Après plusieurs semaines de disette, les critiques sont de retour en ce mois de septembre 2009 avec Entre les murs, l’excellent film naturaliste de Laurent Cantet, palme d’or au Festival de Cannes en 2008. Découvrez le quotidien d’une classe de 4e dans un quartier difficile de Paris, comme si vous y étiez. Qui sait? le film pourrait vous donner l’envie de devenir enseignant… ou bien vous rappeler quel élève vous étiez!

Quand la sincérité réveille les consciences

Réalisateur: Laurent Cantet
Année de production: 2008
Durée: 2h08

 

Entre les murs 1Abordant le sujet particulièrement épineux de la crise qui secoue le système scolaire français actuel (relayé par tous les médias ces dernières années), Entre les murs s’attaque aux vérités qui dérangent, à l’inadaptation des élèves venant d’un milieu social difficile à un système éducatif qui ne les comprend pas. Désintérêt manifeste des étudiants, échec scolaire, désespoir des enseignants, climat de violence et de racisme, le film pose des questions fondamentales, et l’œuvre est si intense et puissante qu’elle développe chez le spectateur une sensation d’intimité et un devoir d’implication, tout en lui laissant le choix de se faire sa propre opinion.

Dualité et harmonie

Film français sorti en 2008, Palme d’or au Festival de Cannes la même année et nominé dans la catégorie Oscar du Meilleur Film Étranger l’année suivante, le dernier film de Laurent Cantet, Entre les murs, ne laisse pas indifférent tant par sa forme que son contenu. En effet, bien qu’étant une œuvre de fiction librement inspirée du roman éponyme de François Bégaudeau, le métrage intègre dans sa facture la plupart des codes du film documentaire ―authenticité des personnages, dépouillement de la mise en scène, mouvements de caméra intuitifs― tant et si bien que dans les premières minutes du film, le spectateur dérouté se demande où peut bien se situer la frontière entre la réalité et la fiction.

Justement, c’est de ce paradoxe que naît la force communicative d’Entre les murs, c’est grâce à ce mélange si original et intriguant que Laurent Cantet (ici réalisateur et coscénariste, comme pour ses précédents films Ressources Humaines et L’Emploi du temps) parvient à happer toute l’attention du spectateur. Certes, le film n’est pas parfait, et s’avère même un peu trop long à démarrer, car au début on se sent un peu mis à l’écart, exclus de la monotone présentation de tous les enseignants, mais dès l’entrée dans la classe, l’alchimie se met en route pour deux fascinantes heures de voyeurisme scolaire.

Deux heures d’une immersion totale dans la réalité d’un collège situé dans un quartier difficile de Paris, deux heures pour une année scolaire complète dans la vie d’une classe de 4e (équivalent de la 2e secondaire au Québec), au sein de laquelle le mot mixité est primordial, car les élèves sont de toutes  les origines. Le film suit le déroulement de la classe au sein du cours de français, donné par leur professeur principal François Marin, avec tous les petits tracas qu’entraînent les relations entre l’enseignant et les élèves, la gestion du difficile apprentissage et des petits drames du quotidien pour ces jeunes qui viennent d’un milieu social défavorisé.

Ouvrir la cage aux oiseaux

Entre les murs 2Entre les murs, avant toute chose, porte bien son nom. Entre les murs de la classe ou de l’école (dont le réalisateur ne sort jamais), entre les murs des idées reçues sur les « classes difficiles » qui confinent les élèves dans une vision discriminatoire de leur médiocrité, entre les murs d’un système scolaire français inadapté et remis en question mais figé dans son immobilisme, le film laisse la place à la liberté des hommes et des mots, au vécu et à l’expression. Ainsi, tout autant vulnérable et humain que ses élèves dissipés et irrespectueux pour la plupart, François (interprété par un excellent François Bégaudeau, l’auteur du roman et coscénariste du film) se laisse souvent dépasser et dérape dans ses propos, tout comme Esmeralda, Souleymane et les autres, et c’est de cette relation si intense entre l’autorité et la rébellion que le film tire toute sa vitalité et sa crédibilité (à part quelques rares regards qui trahissent le style documentaire, les élèves sont d’une authenticité envoûtante).

Bilan:

Entre les murs n’est pas le récit d’un enfermement, bien au contraire, mais celui d’une libération, d’un espoir entretenu par un enseignant désireux de provoquer un accouchement des esprits chez tous ces jeunes, sans avoir le temps ni les moyens de ses ambitions : au conseil des professeurs, le découragement ambiant fait peur, la machine à café semble un point plus important à régler que de trouver des solutions pour aider les étudiants. Reste la liberté de la connaissance, du savoir qui aide à franchir les murs, des amitiés qui se nouent et se dénouent dans la cour de récréation. Le fond et la forme du film eux aussi se lient avec honnêteté et sincérité, la caméra énergique de Cantet colle aux personnages, il multiplie les gros plans sur ces jeunes visages qui nous font partager des émotions viscérales, qui nous marquent profondément.
Un moment de cinéma unique, une tranche de vie intense, comme on aimerait en vivre plus souvent.

Note : 9/10

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