Porté par un trio d’acteurs excellents – Gerard Butler / Maria Bello / Pierce Brosnan, Le Chantage se présente comme un bon petit thriller psychologique, dynamique et ryhtmé, sombre et poignant, qui nous réserve une bonne heure d’action et d’émotion grâce à son pitch angoissant, mais se fourvoie dans un retour à la réalité trop terre-à-terre dans la dernière demi-heure…

Die Hard : with a vengeance chez les yuppies ?

  • Genre : Thriller / Drame
  • Réalisateur : Mike Barker
  • Année de production : 2008
  • Durée : 1 h 35 mins

Signé par le réalisateur anglais Mike Barker (qui n’a pas fait grand chose à part To Kill a King en 2003 et A Good Woman en 2004), Le Chantage alias Butterfly on a Wheel (un titre original bien plus original et significatif que sa version française trop banale) ou Shattered est un thriller psychologique prenant, inquiétant même, qui démarre à cent à l’heure grâce à un pitch brutal : un couple parfait d’une banlieue aisée voient leur petite vie tranquille mise en pièces par l’irruption d’un maître chanteur qui va s’évertuer à les humilier et à détruire tout ce qu’ils ont construit en une seule journée… Au casting, un trio d’acteurs de grande classe : on retrouve la nouvelle coqueluche d’Hollywood, l’écossais Gerard Butler (300, Les prisonniers du Temps, Le Fantôme de l’Opéra), convaincant en père de famille et « yuppie » complètement dépassé par les évènements, une Maria Bello (Urgences, Payback, A History of Violence, Assaut sur le Central 13) un peu vieillissante mais toujours aussi jolie et brillante dans le rôle de la femme délaissée mais forte qui est prête à tout pour sauver son couple et sa famille, et enfin un ex-James Bond – Pierce Brosnan (Meurs un Autre Jour, L’affaire Thomas Crown, Le Tailleur de Panama) – à contre-emploi en marionettiste inquiétant (il n’est pas habitué aux rôles de méchants en dehors de The Matador dans lequel il jouait un tueur à gages), montrant ainsi l’étendue de son talent d’acteur et usant à tout-va de son sourire cynique qui fait merveille.

¤¤¤ Synopsis :

Abby et Neil Randall forment un couple quasi parfait vivant dans une belle maison d’une banlieue aisée de Chicago. Lui est cadre dans une grande entreprise de publicité, toujours gentil, confiant et souriant, elle est femme au foyer et s’occupe de leur petite fille Sophie. Mais leur quotidien si tranquille et heureux va être mis en danger par l’irruption d’un homme mystérieux qui les prend en otage dans leur voiture, et leur dit avoir enlevé leur petite fille chérie avec l’aide de sa baby-sitter. Acculé, le couple n’a d’autre choix que d’obéir à ses moindres caprices pour avoir une chance de revoir leur enfant en vie à la fin de la journée. Dirigés par ce maître-chanteur inconnu, ils vont être mis à l’épreuve au travers d’un jeu sordide qui consite à voir jusqu’où ils sont prêts à aller pour sauver ce qu’il ont de plus précieux au monde…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Après une introduction paisible montrant le quotidien insipide d’un couple heureux et parfait en apparence mais en réalité miné par la routine, le spectateur est plongé en un instant avec l’irruption du maître-chanteur dans une atmosphère oppressante, une impression d’urgence constante, soutenue par la mise en scène très rythmée, essoufflante, vertigineuse, qui nous donne le tournis par ses mouvements de caméra parfois ultra rapides, ses travellings circulaires qui nous plaquent dans notre fauteuil, ses plans très serrés, au plus proche des protagonistes, comme pour nous inclure dans le jeu démoniaque instauré par le kidnappeur. Résultat : on est pris de court par la brutalité du choc, de la coupure nette entre la tranquillité de leur petite vie de famille heureuse au début du film brisée par la soudaineté de l’apparition du psychopathe qui va s’amuser à mettre leur existence en morceaux heure par heure, minute après minute, ne leur laissant jamais un instant de répit.
Cette ambiance inquiétante, perturbante n’est pas seulement fondée sur l’image mais aussi sur la musique, très rythmée et sombre, une succession assez efficace de beats précipités et de percussions ultra rapides, comme destinés à faire battre notre coeur plus vite, pour nous pousser dans nos retranchements, mais tout en restant discrète et en ne prenant jamais le dessus sur l’action, car chaque mouvement effectué par les protagonistes est primordial. L’ensemble sonore est comme entrecoupé de lentes résonances graves d’accords interprétés au piano et au violon, des pauses dans l’action qui jouent un rôle écrasant, pour ne pas nous laisse le temps de souffler.

Pendant les trois-quarts du film, on assiste à une sorte de « jacadi » semblable à celui d’Une Journée en Enfer (Die Hard 3 : with a vengeance pour les intimes) mais dont on a enlevé tout le côté comique. Chaque coup est prévu à l’avance par le méchant, comme dans un jeu d’échec pervers et tordu, tout est mis en oeuvre pour faire sombrer le pauvre Neil Randall dans la folie. Il les tient par la peur, la peur de tout perdre, et les maintient en haleine par la curiosité, ne leur laissant jamais un indice sur le pourquoi de son entreprise, préférant leur enseigner les ravages du chaos sur leur petite vie bien rangée pour mieux les pousser devant le fait accompli du péché commis.

Le méchant (il est vraiment méchant, et ne s’en cache jamais, au contraire) est volontairement inconscient, cynique, méprisant et violent, afin de leur inspirer de la peur, et souhaite les « tester » jusqu’au bout de leurs forces, de leur volonté, pour savoir jusqu’où ils sont prêts à aller pour sauver leur petite fille. Il ne se donne aucune limite dans sa volonté machiavélique d’humilier le couple Randall, les poussant jusque dans leurs derniers retranchements afin de mieux les monter l’un contre l’autre pour les utiliser à sa guise. Ainsi, leur amour pour leur fille mais aussi la force de leur couple seront mis à l’épreuve, le maître-chanteur réussissant savamment à faire grimper la pression en leur donnant des ordres contraires, par exemple en essayant de pousser le vice jusqu’à la traîtrise ou à la désobéissance d’un ordre direct. Ils sont pieds et poings liés, obligés de regarder l’être aimé subir une humiliation destructrice, ne pouvant se résoudre à désobéir par peur de perdre tout ce qu’ils ont.

Le Chantage se démarque grâce à son originalité dans la trame très rodée du film de kidnapping : ici le bad guy n’est pas une simple voix au bout du téléphone pendant la majorité du film (comme dans La Rançon de Ron Howard par exemple), il est au contraire très présent (un postulat assez proche d’un autre film de chantage, nippon cette fois-ci, Chaos, d’Hideo Nakata), dans la voiture de ses victimes, ne leur laissant aucun répit, et ne cherche pas de rançon dans le sens financier du terme, se cachant derière d’énigmatiques motivations moralistes.
Il leur fait faire des livraisons qui semblent anodines à première vue, mais qui sont étroitement liées à leur quotidien en vérité, ou qui ne sont que des pièges tordus destinés à les égarer. Clairement, il a décidé de faire voler leur petite vie bien rangée en éclat… la vraie question, c’est : pourquoi ?
Le suspense terriblement efficace distillé par Mike Barker est maintenu par une mise en scène très dynamique, et la très bonne prestation du couple BelloButler, auxquels le spectateur s’identifie tout de suite et les prend en pitié, néanmoins avec une certaine distance car un malaise insaisissable et nébuleux obsède et dévore son esprit… On se demande en effet ce qu’ils ont bien pu faire pour mériter un tel sort ! sont-ils de pauvres victimes prises au hasard ? ont-ils ruiné la vie de quelqu’un qui cherche à se venger ? les questions s’accumulent de minute en minute, et les réponses ne semblent pas vouloir tomber avant la fin. On ronge donc son frein et la pression monte dans notre esprit, à l’instar du leur, et l’on devient la marionnette du réalisateur, qui nous mène exactement là où il le souhaite, jusqu’à la révélation finale.
On suit donc avec beaucoup de plaisir et de frissons l’histoire très dérangeante de ce couple réduit littéralement à l’état d’esclaves pour le bon plaisir d’un maniaque impitoyable, une descente aux enfers radicale, prenante, et cela ne tient qu’aux effets de mise en scène dans leur ensemble, car il n’y pas de morts, pas de sang, il ne se passe quasiment rien pendant une heure, mais la violence psychologique (et parfois physique) de la situation nous achève. Un film qui aborde les thèmes du désespoir, de la perte, de l’abandon, du dépassement de soi et du mensonge avec efficacité, le tout réuni autour d’une question centrale qui porte toute l’essence du métrage : Jusqu’où iriez-vous pour sauver les choses qui comptent le plus à vos yeux ?

Les apparences sont trompeuses et le spectateur est mené en bateau tout au long du film, mais finalement il ne se passe pas grand chose, l’intrigue est facile à deviner si on réfléchit un tout petit peu, et on ressent une certaine déception au fur et à mesure qu’on se rend compte que ce petit jeu devra bien se terminer un jour, et se voit justifié par un twist somme tout assez mou et décevant . Il ne nous reste qu’à nous laisser emporter par le « thrill », la lame de fond qui submerge ce couple désorienté pendant toute la première partie, et laisse les choses se décanter plus calmement sur la fin, alors qu’on aurait préféré que la tension dure encore un peu plus longtemps. L’exercice paraît donc un peu court, un peu vain, mais demeure intéressant grâce à la performance d’un couple d’acteurs – Maria Bello / Gerard Butler – qui emplissent tout l’écran et celle d’un James Bond retraité encore très en forme. Sans oublier l’efficacité d’un final ultime abrupt, bien maîtrisé, qui recouvre le goût amer de la petite déception précédente, malgré les questions et les destins qui restent en suspens, comme s’il ne s’était rien passé…

Notation : 6/10

> Rappelez-vous : la tromperie n’entraîne que des mauvaises conséquences, le mensonge sème la destruction.

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