Préparez-vous à un déluge d’action et de gunfights avec cet actioner digne d’un jeu vidéo qui porte bien son nom. Shoot’em up ne vous laissera pas de marbre, avec sa volonté de renouveler le film d’action bourrin dans toute sa puissance, un grand n’importe quoi délirant et déjanté qui surpasse ses limites scénaristiques par une inventivité inégalable…

Je suis une nounou britannique et je suis dangereuse


  • Genre : Action / Comédie / Drame
  • Réalisateur : Michael Davis
  • Année de production : 2007
  • Durée : 1h26 mins
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans

Pour ceux qui l’ignorent encore, le shoot’em up est un genre initié par le jeu vidéo qui connaît toujours un certain succès chez les gamers en quête de détente et d’une envie irrépressible de tirer sur tout ce qui bouge. Shoot’em up en film ça donne donc un actioner stylisé, écrit et réalisé par Michael Davis (un réalisateur anglais à qui l’on doit le sympathique 100 Girls et le violent Monster Man), qui reprend avec efficacité les codes du genre dans toute leur splendeur furieuse : gunfights à tout va, un héros qui n’a pas à penser aux conséquences de ses actes, un rythme dingue, des ennemis qui servent de chair à canon et un boss très très méchant, le tout jeté pèle-mêle au sein d’une intrigue dont le manichéisme est noyé par un esprit toalement décalé, dont la trame de fond n’a somme toute que peu d’importance, en-dehors de faire passer quelques messages pointant du doigt les dérives de notre société consommatrice.

¤¤¤ Synopsis :

Assis dans une ruelle sale et déserte, un homme tente de déguster un sandwich. Interrompu par une femme enceinte et en pleurs qui court pour échapper à des malfrats, il n’a d’autre solution que d’écouter son bon coeur et de la suivre pour régler cette lutte assez inégale. Bien mal lui en a pris de mettre son grain de sel dans cette histoire, car après avoir dessoudé toute la bande de vilains, il se retrouve avec un bébé dans les bras, l’inconnue étant morte juste après l’avoir mis au monde. Poursuivi à son tour par les malfrats et leur chef, un certain Hertz, il arrive à s’échapper de justesse. Ne pouvant se résoudre à abandonner le bébé, il se met à la recherche d’une femme pour l’allaiter, et va entraîner une belle prostituée dans sa fuite. Témoin involontaire d’une sombre histoire de trafic de bébés, il n’a plus qu’une seule alternative pour s’en sortir et donner un avenir au bébé : affronter l’organisation qui est à ses trousses et trouver la raison pour laquelle autant de monde est à la recherche d’une si petite chose…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

C’est un fait, Shoot’em up porte très bien son nom. Dire que le film ne fait pas dans la dentelle est évidemment un euphémisme, rien qu’au vu des premières scènes qui nous laissent pantois. Le reste du métrage est d’ailleurs du même acabit, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Le réalisateur / scénariste Michael Davis nous abreuve d’une mise en scène explosive, exploitant les possibilités offertes par son sujet au maximum. Le résultat est édifiant, et même sincèrement bluffant : on est vite scotché par la surenchère de gunfights dingues, de scènes d’action très très inventives et la maîtrise technique évidente. Abondance de travellings, image léchée, plans très travaillés et dynamiques, plongées vertigineuses et contre-plongées imposantes viennent envahir l’écran et vous feront expérimenter des sensations visuelles inouïes.
De plus, notre ouïe n’est pas en reste grâce à la qualité de la bande son rock à souhait : Nirvana, Cannibal Corpse (le bébé lui-même semble fan de Heavy Metal !) ainsi que d’autres groupes entre rock trash et heavy metal viennent donner un style bruyant et rythmé très réussi au film.
Le scénario quand à lui n’est pas galvaudé, loin de là. Suffisamment rythmé, doté d’une bonne dose de « thrill » et d’irrévérence, parsemé de répliques pitoyables mais hilarantes, il trouve ses limites dans son envergure un peu trop osée : les implications à grande échelle du trafic de bébés sont un brin tirées par les cheveux et on a peine à croire à la puissance du soi-diant syndicat du crime surarmé et surorganisé, dont les innombrables sbires disséminés dans tous les coins de la ville semblent sortir de nulle part. Et pourtant, on ne trouve aucune bonne raison de s’indigner contre le nombre assez important de passages peu crédibles, car on se laisse volontairement emporter par l’action, en mettant au second plan le réalisme du script, car c’est là l’ essence même du film de donner dans la surenchère totale pour nous accrocher. On se jette donc bien volontiers dans l’expérience, car c’est la seule bonne décision afin de profiter au maximum des qualités de ce film.

A film déjanté, personnages déjantés. Clive Owen alias Smith le « Unabomber« , c’est le beau gosse britannique qui vole au secours de la femme enceinte, de la prostituée et de l’orphelin, accesoirement redresseur de torts improvisé (il ne vole que les voitures des porcs garés sur une place handicapée sans motif) mais paradoxalement et étrangement il n’a que peu de respect pour le bébé qu’il considère comme une « chose ». C’es aussi « le gars le plus enragé du monde » entre Bugs Bunny (les carottes et le célèbre « quoi de neuf docteur ? ») et le clochard solitaire abîmé par la vie, un homme au passé obscur, mystérieux, insaisissable. Il a le verrou le plus sophistiqué du monde (développé par son rat Mickey, vous verrez, c’est efficace) et s’enfile des carottes à longueur de temps, n’hésitant pas à les enfiler en travers de la gorge de ses ennemis quand il est à court de balles. Il est comme le lapin de la célèbre publicité, infatigable, et ne renonce jamais. Le réalisateur se permet même de faire la référence au « Pale Rider » Clint Eastwood (Clive Owen n’est pas par nature très causant non plus) qui parcoure la ville sur son cheval blanc pour y faire régner la justice.

Malgré son inconscience notoire (il garde le bébé dans les bras dans la plupart des gunfights), Smith est un tueur inventif qui se sert du décor et de tout ce qui lui tombe sous la main pour mettre hors d’état de nuire des ennemis qui ne savent pas tirer et qui ont tous la même tête.
Les influences que le film tire des jeux vidéos sont évidentes : avancer en shootant ses adversaires à la pelle, ce qui n’est pas le genre le plus propice à la réflexion vous en conviendrez ! On peut tout de même saluer la volonté de respecter assez fidèlement le nombre de balles contenu dans chaque arme, car dès que Smith est à court de munitions il trouve toujours un moyen de récupérer un flingue (ou un uzi, ou un fusil à pompe, de toute manière il est expert en tout ce petit) sur un cadavre pour continuer son sanglant chef-d’oeuvre, car oui, on peut le dire, ses tueries sont des chef-d’oeuvres, car même à 1 contre 50, il s’en sort indemne.
Le reste du casting est tout aussi satisfaisant, notamment une Monica Bellucci (Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Irréversible, Matrix Reloaded) toujours aussi sublime, ici en pute italienne de luxe assez crédible, et plus particulièrement un Paul Giamatti (L’Illusionniste, La Jeune fille de l’eau) excellent en patron bad guy pervers, affligeant et (ô cynisme quand tu nous tiens) esclave de son épouse. Un personnage plein de surprises (il a été consultant au FBI !), haïssable mais attendrissant et drôle, enfin un chef qui ne reste pas dans sa voiture en attendant que ses sbires aient fait le boulot (sa philosophie : « les chefs qui restent derrière prennent une balle dans le derrière »).

Jamais à court de munitions

Shoot’em up en fait-il trop ? à première vue, on pourrait l’affirmer sans conteste en visionnant la scène de sexe pendant laquelle Smith virevolte pour éviter les balles de ses agresseurs et les refroidir un par un tandis qu’il continue à baiser Donna (Monica Bellucci) qui semble jouir de plus en plus fort à chaque coup tiré ! (pas de jeux de mots affligeants svp), il reste concentré sur leur survie ne semble pas que très peu concerné par les mouvements de sa compagne, reste qu’au final l’orgasme est atteint et la bande de tueurs est décimée, il n’y a rien à dire, il est très fort ce Clive Owen non ? Ce passage s’inscrit vraiment dans l’esprit jusqu’au boutiste du film et donc, bien qu’il soit à réalistiquement parlant totalement dénué de crédibilité, il n’en reste pas moins savoureusement jouissif.
De plus, ce constat s’applique à la plupart des scènes du film car une telle adrénaline, une telle inventivité dans les scènes d’action, on en avait pas vu d’aussi bonne qualité depuis Dobermann en 1997 (coïncidence ou pas, on y trouvait déjà Monica Bellucci), alors on n’a pas le droit de se plaindre.
Néanmoins, d’autres scènes encore plus improbables laissent le spectateur pantois, notamment la scène du hangar piégé par des cordelettes qui actionent des armes, et surtout la scène de fusillade effectuée en plein vol plané (après s’être jeté d’un avion de ligne…) qui est tout sauf crédible (il est impossible de viser en tombant à cette vitesse !), l’environnement aérien étant trop mal filmé (comme si le réalisateur avait eu peur de la difficulté et s’était contenté d’en montrer le moins possible, malheureusement le constat est tout aussi mauvais) et l’action trop confuse (et pourtant le plan final en plongée des dégâts à l’atterrissage est magnifique, un vrai carnage).

Le réalisateur n’hésite pas à se moquer des « mauvais films d’action dans lesquels le seul homme que tu appelles finit par te trahir », il prend donc à contrepied les trames simplistes des série B d’action formatées pour nous livrer un cocktail explosif de violence, de fusillades sur fond de remise en cause de l’immoralité de la société moderne, un message fort et imposé à grands renforts de scènes particulièrement cyniques, le tout mis en boîte par de grosses ficelles, car son objectif n’est vraiment pas de faire dans la finesse mais de choquer et d’accrocher le spectateur. Le film contient en effet nombre de provocations directes dirigées contre la société américaine et ses déviances : le second amendement et la polémique sur la possession et la prolifération des armes à feu (la critique à peine esquissée est insuffisante), la corruption de l’administration américaine, les dérives de la société de consommation et des sacrifices permis par le progrès de la science qui mènent l’humanité à une perte de moralité inévitable. Shoot’em up par le biais de son héros redresseur de torts va jusqu’à pousser la provocation vers le discours anti-riches (Smith est révulsé par les conducteurs de grosses berlines qui ne mettent pas leur clignotant pour changer de file au point de le leur faire payer !), une initiative un peu pitoyable, un peu too much, mais le message passe sans encombre grâce à la capacité du film à faire tout passer sur le ton de la franche rigolade et de l’exagération.

Et c’est ce qui fait la réussite de la recette Shoot’em up : un humour totalement décalé, cynique, agrémenté d’un certain humour noir un tantinet gore (des bras arrachés, un oeil enfoncé par une carotte…), en bref du grand n’importe quoi ultra rythmé, qui ne s’essouffle jamais grâce à sa courte durée (1h26) , un bordel filmique impressionnant à découvrir pour sa dose de fun hors du commun. Mais ce n’est pas que cela non plus, car on trouve en outre des thèmes plus positifs tels les thèmes de la paternité et de la maternité (on nous rappelle que les prostituées sont des femmes come les autres et qu’elles ne sont pas insensibles à un nourrisson tout mignon).

Bilan : Après une première partie très réussie, emballante et monstrueusement efficace, le film se fourvoie par la suite dans la surenchère de scènes sans aucune crédibilité, et se suicide par sa propore originalité. Et pourtant, on ne peut pas complètement condamner cet ovni filmique qui part malencontreusement en roue libre sur la fin car il reste terriblement efficace, et possède des atouts indéniables. Après tout, on prend tout de même un plaisir coupable à se laisser entraîner dans la folie de Shoot’em up, un actioner chaud bouillant et enragé, porté par le charisme énorme d’un Clive Owen tout aussi enragé.
Et n’oubliez pas : « guns don’t kill people, but they sure help » (les flingues ne tuent pas les gens, mais ils aident beaucoup).

Notation : 7/10
> Même pour un film dont le principe est de se lâcher à fond, Shoot’em up arrive à trop se lâcher… !

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