Après les deux excellents premiers essais de Neil Marshall dans le genre survival mêlant horreur et action (soit Dog Soldiers et La Descente), on attendait beaucoup de Doomsday alias Dévastation, actioner post-apocalyptique qui emprunte aux grands classiques du genre (voire de tous les genres !), peut-être au point d’y sacrifier ses ambitions…

28… 25 ans plus tard ?


♦ Genre : Action / Drame / Anticipation
Réalisateur : Neil Marshall
Année de production : 2008
Durée : 1h 45mins
Classification : Interdit aux moins de 12 ans

Il est certain que le projet du réalisateur britannique Neil Marshall rassemblait nombre d’aspects alléchants qui ne manquèrent pas d’éveiller la curiosité de la plupart des geeks, et des curieux en tous genre, cependant le produit fini n’est pas véritablement à la hauteur de nos attentes, ni même à la hauteur des premiers films du sieur Marshall, un peu moins inspiré qu’à l’accoutumée.

¤¤¤ Synopsis :

Afin de bien rendre compte du foisonnement thématique de Doomsday, plantons d’abord le cadre : 2008 (de nos jours donc, c’est osé !), la Grande-Bretagne est aux prises avec un virus mortel, le Faucheur, qui menace d’éradiquer toute la population de l’île. Afin de sauver ce qui peut encore être sauvé, le gouvernement britannique a décidé d’ériger à nouveau le Mur d’Hadrien, qui séparait l’île en deux à l’époque romaine, afin d’y parquer les contaminés au Nord, en Ecosse, et de les laisser mourir là tandis que les sujets sains seront rassemblés au Sud et protégés par une importante force militaire chargée d’éliminer quiconque voudrait franchir la barrière. Seule rescapée du désastre, une petite fille blessée à l’œil est recueillie par les militaires.
En 2035, le virus réapparaît soudainement dans Londres, et menace d’éteindre ce qu’il reste de la population britannique. Les chefs du gouvernement, seuls à être au courant que des survivants ont été aperçus au Nord du mur, envoient une équipe tactique pour rapporter le remède qu’ils ont certainement développé afin de résister au virus, et dont ils ont maintenant eux aussi grand besoin pour enrayer la progression très rapide du Faucheur. Menée par le major Sinclair, l’équipe s’enfonce au cœur de la campagne écossaise abandonnée depuis plus de 25 ans, sans savoir ce qui les attend là-bas…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Après une introduction assez surprenante, et qui n’a que très peu à voir avec le sujet du film, et ne laisse quasiment pas entrevoir la société comme elle pourrait l’être en 2035 (à part la technologie intéressante de « l’œil de verre » de Sinclair, on se retrouve avec un banale scène d’opération tactique foireuse, intemporelle et sans grand intérêt, simple prétexte à nous démontrer l’efficacité du major Sinclair et son petit gadget très utile. Le film ne commence vraiment qu’au moment de la découverte d’une nouvelle menace, qui lance le compte à rebours et le suspense, enfin.
Démarre alors le périple d’une femme increvable, indéboulonnable, une déesse guerrière du nom d’Eden Sinclair, à la rech
erche à la fois de son passé et de l’avenir de l’humanité.
Comme dans La Descente, Marshall met enc
ore une fois en exergue son image de la femme forte, sauvage, capable de se défendre contre tous les dangers et de se déchaîner quand les règles disparaissent et qu’il n’y a plus ni virilité ni féminité, mais un seul et unique code unisexe régi par « la loi du plus fort et toujours la meilleure ». Rhona Mitra colle bien entendu parfaitement à ce personnage de guerrière/amazone (son visage à la fois bien dessiné et taillé à la serpe laisse entrevoir autant de prestance que de puissance, sans lui ôter un certain charme) qui s’impose dans tous les univers à laquelle elle sera confrontée, et toujours par la force, en affrontant les plus puissants pour survivre et affirmer son autorité, que ce soit dans la société évoluée et urbaine (son grade de major et son amitié avec un politicien haut placé lui ouvrent de nombreuses possibilités), la jungle urbaine des punks cannibales ou les joutes féodales. Elle rencontre d’ailleurs son alter-ego féminin parmi les punks sous les traits d’une guerrière sur-tatouée, pour une rencontre… animale.

Malgré cet intéressant portrait de femme naviguant dans une série B d’action explosive, on regrette le côté commercial du film à certains moments (la fin est un spot publicitaire gigantesque de 30 minutes pour Aston Martin, Neil Marshall est apparemment assez chauvin) ainsi que le nombre très important de scènes inspirées de précédents films. Il est vrai que tant d’emprunts flagrants finissent par lasser, au point de faire paraître un peu vain un film qui au final ressemble assez à un puzzle composé d’une combinaison d’influences de divers classiques du cinéma d’action tels Mad Max 2 (la poursuite finale et le look des « punks-survivants »), New York 1997 (La plongée du major Sinclair dans cet univers urbain dévasté nous rappelle franchement l’environnement dans lequel évolue le Snake Plissken de Carpenter) voire Ghost of Mars(encore un Carpenter !) pour le train et le look des punks affamés. On peut accumuler ce genre de rapprochements sans fin, comme par exemple dire que les peintures guerrières et les paysages font un peu penser au Braveheart de Mel Gibson, que le look des chevaliers un peu modernisés fait penser au Beowulf de Graham Baker (avec Christophe Lambert et …. tiens, Rhona Mitra !) ou que le thème de la ville dévastée par un virus et de la fin de l’urbanisation avait été traité également dans Je suis une Légende – mettant même en scène un personnage similaire de chercheur dédié à la quête d’un remède pour contrer le virus dévastateur et qui se retrouve du mauvais côté de la barrière – tout cela n’entamerait en rien la qualité de Doomsday car une somme d’influences bien maîtrisée peut s’avérer payante, surtout si on peut faire presque aussi bien que son modèle sans l’égratigner.
Remettre au goût du jour certaines séquences de grands classiques était une bonne idée pour les générations plus jeunes qui ne les ont pas connues (la scène de poursuite de Mad Max 2 a été remise au goût du jour : le vieil Interceptor de Mel Gibson a été remplacé par une Aston Martin flambante neuve – on a beau ne pas être dans un James Bond, les britanniques semblent toujours aussi fiers de nous montrer leurs plus belles automobiles), néanmoins le film ne tient pas la comparaison avec le duo bien plus récent 28 jours/ 28 semaines plus tard, qui abordait le même sujet d’un Royaume-Uni dévasté par un virus voire coupé en deux entre les survivants et les contaminés. Même ambiance, même poursuites endiablées, mêmes effets de caméra à plusieurs reprises et même musique ! (dommage que le thème musical le plus réussi de Doomsday soit quasiment décalqué sur le thème principal de 28 semaines plus tard, dommage…).
En parlant de musique, on est étrangement déçus par le score de Brian Tyler (Bubba Ho-Tep, Alien VS Predator Requiem, le dernier Rambo…), souvent peu approprié au rythme de l’action, peu original ou tout simplement incongru, juste suffisant dira-t-on, pour apprécier le film comme il faut.

L’autre regret majeur se situe au niveau de la mise en scène, le réalisateur succombant étrangement à la mode qui consiste à filmer les scènes d’action en accéléré (qui ne fonctionne pas du tout quand on ne maîtrise pas cette technique), avec un résultat des plus décevants : on ne voit quasiment rien dans la plupart des séquences, qui ne manquent pourtant pas d’inventivité ou d’adrénaline (explosions corporelles, têtes arrachées et une bonne grosse dose d’hémoglobine, pas de quoi s’ennuyer) mais la surexploitation d’effets de caméra un peu trop dynamiques rendent l’ensemble un peu difficile à distinguer.
Malgré tous ces problèmes de finition, Doomsday assume son statut de série B musclée tout en se montrant bourré d’idées intéressantes : manipulation des foules par le gouvernement ou les médias qui n’hésitent pas à pratiquer la désinformation pour briser un pays en deux et à dresser un mur pour que les « survivants » ne puissent jamais savoir ce qu’il se passe à l’extérieur, création de nouvelles formes sociales chez les communautés de survivants, empruntées aux anciens modes de fonctionnement : tandis que les punks (une mode tout à fait britannique qui ne dénature pas dans le décor) se rapprochent d’un mode de fonctionnement amérindien en tribu, les suiveurs du docteur Kane optent pour le système féodal du Moyen-Age. Un mélange intéressant mais malheureusement jamais exploité à fond par le réalisateur qui doit jouer les équilibristes entre ces thématiques et les scènes d’action nécessaires pour insuffler assez de rythme à son œuvre, sans avoir le temps d’approfondir ses idées, certes bonnes mais un peu trop expédiées (beaucoup de questions et d’avenirs restent en suspens à la fin du film). Alors que Sinclair trouve sa propre voie, on ne sait ce qu’il va advenir de son pays ou de Londres, dont l’avenir est -si ce n’est pessimiste, asurèment incertain. Une ouverture finale intéressante mais un peu trop abrupte.

Malgré quelques invraisemblances gênantes (que je ne révélerais pas pour ne rien gâcher, à chacun de les trouver) et un petit côté « touche-à-tout » qui limite l’efficacité de son univers post-apocalyptique riche et ambitieux, Doomsday se démarque par une liberté de ton et d’image pas déplaisante (les scènes de cannibalisme sont clairement montrées et les dialogues plutôt crus ainsi que les explosions diverses mises en avant pour qu’on n’en rate pas une miette se dégustent avec gourmandise) qu’on retrouve dans un final assez pessimiste et pourtant rassurant pour l’humanité, preuve que la survie est possible, mais pas à n’importe quel prix, et que la déconstruction sociale et morale de nos sociétés modernes n’est pas la fin de tout, mais simplement l’avènement d’un choix de vie pour les survivants qui sont toujours, quelque soit leurs style de vie –loi du plus fort ou sélection naturelle – des êtres humains.
Une mouture moderne et stylée qui n’arrive pas à révolutionner le genre, mais s’impose au final comme un bon divertissement bien corsé, sans temps morts.

Notation : 6/10

► A louer en DVD pour une soirée, mais pas plus, on peut trouver mieux dans le style, on salue tout de même le bon choix de casting car Rhona Mitra sait se faire respecter tout en restant sexy, sans être ni une greluche ni une armoire à glace, enfin un rôle qui lui convient parfaitement. Espérons la revoir un peu plus souvent !

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