Après Saw (Décadence), le jeune prodige James Wan se lance en 2007 dans un nouveau défi avec Death Sentence, un film choc qui reprend les bases d’un genre mésestimé, le vigilante movie. Préparez-vous à suivre la furie d’un père de famille prêt à tout pour venger ceux qu’il aime, sans aucune concession.

Welcome to hell…

poster sentence 2Réalisateur : James Wan
Année de production : 2007
Durée :
1h 46 min

On attendait avec impatience le dernier effort du jeune James Wan, le petit prodige du cinéma d’horreur révélé par le succès de l’excellent Saw (cosigné par Leigh Wannell). Après un nouvel essai (cette fois seul) dans le domaine de l’horreur avec Dead Silence (Silence de mort) en 2007, il décide de s’attaquer par la suite à un nouveau genre avec Death Sentence (notez qu’il aime insérer la notion de «mort» dans ses titres), un vigilante movie sorti également en 2007. Pour ceux qui se demandent ce qu’est un vigilante movie, c’est un genre cinématographique qui représente à l’écran une ou plusieurs personnes qui pratiquent l’auto-justice ou l’autodéfense en-dehors des limites de la loi, punissant les criminels à leur propre manière en se substituant à la justice étatique (on retrouve notamment dans cette catégorie des films comme Magnum Force, Dirty Harry 2, la série des Justicier dans la Ville avec Charles Bronson, Mad Max, tous les Batman, les Punisher…).

Nick Hume est un homme bon. Un bon père de famille, un mari attentionné, un assureur apprécié de ses collègues, un citoyen anonyme qui ne fait pas de vagues. Finalement tout se déroule à merveille dans sa vie, à part le fait que ses deux fils adolescents se chamaillent en permanence, ce qui est somme toute normal. En effet, tandis que le plus âgé est un sportif émérite, le second se sent délaissé.
Un soir, alors que Nick et son fils aîné Brendan rentrent d’un de ses matchs de hockey, c’est toute la vie de cette famille qui va soudainement basculer. Pris par hasard au milieu du braquage d’une station service par une bande de jeunes voyous encagoulés, Brendan est tué. Le père, impuissant, n’a pu qu’assister à cette exécution sommaire, mais réussit grâce à un bon réflexe à démasquer le visage de son agresseur, qui parvient à s’enfuir. Au procès, quand il se rend compte que la justice n’est plus qu’une mascarade et que son avocat n’a même pas le pouvoir de mettre l’assassin derrière les barreaux pour de bon, Nick décide de prendre les choses en main. Cependant, il ne sait pas encore qu’une fois la barrière de la légalité franchie, il n’y a plus de possibilité de retour, et que la vengeance le mènera à sa perte.

¤¤¤ Critique de la rédaction :

sentence billyTout le début du film est consacré à nous démontrer à quel point le héros, Nick Hume, est un père de famille modèle, heureux, toujours préoccupé par le bonheur de sa femme et de ses enfants, ce qu’on voit notamment au travers de l’introduction qui présente une simple vidéo familiale. Le réalisateur James Wan insiste beaucoup sur cette vision parfaite de la famille américaine type, disons même idéalisée; soit une famille constituée d’un couple uni élevant deux enfants, une famille de classe moyenne vivant dans une banlieue tranquille. Ainsi, plus le cliché semble parfait, plus le choc et la rupture seront marquants pour le spectateur. Un procédé simple mais efficace, et pourtant cette démonstration reste très courte (seulement 10 petites minutes, c’est court pour une exposition) mais suffisamment suggestive pour installer le thème de la normalité soumise au bouleversement et à l’inversion brutale des valeurs.

Nick Hume : «Quelquefois il n’y a que le chaos, un point c’est tout»

En effet, à l’image de son métier d’assureur, la vie de Nick semble réglée comme du papier à musique. Pas d’excès, pas de risques, aucun écart n’est permis. Le spectateur assiste à une obsédante représentation de normalité qui devient rapidement ennuyeuse, volontairement, pour qu’on en vienne à réclamer qu’un accident se produise. Il le dit pourtant lui-même, son métier consiste avant tout à «bien évaluer les risques», ce qui rend évidemment sa vie bien loin d’être trépidante, et quand son fils aîné le lui fait remarquer, la phrase retentit comme une sorte d’accusation. Le tempérament du jeune hockeyeur se heurte au calme du père prudent et protecteur.

La vengeance engendre la vengeance, voilà une sentence qui pourrait bien résumer ce film. Death Sentence nous montre la révolte d’un père brisé, enragé, qui ne trouve qu’une seule solution à son chagrin, la violence. Le réalisateur prend d’ailleurs ostensiblement à parti le public qui est obligé de choisir son camp, mais sans lui rendre la tâche facile. Peut-on approuver les actes de ce père modèle en quête sentence nickde vengeance pour son fils, dont la vie a été stoppée net sans raison, ou doit-on le condamner immédiatement parce qu’il applique sa propre justice dans un bain de sang ? Quel parent ne ressentirait pas l’envie de faire de même ? Néanmoins, suivre cette voie implique une perte des valeurs morales sur lesquelles repose la société occidentale. En faisant appliquer à son héros la loi du Talion poussée à l’extrême, James Wan étudie la transformation d’un homme qui, dévasté par la rage, ne trouve la salvation que dans la violence. C’est également en s’introduisant dans l’univers des gangs, dans lequel tuer est un acte qui permet de devenir un homme, que Nick Hume va en devenir un à son tour, du moins symboliquement. Un homme qui se lève pour défendre sa famille, toutes les familles frappées par l’horreur de la mort, en risquant de se perdre lui-même dans une spirale de tuerie (à noter : les détails réalistes, comme quand Nick lit le mode d’emploi d’une arme, comme quoi tous les américains ne savent pas forcément tirer dès la naissance !).

Aux yeux du spectateur, les images apparaissent grises, souvent trop ternes ou trop pâles, dénuées de toute couleur vive qui pourrait être associée au bonheur familial pourtant primordial dans l’ouverture du métrage. En réalité, elles annoncent déjà la détresse de la famille endeuillée, détruite, la difficulté du quotidien pour ceux qui doivent continuer à vivre malgré tout, mais sans en avoir l’envie. La froideur des images et des plans ne laisse aucune place à la compassion, aucune chance n’est donnée au bonheur : la pluie et la nuit dominent et assombrissent l’atmosphère, et en-dehors des rares visions de stabilité rattachées à la maison familiale ou au bureau de Nick, on suit le justicier improvisé dans des décors sales et délabrés où la misère est omniprésente. Ici encore, la rupture est flagrante entre le quartier huppé et le monde de la rue, un parallélisme entre la transformation du héros et celle de son environnement. Car le Nick Hume des débuts, neutre, propre sur lui, bien coiffé, se métamorphose en tueur aussi bien moralement que physiquement. Le crâne rasé, le fusil à la main (ou tout ce qui lui tombe sous la main), il se lance sur les traces des agresseurs, pour ne plus les lâcher jusqu’à la dernière minute, à l’instar d’un chien enragé. Dans ces moments, les tonalités se veulent rougeâtres, dénonciatrices. Là où la justice des avocats fait défaut, celle des armes s’impose à lui comme l’unique voie de rédemption. Enfin, pour s’assurer un maximum de réalisme, James Wan n’hésite pas à multiplier les gros plans sur les visages, montrant à la fois la peur, la tristesse, la colère et la haine sur les visages émaciés et torturés des protagonistes.

sentence nick 2

Kevin Bacon, très convaincant, trouve certainement ici l’un de ses meilleurs rôles et se compose un visage très froid et dur, comme si sa conscience était toujours ailleurs, complètement dépassé par les évènements et jamais véritablement conscient de ses actes, sauf dans les quelques scènes où il craque et se met à pleurer pour évacuer la tension (et le spectateur en profite pour faire de même). À citer également le toujours excellent John Goodman qui campe à la perfection un parrain dénué de tout sens moral.

Bilan:

La mise en scène très pointilleuse de James Wan, doublée d’une musique nerveuse et haletante, s’avère plutôt efficace et dynamique grâce à une caméra très mobile, vive, nerveuse, et des plans saccadés du plus bel effet, qui donnent à certaines séquences de poursuite ou d’affrontement un rythme hallucinant (le plan-séquence du parking surtout). Finalement, le jeune réalisateur livre une bonne mouture au sein de ce genre un peu marginal (personne n’avait vraiment remplacé Charles Bronson après la série des Justicier dans la Ville) et Death Sentence donne une bonne claque au spectateur. D’ailleurs, plus on s’attache au personnage de Nick et plus se réveille en nous une question qu’on espère ne jamais avoir à se poser vraiment : jusqu’où peut-on aller pour sauver sa famille ? Ici, la réponse est : trop loin.
À conseiller à tous ceux qui ont besoin d’un grand coup de botte dans les parties !

Attention, la violence montrée à l’écran, autant morale que physique, est crue et certaines scènes sont difficiles à supporter en raison de leur brutalité.

Note : 7.5/10

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