Je vous invite à découvrir un petit film d’horreur belge hors du commun, j’ai nommé Calvaire ! Fans d’horreur ou pas, jetez-vous sur ce film hallucinant, un survival sordide qui nous tient en haleine jusqu’au bout, un drame humain ignoble qui nous arrache le coeur et les tripes pour en faire de la bouillie…

Torture au plat pays


  • Genre : Horreur / Survival
  • Réalisateur : Fabrice du Welz
  • Année de production : 2004
  • Durée : 1 h 34 mins
  • Classification : Interdit au moins de 16 ans

En 2004, alors que les fans de fantastique et d’horreur se lamentent de ne pas voir plus de productions horrifiques françaises, une excellente surprise nous parvient de chez nos voisins belges, intitulée Calvaire. Un titre très évocateur pour ce film jusqu’au boutiste signé par Fabrice du Welz (un génie à suivre absolument, son prochain film Vinyan avec Emmanuelle Béart et Rufus Sewell sort d’ailleurs très bientôt), qui nous sert un film de torture teinté de survival, une oeuvre vraiment dérangeante, captivante, hallucinante même. Dans le genre horreur psychologique, c’est un must ! Le concept, celui du terrible destin d’un jeune homme gardé en captivité par un malade en quête de compagnie, nous rappelle Barracuda (film français de Philippe Haïm sorti en 1997, avec Guillaume Canet et Jean Rochefort), mais Calvaire se revèle encore plus flippant, plus monstrueux, un drame inhumain totalement déjanté, une expérience cauchemardesque, sans aucune concession.

¤¤¤ Synopsis :

Marc Stevens est un jeune chanteur itinérant qui fait la tournée des maisons de retraite et autres salles communales de villages miteux contre des petits cachets qui lui permettent à peine de survivre. Alors qu’il se dirige vers le sud pour une nouvelle série de concerts, cherchant à rejoindre des lieux plus chauds et accueillants, il se perd de nuit dans la campagne belge et tombe malheureusement en panne en plein milieu d’un chemin boueux et éloigné de toute civilisation moderne. Il fait alors la rencontre d’un péquenaud inquiétant, qui va le mener jusqu’à la seule auberge du coin, tenue par Bartel, l’étrange mais serviable tenancier du lieu, qui lui propose de l’aider à réparer sa camionnette dès le lendemain. Mais la situation semble aller de mal en pis pour Marc, car Bartel sombre peu à peu dans la folie, obsédé par la perte de sa femme, et ne semble pas décidé à laisser Marc partir. Il confond en effet celle-ci avec le jeune chanteur à la voix doucereuse et aux chansons très émouvantes, et décide de le capturer pour le garder à ses côtés ! Le pauvre Marc voit alors débuter son calvaire…

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Laurent Lucas, le taciturne, l’introverti, l’homme qu’on pourrait qualifier de plus silencieux au monde (un excellent acteur qui nous avait déjà imposé son talent dans Harry, un ami qui vous veut du bien en 2000), joue à merveille le rôle de ce ce chanteur itinérant timide et trop gentil et parvient à nous émouvoir et à nous captiver avec son interprétation très juste et sobre, et à l’aide sa voix grave et monocorde qui ô surprise nous étreint quand il joue les chanteurs de charme (de très jolies chansonnettes romantiques, de la poésie langoureuse qui nous prend aux tripes et nous berce), il nous fait nous attacher et croire en la simplicité et la bonté de son personnage, le seul qui soit « sain » au milieu de tous ces dégénérés. En bref, un héros trop gentil et un peu bêta, dont le seul défaut est finalement de trop faire confiance aux gens.
On peut aussi saluer la performance de Jackie Berroyer, ex-boute-en-train de Canal + qui s’offre ici un contre-emploi hallucinant en aubergiste adorable mais dérangé, rendu fou par la mort de sa femme, un rôle qu’il campe à la perfection. A noter enfin le petit rôle interprété par Brigitte Lahaie, ex-star du porno, toujours aussi belle malgré son âge, qui joue ici une mairesse amoureuse de Marc, désespérèment seule et qui n’attend qu’une occasion pour pouvoir quitter son quotidien montone.

L’atmosphère du métrage est sombre, brumeuse, sale, trouvant toute son essence dans cette campagne belge affreusement glauque, coin perdu dont l’atmosphère pluvieuse et le brouillard ambiant aggrippe les rares visiteurs et ne les relâche plus. Tout est fait pour nous plonger dans une horreur sourde, comme si une menace dormante et omniprésente nous carressait doucement la nuque pour mieux nous emprisonner et ne plus jamais nous laisser repartir… Un sentiment dérangeant qui hante l’intégralité du film, plongeant le spectateur dans une sorte de torpeur qui ne lui laisse aucun repos, ne lui occasionne aucun sourire, à part éventuellement (et encore !) lors des apparitions tristement comiques de Boris l’idiot du village qui cherche sa chienne Bella (certainement une chimère créé par son esprit malade), symbole du « manque » qui secoue ce village maudit, tout comme Bartel, un fou à lier (un comique raté dont les blagues minables ne font qu’à peine ricaner) qui fera tout pour protéger sa nouvelle compagne, au point qu’on le prendrait presque en pitié au fur et à mesure que le drame se noue.

On a le droit à quelques scènes bien glauques, bien sales, dont une petite crucifixion, un peu de torture (mais pas d’effets trop gores, ce n’est pas la peine), quelques scènes de sexe révulsantes (si on peut appeler cela du sexe…), des passages très dérangeants, ou tout simplement inquiétants, comme par exemple cette image étrange et curieusement oppressante de ces enfants en doudoune rouge qui vont jouer au football dans le bois mais en réalité ils ne jouent pas, ils sont comme figés, des statues immobiles et identiques qui observent de leur regard terne les alentours, sans réaction.

L’ambiance très maîtrisée tient ainsi en peu de choses : aucune musique (à part les rares chansons de Marc et un morceau de piano discordant diaboliquement interprêté par un péquenaud pour faire danser le « freak show », cette espèce de foire aux monstres constituée par des paysans en mal de femmes), une campagne paumée peuplée de paysans et chasseurs déglingués (une belle brochette de gueules cassées et de trognes de malades mentaux !, dont Philippe Nahon et Jo Prestia, des habitués aux rôles de dangereux malades), des décors oppressants (forêt glauque, granges pourries et barraques vermoulues), le tout agrémenté d’une lumière et d’une image boueuse, verte et jaunâtre (le temps gris et pluvieux en rajoute une bonne couche côté oppression) et de plans souvent très rapprochés, mettant en exergue des silhouettes trapues et des ombres terrifiantes. La caméra est branlante, observatrice, comme si elle suivait innocemment les évènements du quotidien, comme s’il n’y avait rien d’étrange aux situations. Petite surprise maison, l’ensemble est soutenu par les hurlements terrifiants et agressants (pour les oreilles) de veaux martyrisés et de cochons psychopathes (ou serait-ce seulement leurs maîtres ?), une vrai calvaire pour nos oreilles si fragiles, mais qui remplace à merveille une bande-son, car les cris d’un cochon qu’on égorge, côté musique de film d’horreur, c’est du lourd !

Bilan : Torture morale et physique, dégénerescence mentale, séquestration, avec toute cette accumulation d’horreurs consternantes et inquiétantes, Fabrice du Welz nous pond pour son premier long métrage un calvaire qui nous donne un aperçu des plus terrifiants de l’expression de la folie des hommes.
Le mot de la fin : attention, consanguinité et manque de femmes = paysans qui forniquent avec des veaux.

Notation : 8/10

> Un film hallucinant, un survival sordide qui nous tient en haleine jusqu’au bout, un drame humain ignoble qui nous arrache le coeur et les tripes pour en faire de la bouillie lors d’un final au symbolisme monstrueux, jusqu’au-boutiste, dérangeant, écrasant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation