maison perdue dans la jungle, captivante).
Au fur et à mesure que le scénario découvre l’horreur enfouie dans cette jungle périlleuse, on nous soumet de plus en plus d’images très gores, non seulement pendant les opérations plus ou moins médicales qui sont pratiquées (dont quelques points de suture sur le crâne pratiqués a l’aide d’une agrafeuse), mais aussi lors d’une scène immonde au cours de laquelle un homme se fait tuer par enfoncement orbital d’un pic à brochette en bois… plus sanglant, tu meurs… (c’est d’ailleurs le cas).

La musique, elle aussi, évolue tout au long du film, suivant avec fidélité les moindres rebondissements, s’adaptant à toutes les situations en changeant de style dès que nécessaire. Effectivement, après une ouverture sur du rap brésilien, assez étrange mais pas désagréable, la bande son se retrouve partagée entre les morceaux de samba sur lesquels nos joyeux touristes dansent frénétiquement et les jolies mélodies brésiliennes qui accompagnent la découverte de paysages enchanteurs et le « farniente » initial, puis la musique devient plus dure, plus rythmée, angoissante, quand les évènements s’accélèrent et que le survival prend de l’ampleur. Néanmoins elle récupère toute sa douceur pour la conclusion, le temps d’une chanson qui sort doucement le spectateur de la torpeur provoquée par un final intense « en apnée », il est enfin sauf, bercé pour une voix à l’accent délicieux, qui sent bon les vacances.

Les vacances de l’horreur

Revenons un peu à nos touristes, qui sont les sujets principaux du film, une belle brochette de bimbos et de mâles en rut. Le choix du casting était risqué, car une accumulation de corps parfait à moitié nus (dont certaines filles un peu plus dévergondées que la moyenne) ne fait pas une bonne publicité pour Turistas, le soumettant aux a priori les plus handicapants (des top models dénudés ! quelle honte ! ses détracteurs auront certainement oublié que la plupart des films d’horreur depuis les années 70’s comptent pléthore de bimbos dénudées se faisant courser par des tueurs libidineux).
On ne peut toutefois pas nier la surabondance de gros plans injustifiés sur des corps parfaitement proportionnés, à en dégoûter tous les touristes bedonnants et les retraités. Néanmoins on peut admettre facilement qu’on préfère nous montrer des corps jeunes et beaux plutôt que le contraire, et qu’ils sont aussi plus agréables à regarder pour les spectateurs, d’autant plus qu’ils participent au charme indispensable au principe de ce film qui joue sur la dualité entre beauté contemplative des corps/paysages et horreur de l’action/du piège qui se resserre autour des touristes.
On trouve donc dans ce groupe de touristes malchanceux : Alex (Josh Duhamel, le beau gosse de la série Las Vegas et bidasse héroïque dans Transformers), un frère un poil trop protecteur et sa soeur un peu trop curieuse, Bea (bien mal lui en a pris de vouloir visiter le Brésil !), une autre greluche dont on ne sait rien à part le fait qu’elle aime porter des bikinis ou se promener topless, deux britanniques qui sont venus pour « les femmes, la boisson et les plages » et n’arrêtent pas de râler dès qu’ils ne sont pas satisfaits, et enfin une jeune baba cool, Pru (Melissa George, la jolie petite australienne qui monte, vue dans le remake d’Amityville et dans 30 jours de nuit) qui est la seule à sortir du lot car elle maîtrise assez bien la culture et la langue du pays, ce qui en fait plus une meneuse qu’une greluche.
Côté méchants, on est servis, avec des mercenaires brésiliens musclés et bronzés, crédibles, menés par un « bad guy » très réussi, détestable et laid, chirurgien de seconde zone (qui se soucie peu de la survie de ses patients) qui nous sort son petit discours de pauvre brésilien opprimé par les américains, pour assimiler sa folie meurtrière à une sorte de vengeance, mais en réalité il est lui aussi esclave du financement des « gringos » qui le paient pour qu’il éxécute sa sale besogne. En bref, un vrai psycopathe qui n’a aucun respect pour la vie, ni même pour ses propres subordonnés.

Présentant autant de qualités que de défauts, cette oeuvre ne vous laissera pas indifférent, c’est certain. Déjà par exemple on voit bien d’après le titre « Turistas » que le film repose sur ses protagonistes, qui ne sont malheureusement pas tous intéressants. Cependant les auteurs eurent la bonne idée de faire de certaines de leurs héroïnes des femmes fortes capables de se défendre, relevant un peu le niveau de ces greluches de compétition. Ils reprennent ainsi avec beaucoup d’efficacité les caractéristiques qu’on adore dans les survival : la force enfouie en certaines personnes qui, sur le point de mourir, trouvent les ressources nécessaires pour retourner la situation en leur faveur… Mieux encore, le survival se transforme dans la dernière partie en chasse à l’homme (ou plutôt « chasse au touriste ») effrénée dans la jungle, au cours de laquelle nos touristes qui étaient juqu’alors gentiment décérébrés, se réveillent et se transforment soudainement en professionnels de la survie (ils ont certainement lu un guide du style : apprendre à survivre dans la périlleuse jungle brésilienne en moins de 10 minutes) malgré le fait qu’ils ont été traumatisés, blessés pour certains (qu’en est-il d’ailleurs de la blessure d’Alex ? il ne semble pas la ressentir). Doit-on pourtant voir ce spectaculaire retournement de situation comme impossible ? improbable tout au plus, car après tout c’est bien ce genre de situation désespérée qui parvient à changer les gens, quand des méchants indigènes poussent le bouchon un peu trop loin, la proie, homme ou femme (rappelez-vous la bande de « surviveuses » de The Descent !) peut devenir prédateur à son tour, prêt à tout pour s’en sortir !
Le gros point faible du film est surtout un risque (encore un !) pris par le réalisateur, de jouer sur la peur de l’exotisme ressentie par les occidentaux, de jeunes blancs biens sous tous rapports trop victimisés en gentils touristes massacrés par des indigènes (heureusement qu’on a pas rajouté de connotation cannibale !), une vision bien trop colonialiste du Brésil, pour lequel ce film constitue une très mauvaise publicité ! Heureusement que certains passages parlés en portugais rendent le film plus authentique et intègrent la culture brésilienne en ne la réduisant pas qu’à une « culture du Tiers-Monde » symbolisée par des danseuses bronzées à moitié nues qui passent leurs journées sur la plage à servir des cocktails affublés d’un petit parasol (on peut là aussi citer le discours du méchant défendant les pauvres brésiliens opprimés). Le discours ne passe pas toujours bien, mais il est heureusement vite éclipsé par l’action et l’horreur, bien plus intéressants.

Il ne vous reste plus qu’à embarquer pour ce voyage terrifiant et suivre le périple des touristes (une bonne idée qui permet à tous les jeunes de s’identifier aux personnages, car cela pourrait arriver à n’importe qui) au sein d’un pays où règne la loi de la jungle, du chacun pour soi, les enfants aussi volant ce qu’ils peuvent (on se rappelle des enfants très inquiétants dans Hostel). Vous y découvrirez des paysages magnifiques mais dangereux, dont une grotte souterraine d’une beauté éblouissante, un piège mortel car elle n’est accessible qu’en nageant dans des tunnels sous l’eau, et qui permet au réalisateur de faire du final une tentative très originale qui consiste à faire se dérouler la course-poursuite ultime dans ces tunnels inondés sous les grottes. Le problème c’est qu’on ne voit rien, qu’on se situe très mal donc on ne sait pas souvent qui est qui. Reste tout de même une chasse sous-marine flippante, violente, qui vous prend par les tripes et ne vous laisse pas respirer une seconde, vous faisant partager l’agonie des héros qui sont en perpétuel besoin d’air…

Notation : 6/10
> Un assez bon survival, palpitant, qui se termine sur un dernier conseil, particulièrement cynique, que vous déciderez à votre guise de suivre ou non : « ne prenez pas le bus, prenez l’avion ».

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