Humour et horreur se marient souvent très bien. Parodier les grandes figures du cinéma d’horreur classique s’avère néanmoins un exercice difficile, et pourtant le réalisateur Don Coscarelli décide de revisiter celui de la momie dans un univers très particulier. Une momie contre des personnes âgées ? Un concept original pour un petit film bien fun, dont je vous parle aujourd’hui afin que vous ne passiez pas à côté…

Les papys font de la résistance

Genre : Comédie / Horreur / Fantastique
♦ Réalisateur : Don Coscarelli
♦ Année de production : 2002
♦ Durée : 1h 32mins
♦ Classification : Tous publics

Au sein de la carrière de Don Coscarelli, réalisateur de métrages d’horreur de série B (Z ?) tels la saga des Phantasm et Dar L’invincible, peu de titres sortent du lot. C’est par contre le cas de Bubba Ho-tep, grosse surprise de la part de ce cher Don, car au-delà d’une affiche et de slogans un peu cheap se cache un bon petit film d’horreur rigolo et dépaysant, reprenant savoureusement le mythe de la momie.
D’ailleurs, connaissiez-vous l’expression : « être pris entre deux vieux ? » La pauvre momie de Bubba Ho-tep va en faire l’expérience, et croyez-moi, ce n’est pas de tout repos !

¤¤¤ Synopsis :

L’histoire ? Dans une maison de retraite paumée d’une vieille région rurale des Etats-Unis, les personnes âgées se meurent en attendant une visite de proches qui ne viennent jamais ou bien une visite de la mort pour les délivrer de cette existence insipide et plus que monotone. Mais derrière ces murs, il n’y a pas que de vieux anonymes, on y trouve également deux pensionnaires bien particuliers. L’un, Sébastian Haff, clame à qui veut l’entendre qu’il est le véritable Elvis Presley (son âge semble correspondre, alors qui sait ?), tandis que l’autre, Jack, prétend qu’il est…… le président JFK en personne ! (moins plausible dans son cas, il est noir….). Les deux pseudos-célébrité s’ennuient à mourir dans cette résidence, jusqu’au beau jour (beau ?) où une momie vient mettre la pagaille dans le voisinage. Chaque nuit, il vient en effet dévorer l’âme d’un de leur infortunés congénères. Afin de protéger leurs plates-bandes, nos deux vieux amis vont tenter de comprendre d’où vient cette momie et mettre en œuvre un plan pour la renvoyer vite fait bien fait d’où elle vient. Cependant, ils ne sont pas en très bon état et vont vite comprendre que ce n’est pas si facile que ça de se débarrasser d’un mort-vivant squatteur…


¤¤¤ Critique de la rédaction :

Si le pitch de Bubba Ho-tep ne paraît pas véritablement séduisant au premier abord (une momie contre des vieux croûtons, ou se cache l’action ?), le métrage révèle très vite de très bonnes surprises. Rien que la présence des deux baroudeurs Bruce Campbell (Ash dans la trilogie Evil Dead) et de l’inusable Ossie Davis (surtout un habitué de la télévision) nous rassure déjà, tant ils sont drôles et attachants dans leur rôles de vieux débris héroïques, puis le savant mélange d’action au ralenti, de suspense et de comique au second degré nous rassure vite complètement.
Le charme de l’ambiance mise en place par le metteur en scène fait ensuite le reste, grâce à des décors bien choisis (même si peu variés) pour assombrir l’histoire – c’est tout de même un film d’horreur, bien que le spectateur ne soit jamais terrifié directement, mais pétrifié par la lente avancée de l’inarrêtable momie – et grâce à une lumière assez poussiéreuse et vieillotte qui finit de planter une atmosphère très « redneck » (péquenaud américain).

La momie « redneck » elle aussi est d’ailleurs très laide (bandelettes crades et chapeau de cow-boy pourri, effet garanti), et son histoire résumée très succinctement à coups d’images qui nous sont jetées à toute vitesse et sans ordre réel au cours d’un unique flash-back dont on peut retirer approximativement que cette momie était un personnage important en Egypte, assassiné pour on ne sait quelle raison par on ne sait qui et qui se retrouve malencontreusement condamnée à errer à la surface de la terre… (à priori pour une erreur volontaire dans sa momification, mais ce n’est qu’une hypothèse, les indices restant volontairement très obscurs) en bref l’histoire n’est pas primordiale, on est face à un concept classique de malédiction qui pèse sur une momie obligée de se nourrir d’âmes pour survivre (si on peut appeler ça vivre… doit-on dire « sur-mort-vivre » dans ce genre de cas assez particuliers ?) ou plus précisément pour revenir à la vie (on doute d’ailleurs fort du résultat que cela pourrait occasionner, étant donné l’état de décomposition très très avancé de cette momie soumise aux ravages du temps depuis des milliers d’années…).
Bref, on est pas là pour se perdre en circonvolutions momifieuses ou momifiantes, mais bien plutôt pour passer de bons moments à suivre les pérégrinations américaines d’une momie miteuse qui rédige des insultes hiéroglyphiques débiles dans les toilettes – quel bonheur, quel cynisme ! – et le film est rempli d’autres détails et clins d’œils du genre qui vous feront rire aux larmes.

Film d’horreur oblige, on assiste à de nombreuses morts, dont plus de la moitié de mort naturelle…. (eh oui on est dans une maison de repos…). Toutefois l’intérêt du film n’est pas de nous sensibiliser sur les mauvaises conditions de vie des personnes âgées qui subissent la solitude et l’ennui dans leurs maisons de retraite monotones au point d’en mourir, et pourtant on ne peut qu’être attendris par ces pauvres victimes incomprises et par les efforts désespérés de nos deux héros pour se faire remarquer ou meubler leur fin de vie mortellement (c’est le cas de le dire !) laborieux. Et c’est un des points forts du film d’arriver à nous montrer sans misérabilisme cette vieillesse touchante, cette solitude et ce désespoir au quotidien, à la recherche d’un quelconque acte héroïque pour se sentir vivant (une érection en fait partie, vous pourrez vous en rendre compte !).
Le tout se déroule au son d’une bonne vieille musique country, avec guitares lentes et assommantes teintées de quelques cœurs et sonorités à tendance mystiques et égyptiennes, une lenteur qui convient bien au rythme général du film qui progresse à la même vitesse qu’un vieillard et son déambulateur. Cette uniformité fait qu’on accepte petit à petit cette lenteur et qu’elle ne nous paraît que rarement inappropriée ou excessive, au contraire elle s’avère même salvatrice car elle nous plonge intégralement dans le quotidien des pensionnaires de cette maison de repos qui vivent au ralenti.
La preuve, la momie marche au ralenti elle aussi, et l’analogie entre la vieillesse/le vieillard et la momie n’est pas difficile. Tous deux oubliés, incompris et relégués dans un placard (une maison de retraite ou un tombeau, le chemin est court entre les deux), ils ont souvent un rapport particulier avec la mort, la défient ou l’attendent. C’est cet état indistinct entre la vie et la mort que le réalisateur Don Coscarelli nous montre au travers du quotidien de nos deux héros. A l’instar de la momie, ils n’ont plus de vie, plus de famille, plus d’amis à part l’un pour l’autre, ils ne savent pas souvent l’heure qu’il est et le temps ne fait presque aucune différence car ils ne sortent quasiment jamais.
Ils n’attendent rien de la vie et pourtant, ils n’hésiteront pas à se battre jusqu’au bout pour se débarrasser de ce tas de bandelettes pas bien frais (eux non plus mais bon). Mais dérouiller un mort-vivant, ce n’est pas donné à tout le monde, et nos deux pensionnaires bringuebalants vont devoir rassembler toutes leurs dernières forces et leur inventivité pour mener à bien cette bataille et renvoyer cette créature maudite d’où elle vient (d’Egypte non ? Ca fait un peu loin tout de même) avant qu’elle ait absorbé l’énergie vitale de tous les retraités du coin.

Le charme unique et atypique de Bubba Ho-tep agit à merveille et un passe un très bon moment malgré quelques lenteurs et un scénario un peu trop léger. Heureusement, après de nombreuses péripéties et aventures au ralenti, on a droit en guise de bouquet final a un duel titanesque d’égal à égal entre monarques décrépis, car si la momie est certainement un pharaon, Elvis est bien le King, c’est certain (d’ailleurs Campbell est époustouflant dans sa composition d’un vieil Elvis plus vrai que nature). On est pas déçus du voyage, car Bubba Ho-tep est définitivement une bonne surprise pour une petite production horrifique avec peu de moyens. Et que ce soit après 3000 ou 80 ans, il n’y a pas d’âge pour arrêter de rire, alors n’hésitez pas à vous procurer ce petit film pas piqué des vers (qui dévorent la momie, les vers).

Notation : 6.5/10

Bruce Campbell n’est pas encore mort, le King est toujours vivant, JFK n’a pas vraiment été assassiné et la momie est plus ou moins morte, plus ou moins vivante, du moins assez morte-vivante. Tant que vos amis ou votre famille ne se met pas à répéter sans cesse Imhotep…. Imhotep….. Imhotep….. avec un air lobotomisé, vous n’avez rien à craindre.

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