Classique des années 1980, Labyrinthe est un savant mélange entre un conte de fées décalé et une comédie musicale avec des pantins adorables et hilarants. On y trouve des muppets, des gobelins farceurs, un rockeur déglingué et bien d’autres étrangetés. Une oeuvre de fantasy qui surprend et séduit par son originalité et son univers incomparable…

Not another muppet movie

♦ Genre : Fantasy / Drame / Comédie musicale
Réalisateur : Jim Henson
Année de production : 1986
Durée : 1h 41mins

Sorti en 1986, Labyrinthe fait partie des métrages qui ont marqué toute une génération d’amateurs d’heroic fantasy. Certains de ses films ont été un peu oubliés certes, mais il suffit d’un peu de motivation pour se replonger dans ces vieux films fantastiques des années 1980 et 1990 qui ont peuplé l’imaginaire des enfants de l’époque avec toutes leurs créatures bizarres (souvenez-vous de L’histoire sans fin, Babel, Willow, Legend, etc…).
D’ailleurs, on assiste de nos jours à la renaissance de ce genre mixte entre films pour enfant et fantasy, et même si les techniques ont évolué, ce sont toujours les mêmes univers fantasmagoriques peuplés de créatures magiques que l’on retrouve avec plaisir, d’où le succès toujours vivace des productions récentes comme Le Secret/Pont de Terabithia, Les Chroniques de Spiderwick et autres Monde de Narnia, etc.
Vous l’aurez compris que vous soyez petits ou grands, la fantasy ne se démode pas alors il est temps de revoir Labyrinthe et son monde rempli de muppets diaboliques, son roi-sorcier adepte du kidnapping et bien sûr son… labyrinthe !

¤¤¤ Synopsis :

On suit l’histoire de Sarah, jeune fille bourgeoise un peu trop gâtée, qui s’ennuie ferme dans sa chambre remplie de peluches et de jouets, préférant lire des contes de fées et des livres d’heroic fantasy. Ainsi chaque jour, elle rejoue toute seule les aventures de ses héroïnes préférées, se prenant pour une jeune princesse visitant des contrées fantasmagoriques. Grâce à ses livres, Sarah peut donc se rebeller contre ses parents qui ne font pas attention à elle, et se réfugier dans son univers imaginaire, dont elle est l’actrice principale mais également… la seule, à son grand désespoir, car elle n’a pas d’amis, à l’exception de son chien qui se nomme Merlin (encore un petit clin d’oeil au thème du fantastique !). De plus, ses parents absents lui font constamment garder son petit demi-frère Toby comme si elle n’était qu’une baby-sitter.
Son existence solitaire et monotone continue jusqu’au jour où le petit Toby finit par l’énerver et qu’elle prononce contre lui les mots qu’elle pense magiques «Je souhaite que les gobelins viennent et t’emportent !». A sa grande surprise, ces mots sont réellement magiques et le nourisson disparaît ! Paniquée, Sarah s’empresse de le suivre pour tenter de le ramener.
Plongée dans un monde maléfique malgré elle, il ne lui reste plus que quelques heures pour traverser le labyrinthe qui la sépare du château du roi des gobelins, dans lequel est retenu son petit frère…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

On doit Labyrinthe au réalisateur Jim Henson, dont le nom risque de vous être inconnu, mais c’est en réalité un homme que la plupart d’entre vous connaissent sans le savoir. En effet il a interprèté plusieurs des marionnettes des Muppets – il est notamment la voix emblématique de Kermit la Grenouille – il a d’ailleurs consacré sa vie aux marionnettes car il a été également réalisateur et scénariste de la plupart des épisodes et films des Muppets de Sesame Street, et du fameux long métrage Dark Crystal en 1982 (un classique) qui préfigurait déjà Labyrinthe et sa passion pour l’heroic fantasy dont il pouvait exprimer toute la féérie grâce à ses marionnettes et pantins si pratiques avant qu’ils ne soient remplacés par des effets spéciaux bien plus tard (imaginez Gollum en Muppet tiens pour voir…).
Au niveau des humains, très peu nombreux, le film met en vedette la jeune Jennifer Connelly (Requiem for a Dream, Un homme d’exception), déjà belle et talentueuse à l’époque, qui n’est toutefois pas aussi convaincante que dans Phenomena (réalisé un an plus tôt – en 1985 donc- par Dario Argento). Elle donne la réplique à l’immense David Bowie, qui pour ceux qui ne le savent pas encore n’est pas seulement une star du rock mais aussi un excellent acteur (Furyo, Le Prestige).
La musique du film est d’ailleurs signée Bowie, qui ne fait donc pas que chanter quelques chansons kitsch en pantalon ultra-moulant, mais glisse également sa patte musicale et ses guitares électriques aux tonalités si reconnaissables.

Le reste des personnages est donc interprété par des pantins, des muppets, des marionettes, bref toute une bande d’immondes petits monstres diaboliques et plutôt farceurs sur les bords, un bestiaire véritablement éclectique de personnages loufoques : gnomes, vers parlants, fées, monstres divers, toute une peuplade originale et diversifiée de créatures totalement déroutantes (d’apparence et de comportement) qui sortent tout droit de l’imagination du grand Terry Jones (un des membres fondateurs des Monty Python). Pour les observateurs qui aiment faire attention aux détails et aux clins d’oeils laissés par les créateurs du film, vous vous amuserez à retrouver certaines des peluches de la chambre de Sarah qui ont pris vie dans le labyrinthe.

Muppet world

Par définition très visuel (oui quand on prend le titre de Labyrinthe, il vous faut un beau labyrinthe ça va de soi…), le métrage marque les esprits par ses décors très variés et plutôt crédibles, qui ont la particularité d’être changeants – de nouveau passages se forment et des portes apparaissent sans arrêt, pas facile de sortir de ce labyrinthe !- le tout formant un univers très inventif, avec des énigmes, des portes secrètes et d’étranges illusions d’optique. Bref, Labyrinthe affiche une ambiance très mystérieuse, parfois angoissante même car les décors ne sont pas merveilleux bien au contraire (ce monde maudit est fait surtout de décharges et de marais putrides), mais l’ensemble est adouci par des personnages attendrissants qui viennent en aide à la pauvre petite Sarah (le gnome Hoggle, le gentil Ludo, etc.).
Malgré tout le temps passe et la mise en scène nous paraît à présent assez vieillote, parfois un peu désuète même, d’où un métrage qui nous paraît aujourd’hui assez inégal, laissant voir quelques bestioles très mal intégrées dans le décor alors que d’autres sont très réussies. Ce n’est pas pour autant une raison de bouder le métrage, car ses petites imperfections lui confèrent un charme certain. Et puis il y a David Bowie ! (N’est-ce pas une raison suffisante pour voir le film ?).

La route sans fin de Sarah au pays du sorcier désabusé

Labyrinthe est un conte merveilleux peuplé de personnages étranges, dont on ne sait jamais s’ils sont vraiment bons ou mauvais, et dans lequel une petite fille un peu perdue tente désespérément de comprendre comment fonctionne ce monde pour réussir à rentrer chez elle… Ça ne vous rappelle rien ? Oui, nous sommes bien en présence d’une sorte d’Alice au pays des merveilles, qu’on pourrait rebaptiser «Sarah coincée dans un labyrinthe lugubre» : arbres morts, yeux scrutateurs (oui, juste des yeux …), et murs de pierre infinis séparent la jeune fille du donjon maudit du terrible sorcier.
Il va sans dire que l’histoire rappelle également celle du Magicien d’Oz, avec sa petite fille qui entreprend une longue route accompagnée de personnages bizarres mais gentils et qui ont chacun leur caractère propre : le gros monstre poilu qui manque de confiance, le gnome qui ne sait pas à qui obéir…
Tout cela pour dire que Labyrinthe ne brille pas forcèment pour son originalité au niveau des thèmes abordés qui se retrouvent dans ce type de contes pour enfants et adolescents, telle l’émancipation de l’héroïne qui découvre les responsabilités dont elle aura besoin dans le monde réel grâce au monde imaginaire, ainsi que l’apprentissage de la vie et la fin de la naïveté accompagnant le passage de la fille à la jeune femme. Cette maturation s’accompagne également d’une valorisation de l’importance des liens familiaux, car Sarah prend progressivement conscience que même si elle se sent comme une étrangère dans sa famille recomposée, elle aime profondèment le petit Toby comme s’il avait toujours été son petit frère.

On conviendra donc qu’il ne faut pas réserver ce films aux enfants, mais à tous les fans de fantasy et de muppets, aux nostalgiques et aux grands enfants.
Il ne reste à ajouter que le film, bien qu’angoissant au niveau de son atmosphère, se révèle avant tout ludique avec ses personnages attachants et ses émotions communicatives, et se termine sur un happy end poilu et psychédélique tout à fait déroutant, comme on les aime.
On retiendra quelques scènes mythiques avec des gobelins aussi stupides que pitoyables (qui jouent au bowling par exemple, imaginez ce que ça peut bien donner), ou quand les mêmes gobelins font tourner en bourrique le pauvre Bowie, qui n’a pas d’autre choix… que de se mettre à chanter et à danser dans un patalon beaucoup trop moulant en shootant au hasard dans ces vilains petits monstres ! Un spectacle des plus réjouissants malgré le kitsch pur qui se dégage de l’apparence du sorcier Jareth / Bowie (oh mon dieu sa coiffure ! N’en parlons même pas ! Bon d’accord imaginez Rod Stewart qui aurait mis ses doigts dans une prise de courant…), vous comprendrez quand vous aussi vous ne pourrez plus supporter ces petits monstres, vous aurez la même envie de shooter dedans !

Notation : 7/10
► Un classique ! A voir rien que pour l’allure de Bowie !

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