J’ai récemment été intrigué par un petit survival post-apocalyptique britannique intitulé The Vanguard (en français l’avant-garde). J’ai donc eu envie de vous glisser un petit mot sur cet intrigant petit film d’horreur de série B qui surprend par son audace, son ambiance glauque et surtout son ton décalé ―le héros est un étrange barbu qui arbore un look « BeeGees » et se promène sur un vélo de style « chopper »― c’est un bon début!

Les zombies écolos contre-attaquent

vanguard 2 Réalisateur: Matthew Hope
Année de production: 2008
Durée: 1h29

 

Film britannique sorti en 2008, The Vanguard s’avère assez intéressant pour mériter un coup d’œil attentif. Le jeune Matthew Hope réalise et scénarise ici son premier long métrage et mélange les genres, suppléant son manque de budget évident par une pléthore d’idées. Horreur, zombies, survival et scénario post-apocalyptique se mêlent dans cette histoire ambitieuse qui nous conte la difficile survie de Max dans un monde hostile et impitoyable. Dans un futur proche, après la catastrophe qui a ravagé l’humanité, Max représente la dernière avant-garde.

¤¤¤Synopsis :
En 2015, l’épuisement des ressources embrase l’humanité qui sombre dans le chaos d’une nouvelle guerre mondiale qui fait 2 milliards de morts. Pour s’approprier les ultimes ressources pétrolières, une organisation mondiale impitoyable se forme sous le nom de Corporation. Toutefois, le pétrole vient vite à manquer et la Corporation décide de réduire la population humaine. Des scientifiques mettent au point une drogue à cet effet, mais l’expérience tourne mal et les cobayes régressent pour se retrouver dans une sorte d’état primitif proche du singe : ils deviennent les Biosyns, des monstres assoiffés de sang. Seuls quelques hommes ont combattu la Corporation, les « gens de l’Est ». Max est le fils d’un de ces leaders qui ont refusé cette odieuse suprématie. Survivant solitaire, il même sa petite guerre quotidienne contre les créatures, tout en caressant l’infime l’espoir de trouver « un monde meilleur », dont il pourrait, sans le savoir, être la clé. Son seul espoir, trouver un certain Hareem Jabbar, l’homme qui, selon la « prophétie » de son père, apporterait un monde nouveau.

¤¤¤Critique de la rédaction :
Le scénario se construit sur deux plans : d’une part la survie du héros solitaire, Max, occupé à assurer sa survie, et d’autre part la mission de Jamal, un soldat de la Corporation catapulté dans une forêt hostile. Leurs deux chemins vont finir par se croiser pour changer le monde. Ce monde est infesté de Biosyns, des humains (étrangement en immense majorité des hommes, va savoir pourquoi) qui ont régressé vers un état primitif proche du singe (c’est Darwin qui va être content), des « enragés » assoiffés de sang qui dévastent tout. Chose rare à souligner, les Biosyns se battent entre eux, ce qui n’arrive pour ainsi dire jamais chez les zombies ou autres enragés présents dans des films du même genre –vanguard 3encore une preuve que l’humanité est en perdition. En plus, ils ne sont pas très malins… Ni très bien maquillés… Ni même vraiment dangereux… bref ils ne valent pas grand-chose.

Dans ce film, tout repose sur l’atmosphère. Les images sont caractérisées par des teintes rougeâtres qui leur donnent un aspect vieilli, et par une caméra toujours un tantinet instable, brinquebalante; ajoutez à cela le manque de budget évident et le spectateur se croit directement plongé dans un vieux (et mauvais) film d’horreur des années 1970. Et pourtant, petit à petit, la caméra tremblante développe une sorte d’appréhension chez le spectateur, qui manque de repères dans cet univers rural désertique et angoissant. Le but du film n’est donc pas de faire peur, mais de cultiver cette appréhension dérangeante à long terme : ainsi, le cinéaste parvient à créer une atmosphère glauque plutôt efficace avec des sonorités crispantes (cris d’enfants, hurlements divers, murmure du vent dans les arbres…) et une musique omniprésente (il y a très peu de paroles en-dehors de la courte narration du héros) qui s’avère obsédante à certains moments, surtout quand se fait entendre ce grondement sourd et inquiétant qui accompagne la marche déterminée du héros. La musique sait également imposer un rythme haletant à grands coups de percussions tribales lors des scènes de chasse à l’homme, qui donnent lieu à des combats assez crus et parfois haletants (le héros étant seulement armé de lances improvisées et de hachettes, il doit employer la ruse pour se débarrasser des affreux); on trouve là quelques scènes excessivement gore (à grands renforts d’éclaboussures sur la caméra) mais pas vraiment utiles. Point faible à souligner, les attaques des Biosyns sont filmées en accéléré pour donner une impression de rage meurtrière explosive, néanmoins la sauce ne prend pas car le réalisateur est très loin de maîtriser cet effet comme le fait Danny Boyle dans 28 jours plus tard pour ses « infectés », face auxquels les Biosyns mal dégrossis de The Vanguard ressemblent plus à des épileptiques bon marché.

Le scénario, plutôt bien ficelé, utilise sa base post-apocalyptique pour faire passer son message et porter une réflexion sur la condition humaine et ses responsabilités dans le chaos ambiant, et ce à  travers un échantillon de ses différents acteurs : le survivant, le soldat, le résistant, la scientifique, chacun possède sa vision de la situation et leurs idéaux se heurtent dans un univers sans repères et dominé par la peur. Le film s’attaque à un problème important dans le contexte actuel d’épuisement des ressources naturelles. Comme tout est détruit et à reconstruire, on peut effectivement tout se permettre en termes d’hypothétiques solutions radicales pour « sauver » notre planète, et The Vanguard y va de sa propre petite idée de notre futur proche. En considérant que la situation va aller de mal en pis, le film met en avant une théorie improbable mais qui n’en est pas moins alarmante, assez pour nous faire prendre conscience de la gravité de la situation. Ainsi, on peut identifier deux types de survivants dans ce long métrage du genre vanguard 4survival horror : les humains d’une part qui tentent de réduire la population pour sauver ce qui reste de la planète, puis la planète/nature elle-même, obligée de se protéger avec ses propres armes; en évinçant son plus grand danger, l’humanité, la nature peut alors stopper sa lente agonie et le gaspillage des ressources.
Max, « le héros », symbolise en quelque sorte la dernière part d’humanité dans la campagne désertifiée, il raconte son histoire, sa survie au sein du chaos, il évoque son combat quotidien, s’interroge et se remet en question sur les raisons de tout ce gâchis : les hommes en général, Dieu, la Corporation, qui est vraiment responsable? Jour après jour, il sacrifie sa propre humanité et se rapproche un peu plus de la sauvagerie de ses congénères.
Enfin, un petit mot sur les acteurs, peu consistants en-dehors de Ray Bullock Jr. (Max) qui est assez inquiétant, ils composent des personnages assez quelconques, mais ce sont surtout les décors trop répétitifs (les sous-bois) qui finissent par lasser.

Bilan:

Dans l’ensemble, The Vanguard manque de rythme et d’énergie, la faute à une mise en scène trop limitée et à des acteurs trop moyens. Toutefois le budget lui aussi limité est rattrapé par un certain nombre de bonnes idées; en effet, The Vanguard développe un propos intéressant, fortement subversif, sur la propension d’une élite à se préserver en sacrifiant tous les êtres jugés inférieurs. Cette situation qui nous montre comment se gère une « après-catastrophe mondiale » pourrait tout à fait être prémonitoire de nos jours avec la prise de conscience qu’une catastrophe écologique (voire une pandémie de grippe foudroyante…) est possible. Quant à la nature, elle intervient toujours pour punir une humanité sur-consommatrice, révélant et dénonçant le véritable visage de l’homme qui marche vers son autodestruction. Alors, des résistants se réunissent pour contrer une élite capitaliste qui domine par la violence aveugle (en fin de compte, ce sont tout simplement des gens normaux qui suivent une idéologie que nous qualifierons de socialiste, encore un thème actuel et somme toute révolutionnaire) . Un film qui a beaucoup de potentiel, un réalisateur (Matthew Hope) à suivre.

Note : 6/10

One Thought on “The Vanguard (L’avant-garde)

  1. The article is ver good. Write please more

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