Bonne suprirse à l’horizon avec Lucky Number Slevin, oeuvre méconnue et sous-estimée et pourtant très bon film de gangster au ton léger et à l’ironie mordante, servi par une belle brochette d’acteurs prometteurs ou chevronnés. Un film malin qui nous divertit à merveille…

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses

♦ Genre : Thriller / Action / Policier / Drame
♦ Réalisateur : Paul McGuigan
♦ Année de production : 2006
♦ Durée : 1h 49mins
♦ Classification : déconseillé aux moins de 10 ans


Réalisé par Paul Mc Guigan (Gangster n°1, Wicker Park), Lucky Number Slevin (aka Slevin tout court) ne dispose pas d’une très bonne réputation, malgré son casting alléchant. Et pourtant, au delà du beau Josh Hartnett, du génial Bruce Willis et de la très mignonne Lucy Liu, on trouve aussi un scénario très malin et une réalisation inspirée. Ajoutez encore à cela une atmosphère de comédie noire décalée et des personnages dépeints avec beaucoup d’humour, et vous obtenez le savant mélange qui fait la réussite de Lucky Number Slevin, dont l’intrigue réside sur quelques quiproquos et retournements de situation très excitants.

¤¤¤ Synopsis :

Et c’est ainsi que commence l’histoire de Slevin, après une introduction énigmatique montrant le meurtre de trois inconnus dont on ne saura rien pendant la première partie du film. Slevin est donc un jeune homme fraîchement débarqué à New York pour passer quelques jours chez son pote Nick Fisher. Malheureusement pour lui, il se fait agresser en sortant de l’aéroport, se faisant voler son portefeuille, et de plus quand il arrive à l’appartement il n’y a aucune trace de Nick. N’ayant aucune preuve de son identité, il se fait embarquer par deux individus louches qui le prennent pour Nick, car il se ballade en serviette dans son appartement. On l’a vite compris, Slevin n’attire que les emmerdes : dernièrement il a perdu son job, a été trompé par sa petite amie, son domicile est en passe de se faire détruire et bien entendu il s’est fait agressé dans la rue. Et pourtant sa situation empire encore quand, confondu bien malgré lui avec Nick, il doit régler ses dettes de jeu, en remboursant 33 mille dollars à un mafieux et en devant commettre un assassinat pour en rembourser un autre… Autant dire qu’il est bien mal barré !
Une phrase du héros, Slevin, résume bien la situation : « Tout le monde me prend pour quelqu’un d’autre ces jours-ci« .

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Avec un pitch aussi intriguant et désarçonnant, Lucky Number Slevin accroche dès les premières minutes le spectateur, qui tente en même temps que Lindsey (Lucy Liu), la nouvelle voisine de Slevin, de recoller les morceaux pour mener sa petite enquête et essayer de remonter les rouages de ce mystérieux petit scénario qui se trame autour de Slevin. Tout le suspense repose sur ce découpage des informations qui nous sont données au compte-goutte, qui se développe minute après minute et rend le film très plaisant.
De plus, grâce à des dialogues génialement tordus, le spectateur ne sait jamais vers où va aller la conversation, et quelle répartie ubuesque un interlocuteur va bien pouvoir sortir.
_ Slevin : « Je le connais ce type, je l’ai rencontré. Il était mort
_ Lindsey : Alors tu as rencontré un mort ?
_ Slevin : Oui, dans une chambre froide. »

Néanmoins, Lucky Number Slevin est avant tout un film de vendetta dans un univers mafieux prenant place hors de toute époque identifiable, mélangeant les genres avec une facilité déconcertante, n’hésitant pas à faire se succéder d’immondes papiers peints seventies, des looks eighties et des éléments plus contemporains. Un vrai patchwork de styles qui trouve une certaine cohérence autour du personnage de Slevin.
Il est incarné par le jeune acteur Josh Hartnett (40 Jours et 40 nuits, La Chute du Faucon Noir, 30 jours de nuit), excellent dans le rôle de ce personnage complètement ahuri à l’ironie mordante, un véritable électron libre qui traverse tout le film sans se formaliser plus que ça de tout ce qui se passe autour de lui (normal, il est soi-disant atteint d’ataraxie). On dirait qu’il est résigné à accepter son sort, donc autant le faire avec le sourire aux lèvres et beaucoup d’humour.
D’un autre côté, on a un Bruce Willis étonnant de sobriété (un constat un peu décevant pour les fans de Bruce, qui auraient aimé le voir moins en retrait) car ici il n’est pas le héros, il ne fait que camper la figure du bad guy sûr de lui, un peu à la Mon Voisin le Tueur, un rôle dans lequel il est un petit peu moins à l’aise que pour ses personnages de all-american hero (à la Die Hard). Il joue donc un tueur à gages cynique et très joueur, machiavélique et pourtant étrangement hors du coup, retenant une sorte de demi-sourire au milieu de tout le bordel qui se trame autour de ses employeurs, comme s’il allait soudainement s’esclaffer et les laisser en plan.
De plus, on sent une sorte de parallèle entre les caractères de Slevin et de Smith, qui sont quasiment les seuls personnages à n’avoir aucun lien (en-dehors des liens contractés bien entendu) avec les familles mafieuses new yorkaises et la police.
Au firmament de l’impressionnant casting de Lucky Number Slevin, les deux vétérans Morgan Freeman et Ben Kingsley s’amusent à composer deux vieux parrains paranoïaques et pathétiques restés bloqués depuis plus de 20 ans derrière leurs vitres blindées de peur de se descendre l’un l’autre. Appelés respectivement Le Boss et le Rabbin, ils vivent tous deux dans des immeubles très similaires situés juste en face l’un de l’autre.

Parier tue

Le scénario n’est pas d’une inventivité ni d’une qualité extrême, ce n’est pas non plus Pulp Fiction mais c’est quand même mieux que du Jackie Brown, et quand toutes les pièces du puzzle se mettent en place on est pas déçus du voyage, pas forcèment surpris mais amusé, agréablement, par un film simplement ironique et qui ne se prend pas au sérieux. Paul Mc Guigan ne déploie donc pas trop d’effets tordus à la Tarantino, se rapprochant plutôt d’un Snatch à l’anglaise mais en plus abordable, plus sympathique. En bref Slevin ne prend ni le parti de la violence graphique (les meurtres sont rapidement expédiés sans frime outrancière) ni celui de la mise en scène bariolée, les plans sont plutôt simples et inventifs mais sans jamais en faire trop, avec des idées qui collent bien au genre (le reflet du tueur dans les lunettes) tout en évitant la surenchère d’effets visuels qui ne serviraient en aucun cas l’ambiance dilettante (et très plaisante) de Slevin.
Une ambiance pétrie de l’humour décalé omniprésent dans le film fait merveille à tel point que quand vient le moment des révélations et des règlements de compte, le spectateur n’est pas préparé aux images et à la musique tragiques qui s’imposent et font disparaître rapidement toute trace de sourire narquois.

Enfin on souligne le rôle intéressant joué par la musique qui colle à l’ambiance film noir et comédie nonsensique du métrage, affichant des mélodies légères et un peu rétro, amusantes mais également déchirantes quand le tragique de l’histoire prend le pas sur le comique des situations. Un équilibre bien maîtrisé, à l’instar de la mise en scène.

Slevin est donc un film à voir, que je vous conseille personnellement, un film de gangsters doté d’une atmosphère de comédie légère et cynique très bienvenue, qui permet au film d’offrir un aspect plaisant qui séduira bien plus que les simples amateurs de films noirs. Un film destiné à tous donc, très bien équilibré entre dialogues au second degré qui nous font sourire et envolées tragiques qui nous émeuvent, une vraie réussite. Un métrage passé inaperçu malgré son indéniable qualité, et pourtant le jeune Josh Hartnett encore assez méconnu à l’époque y trouvait un de ses meilleurs rôles, qui lui permettait d’exploiter toutes ses qualités de charmeur.

Notation : 8/10

> Petit bonus pour les groupies du beau Josh, vous aurez le plaisir de voir votre beau gosse favori se promener pendant une bonne vingtaine de minutes en serviette et en tongs.

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