Après le parodique film d’animation La Véritable histoire du Chaperon Rouge en 2005 (Hoodwinked) voici une nouvelle histoire de chaperon rouge moderne transformée en adolescente fatale qui ne se laisse plus avoir par le grand méchant loup…

La revanche du petit chaperon rouge ?

♦ Genre : Thriller / Horreur / Drame
Réalisateur : David Slade
Année de production : 2005
Durée : 1h44 mins
Classification : Interdit aux moins de 16 ans

En 2005 donc, le réalisateur anglais David Slade, clippeur de formation, se fait connaître grâce à ce premier long métrage (suivi en 2007 par le très bon 30 jours de nuit), Hard Candy, qui fait immédiatement parler de lui non seulement à cause du sujet difficile qu’il aborde (la pédophilie sur internet, sujet d’actualité primordial) mais aussi pour la virtuosité montrée par le réalisateur (Hard Candy décroche d’ailleurs le prix du meilleur film au festival de Sitges).
Le postulat du film est très accrocheur : il s’agit tout d’abord de montrer le processus qui permet à un pédophile d’attirer une jeune fille sur internet, puis de voir ce qui se passe au moment de leur rencontre. Cependant, et c’est là où réside tout le génie du métrage, le prédateur n’est peut-être pas celui qu’on croit…

¤¤¤ Synopsis :

Elle, c’est Thonggirl (en français « la fille au string »), de son vrai nom Hayley, une écolière de 14 ans qui se décrit comme une fille très intelligente qui lit toutes sortes de livres et assiste à des cours pour étudiants en médecine malgré son jeune âge, mais avant tout qui aime profiter de la vie et découvrir de nouvelles choses.
Lui, c’est Lensman 319, alias Jeff Kohlver, photographe de mannequins de 32 ans qui vit seul dans une maison retirée en pleine campagne, qui lui sert aussi de studio.
Après leur rencontre sur internet, ils décident de se voir pour de vrai dans un salon de thé des environs. Elle est sûre d’elle, allumeuse avec son petit sourire à croquer, et ne s’offusque pas de la différence d’âge qui les sépare. Il est charmant et poli, et pourtant son sourire rusé inquiète quand à ses intentions. Hayley et Jeff s’entendent bien et décident d’aller faire un tour chez lui. La jeune fille se laisse embarquer avec un petit air coquin, elle semble consciente et responsable de ce qui pourrait se passer. Quelques minutes et quelques cocktails plus tard, la situation dérape…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Le film démarre vraiment après une excellente scène d’introduction qui nous montre uniquement un écran d’ordinateur sur lequel on peut lire les messages que s’échangent les deux protagonistes, le jeu de charme qui se déroule entre eux et le rendez-vous qui s’annonce. Une entrée en matière qui nous plonge directement dans le vif du sujet et donne un rythme écrasant au film, grâce à un script très prenant porté par des dialogues ciselés et incisifs qui font monter progressivement la tension tout en abordant l’ignominie de la pédophilie avec une désinvolture et une intelligence remarquable. Les monologues d’Hayley, d’une ironie mordante, nous font réfléchir profondèment à la fois sur les motivations de la pédophilie, les conséquences sur les victimes et sur leur bourreaux et sur l’évolution de cet ignoble addiction grâce aux nouvelles technologies (la diffusion des images sur internet et les dangers du chat avec des inconnus).
Beaucoup d’échanges verbaux, pas d’action, on assiste à un huis clos psychologique pur, magnifié par un suspense omniprésent. David Slade fait preuve d’une maîtrise fascinante, imposant sa vision de clippeur par des images très dynamiques, une lumière flippante et des décors très dépouillés qui créent une atmosphère pesante dans toute la maison de Jeff, quasiment unique environnement dans lequel le film se déroule. Entrecoupée de longs fondus au noir entre les séquences, la mise en scène stylisée de Slade fait merveille, affichant énormèment de gros plans sur le visage d’Ellen Page, qui est tout simplement formidable, rayonnante, et remplit tout l’écran de son talent et de sa maturité. La caméra se veut très enervée quand l’action le nécessite, mais toujours mesurée, précise, incisive car David Slade domine son métrage au plan près.

Fascinant

Cette nouvelle version du conte du Petit Chaperon Rouge ne laissera personne indifférent, c’est certain. La modernité du sujet traité colle parfaitement aux thèmes abordés par le conte, la peur du grand méchant loup jadis très présente ayant été remplacée par celle du pédophile, tout aussi angoissante. On le sait, l’homme est un loup pour l’homme, et surtout pour les jeunes filles. Un fléau malheureusement trop commun aux Etats-Unis, pays dans lequel se déroule Hard Candy. Faisant preuve d’une réelle originalité par son parti pris de retourner la situation prédateur/proie, David Slade n’est pourtant pas le premier à aborder ce thème. En effet, l’excellent Freeway (de Matthew Bright avec Reese Witherspoon et Kiefer Sutherland) démontrait déjà en 1996 cette possibilité dans laquelle la jeune fille retourne la situation et s’en prend au pédophile. Mais là ou Freeway nous montrait des protagonistes démunis et minés par une violence quotidienne (famille recomposée, quartier difficile, jeunesse désabusée), Hard Candy ne prône pas ce genre de contexte et la violence et la vulgarité laissent place à l’intelligence d’une jeune fille urbaine, moderne, capable de se défendre grâce à sa tête et non par des coups.

Ce petit chaperon rouge moderne est donc une petite allumeuse sûre d’elle et de ses charmes juvéniles, un garçon manqué qui n’hésite pas à parler cruement pour s’attirer les faveurs des hommes plus âgés. Une petite manipulatrice en herbe qui met à mal les plans d’un pédophile, c’est possible, et c’est ce que nous démontre Hard Candy. Celle qu’on croyait être la proie s’avère être le chasseur, et le jeune chaperon rouge se fait tortionnaire. Sa désinvolture première qui nous paraissait dès le départ un peu trop factice se révèle enfin son sous vrai jour, comme une simple tactique pour mettre en confiance un adulte et lui administrer une drogue qui le mettrait en son pouvoir. Cette frêle petite adolescente arrive à nous faire peur, non par son aspect, si ce n’est par sa culture qui lui permet de prévoir toutes les erreurs qu’elle pourrait commettre, par son intelligence qui l’a aidé a monté son plan diabolique, et enfin par son sang-froid implacable.

Dérangeant

Le film est porté par un excellent Patrick Wilson (Le Fantôme de l’Opéra, Little Children) en grand méchant loup charmeur et par la troublante Ellen Page (dont la carrière est en plein essor après X-Men 3 et le récent Juno), une jeune actrice impressionnante en petit chaperon rouge tortionnaire. Leur duo parfaitement orchestré et très crédible habite le film et leurs joutes verbales ne laissent pas le spectateur s’ennuyer un seul instant.
_ Jeff : « Je ne suis pas le monstre que tu crois !
_ Hayley : Oh oui, voyez-vous ça, le charmant pédophile plaide coupable. Mais ce n’est pas de sa faute, il est accroc » (répond-elle ironiquement).

Insistant sur la dimension psychologique du sujet, Slade ne montre jamais les images pédophiles photographiées par Jeff, sauf une, un bref instant par réflexion dans l’oeil d’Hayley. Pareil pour les scènes de torture, rien n’est montré (sauf le temps d’une très brève image), tout est suggéré (toute l’inventivité de David Slade est nécessaire pour rendre ces passages d’une violence mentale inouïe avec par exemple les fonds rouges sangs qui défilent pendant l’opération), dans le souci d’éviter toute complaisance visuelle glauque pour un sujet aussi délicat, et tout passe par une souffrance et une tension psychologiques qui prennent le spectateur aux tripes. Ces séquences ne laissent absolument pas indifférent, et on en ressort très secoué, incapable de prononcer un mot pour commenter ce qui vient de se dérouler.
Le spectateur totalement impuissant est constamment divisé entre des sentiments de pitié et de vengeance envers Jeff, au fur et à mesure de l’avancée du film et des informations qu’on apprend sur son passé et sur les atrocités qu’il a commises ou non. Il en est de même pour Hayley, que chacun verra à sa propre manière, la soutenant dans son entreprise revancharde ou la condamnant pour ses actes et sa vision très personnelle de la jsutice.

On sort de ce film le coeur retourné et la tête remplie de questions… Tous ces actes étaient-ils justifiés ? Avaient-ils un sens ? Que s’est-il réellement passé ? La justice par la violence est-elle une bonne justice ? La peine de mort est-elle le seul moyen de stopper l’addiction d’un pédophile (plus que la castration chimique… ?) En notre propre âme et conscience, peut-on vraiment juger et condamner le petit chaperon rouge pour ce qu’elle vient de faire au grand méchant loup ? La seule réponse certaine que je puisse apporter à la fin du métrage : c’est un excellent film.

Notation : 9/10

> Résultat : un film très efficace qui nous livre une profonde réfléxion sur la pédophilie et la jeunesse d’aujourd’hui :
Hayley : « Suis-je une petite salope mignonne et vindicative de naissance ou est-ce la société qui m’a fait devenir ainsi ?« 

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