La Recrue, sorti en 2003, met en scène un Colin Farrell en pleine ascension, qui campe ici un jeune premier engagé plus ou moins malgré lui dans les rouages d’une opération menée au sein de la CIA, menacée de l’intérieur par un agent prêt à vendre un programme informatique ultra-secret au plus offrant. Epaulé par son agent formateur (Al Pacino), il va tout tenter pour découvrir et contrer le traître…

Le petit guide de la CIA pour les nuls


  • Genre : Thriller / Drame / Action
  • Réalisateur : Roger Donaldson
  • Année de production : 2003
  • Durée : 1h55 mins

Après deux premiers rôles dans Tigerland (2000) puis Phone Game (2002), Colin Farrell avait déjà commencé à se faire un nom à Hollywood, s’étant illustré aussi dans des seconds rôles intéressants (Minority Report et Mission Evasion en 2002). Avec La Recrue, il continue son ascencion en jouant un croisement entre le jeune premier et le petit nerd ultra doué en informatique, et continuer de côtoyer les meilleurs acteurs, en la personne d’Al Pacino (toujours aussi excellent), son agent formateur. Ils forment un duo très intéressant, presque fusionnel, qui est le principal atout de ce thriller efficace, mais sans plus.
En effet, Roger Donaldson, réalisateur touche-à-tout (après s’être fait connaître avec Le Bounty en 1984, qui avait révélé Anthony Hopkins, il avait signé des films aussi variés que La Mutante en 1995 et Le Pic de Dante en 1997) qui avait déjà prouvé sa maîtrise du thriller politique avec Treize Jours (2000), nous livre avec La Recrue un film bien construit, maîtrisé, rythmé, qui n’atteint cependant jamais la force et l’envergure d’un épisode de la trilogie Jason Bourne (La Mémoire dans la Peau, etc…) malgré la similarité de leur environnement, le monde tortueux de la CIA.
Toutefois le résultat est bon, grâce à un scénario prenant, et nous amène à nous poser une question cruciale (peut-être pas dans la vie de tous les jours, mais au moins durant le visionnage du film), la CIA est-elle une histoire de famille ?

James Douglas Clayton, un jeune hacker ambitieux, mal peigné, lêve-tard et paresseux, est en plein milieu de son travail de barmaid, qui doit apparemment lui servir à payer son loyer. Il est abordé par un recruteur de la CIA, Walter Burke, un homme inquiétant et insistant qui lui déballe son curriculum vitae et attire son attention en lui parlant de son père, mort quand il était adolescent. Intrigué, James décide de tenter l’expérience et se présente aux examens pour devenir agent gouvernemental. Après avoir passé une batterie de tests irritants, il est envoyé avec les autres étudiants à « la ferme », un centre d’entraînement rigoureux au sein duquel ils apprendront à devenir de vrais agents, à maîtriser des techniques de hauté volée dans les domaines entre autres du combat, de la conduite, de l’interrogatoire, de l’espionnage, de l’infiltration et de la recherche d’informations. Mais seulement les meilleurs pourront en sortir, et un seul deviendra l’AS, l’agent spécial qui sera choisi pour effectuer les missions les plus importantes et les plus périlleuses…

L’intérêt majeur du film repose sur la relation paternaliste entre Pacino et Farrell symbolisée par leur proximité, leur ressemblance (jusqu’à un certain point bien entendu, Pacino n’étant pas aussi mignon que le « cutie » Colin Farrell), et une sorte de compétition qui se créé entre les deux, le jeune élève étant plus que disposé à vouloir dépasser le maître.

La principale qualité de La Recrue est de savoir nous plonger dans cet univers si fermé qu’est la CIA, en nous faisant partager l’appréhension de ces jeunes candidats, en nous faisant rentrer comme eux progressivement dans l’état d’esprit nécessaire pour se fondre dans cet environnement où tout est soumis au secret. Le spectateur, s’identifiant au parcours des jeunes recrues, se laisse embarquer dans un entraînement très violent, intense, presque dangereux car certaines épreuves peuvent aller trop loin, et en apprend beaucoup sur les techniques d’espionnage de la CIA, le jargon qu’ils utilisent ainsi que leur équipement et la dureté de leur vie, condamnée à rester scindée en deux entre leur identité secrète et leur existence de façade.
C’est d’ailleurs à cause de cette situation nouvelle pour lui que James va devoir faire un choix entre son métier/la relation professionnelle et filiale qui le lie à Pacino et la relation amoureuse qui naît entre lui et Layla, (la jolie Bridget Moynahan, qui a joué ensuite dans Lord of War et I,Robot) celle qui représente le fruit défendu, la relation amoureuse impossible et interdite dans un monde ou le professionnalisme est roi, dans lequel il n’y a plus de place pour les relations humaines, quelles qu’elles soient (on a pu le voir avec la solitude forcée du pauvre Jason Bourne dans La Vengeance dans la Peau).
Evidemment, le film joue énormèment sur le malaise créé par ces situations et relations difficiles à appréhender, car on ne sait jamais qui est bon ou mauvais, qui est avec qui et dans quel camp… Omniprésents, la tromperie et le suspense sont les maîtres mots de cette intrigue tortueuse.

Le film nous plonge dans un univers froid et gris, strict, tout comme l’image, sombre et sobre. La caméra est souvent nerveuse pour s’adapter à l’intensité de cet univers dans lequel tous les gestes comptent, elle est aussi rapide et rapprochée, collant les protagonistes de près, leur imposant un fardeau qui semble tomber lourdement sur les épaules, le poids de la vie rattrappant sans doute ces agents qui ne peuvent plus en avoir réellement, de vie… Une ambiance tout à fait impersonnelle, assez réussie, qui fait oublier les quelques lenteurs du film et la linéarité du scénario.
Cette atmosphère glaciale et énigmatique est parachevée par la musique mélant violons envoûtants et beats éxécutés au synthé, les quelques scènes dramatiques étant soulignées par de petites mélodies interprétées au piano. Toutefois l’ensemble ne se départit jamais de ces petites sonorités modernes qui font très « style espionnage », ces petits beats rythmés interminables qui savent vous créer une atmosphère de suspense en un tour de main.

Tandis qu’Al Pacino se retrouve totalement à l’aise dans cet univers dur et pétri de faux-semblants (il a l’habitude des rôles éreintants et des personnages louches et violents, qui parsèment sa carrière, de Scarface à Insomnia), Colin Farrell semble y être moins à l’aise, trop réservé, en bref pas à sa place, ce qui était justement l’effet recherché par le réalisateur car il ne se décide jamais à faire rentrer son héros au coeur de tous ces complots, il le laisse surnager, toujours un peu en-dehors des affaires louches qui se trament, se nouent et se dénouent tout autour de lui, quelque part entre l’incorruptibilité et le désintérêt quasi-total pour ce qui l’entoure. Malgré son inexpérience, le petit côté malin et fonceur de James vont prendre le dessus et lui permettre de se dépasser.

Sans pour autant être un grand film, souffrant de quelques défauts notables mais peu handicapants, tel un Colin Farrell qui ne prend jamais vraiment possession du rôle mais s’en sort très bien grâce à son talent d’acteur, ou encore quelques passages qui manquent d’envergure et de rythme, et bien entendu un scénario qu’on aurait aimé plus ambitieux et qui tient la route sans faire d’étincelles, La Recrue est un bon thriller, à ne pas sous-estimer, qui exprime vraiment son potentiel lors d’un final émotionnellement fort, dramatique, marqué par un dernier soubresaut orchestral qui nous arrache le coeur.

Notation : 6.5/10
> Un duo d’acteurs accrocheur, un scénario tordu, plein de rebondissements et de faux-semblants, qui cache un twist final plutôt réussi. Rappelez-vous, les apparences sont trompeuses…

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