Laissez-moi vous présenter Breach (Agent Double en français, encore un titre moyen), où l’histoire d’un jeune espion arrogant mais brillant qui veut à tout prix gravir les échelons et être promu agent du FBI, jusqu’à ce qu’il soit placé sur une affaire banale qui risque de mettre au point mort une carrière toute tracée. Banale ? Les apparences sont souvent trompeuses…

Un espion peut en cacher un autre


♦ Genre : Thriller / Drame / Réflexion
♦ Réalisateur : Billy Ray
♦ Année de production : 2007
♦ Durée : 1h 50mins
♦ Classification : Tous publics


L’histoire de Breach nous entraîne sur la plus grosse opération interne menée par les services secrets des Etats-Unis pour démasquer un agent double. Un scénario haletant pour un thriller d’espionnage à la Ennemi d’Etat, Spy Game ou Les Infiltrés mais qui privilégie toujours le côté psychologique à l’action, quasi-inexistante. Deuxième film du scénariste/réalisateur Billy Ray (il a écrit entre autre Mission Evasion, Flight Plan, avant de passer à la réalisation de son propre scénario sur Shattered Glass/Le Mystificateur et de réitérer l’expérience avec Breach) Un polar mystérieux qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout.

¤¤¤ Synopsis :

Jeune recrue et promis à un brillant avenir, Eric O’Neill est chargé de surveiller un agent secret vétéran spécialisé dans l’espionnage, Robert Hanssen, dont le péché est apparemment de trop aimer la pornographie et de distribuer des images obscènes. Ce job ne plaît pas du tout à Eric, qui est habitué à des missions de surveillance plus passionnantes et à montrer ses talents sur le terrain plutôt qu’à espionner un collègue dans un bureau pour vérifier s’il est un vieux pervers ou non. Mais il ne sait pas que derrière cette enquête barbante en apparence, les véritables implications de sa mission sont d’une envergure qu’il ne pouvait imaginer, et dépassent de loin ses propres ambitions de devenir agent du Bureau. Nouvel assistant d’Hanssen, il devra mener une enquête minutieuse, noter ses impressions dans un journal qui retrace au quotidien les faits et gestes d’Hanssen et les informations qu’il tire de ses observations, afin de cerner le personnage et de le pousser à la faute. Peu à peu, Eric commence à se rendre compte que quelque chose cloche dans sa mission. La perversité supposé de la cible ne serait-elle qu’un prétexte ? Ses supérieurs veulent-ils découvrir autre chose au travers de cette enquête au jour le jour ?

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Portée par des acteurs impeccables, cette plongée au coeur des organismes du renseignement américain, les plus perfectionnés et les plus efficaces mais également les plus menacés au monde, est littéralement passionnante. Pas de fioritures au rendez-vous (on n’est pas dans Les Experts ou FBI : portés disparus ou encore Numbers), l’intégralité ou presque de l’intrigue du film est psychologique, et les gadgets d’espionnage ne sont que… des bibelots.
Mais revenons sur les acteurs. Au-delà des très bons seconds rôles interprétés entre autres par les jolies Laura Linney (La Famille Savage, Jindabyne) et Caroline Dhavernas (une jeune québécoise vue dans Nez Rouge et Surviving my mother) et par Dennis Haysbert (mais si, mais si vous le connaissez, c’est le président Palmer dans 24), le point fort du film repose sur l’excellent duo formé par Ryan Philippe et Chris Cooper. En tous points différents au premier abord, leur conception de l’espionnage n’est peut-être pas si différente qu’on ne le croit.
Avec brio, l’opposition entre le « jeune » et le « vieux » fait mouche. Tandis qu’Eric prend mal le fait d’être utilisé comme un simple pion pour ses supérieurs, ou un « commis » inutile, stupide et incapable de réfléchir par lui-même pour Hanssen, il ressent un mélange d’admiration et de dédain pour cet homme qu’il respecte pour ses compétences qui vont bien au-delà de la moyenne, mais qui n’est pour lui qu’une cible comme les autres, presque banale comparée aux terroristes qu’il surveille habituellement, jusqu’à ce qu’il comprenne enfin que cet homme cache bien plus de choses qu’il ne l’imaginait.
De plus, au contact d’Hanssen, il apprend les ficelles du métier d’agent du FBI, mieux qu’auprès de n’importe quel formateur, car grâce à son expérience et ses compétences, son intelligence et son perfectionnisme, il maîtrise totalement son métier d’agent, et n’hésite pas à afficher sa supériorité par son franc-parler.

Sans conteste, le charme de jeune premier de Ryan Philippe agit toujours à la perfection, et sa crédibilité n’est jamais remise en question tant il colle à la peau de son personnage, pourtant si particulier car il joue le rôle d’un personnage qui joue lui-même un rôle, mise en abîme qui permet au spectateur de se retrouver directement en phase avec la performance de l’acteur et de la juger au premier plan. Quand au pauvre Ryan Philippe, après Anti-trust et avec Breach maintenant, il semble cantonné aux « thrillers d’entreprise » (un genre à part entière ?), dans lesquels il gravite avec une aisance admirable il faut l’avouer, néanmoins on aimerait bien le voir plus souvent (je suis fan je l’avoue) et dans des rôles plus variés afin de découvrir dans quel registre il s’exprime le mieux : le séducteur machiavélique (Cruelles Intentions), le bad boy armé (Way of the Gun) ou encore le beau soldat dans Mémoires de nos pères.
De son côté, Chris Cooper (American Beauty) compose superbement un personnage vieux jeu, macho et très pieux (façade ?), l’acteur oscarisé pour son (second) rôle dans Adaptation impose sa version de l’agent de renseignement proche de la retraite, obsédé par la Guerre Froide et blasé par la vacuité du monde moderne et l’inutilité de ses collègues (il souhaite révolutionner les techniques du renseignement pratiquées au sein du FBI) comme une évidence, une réalité imparable : c’est un enfoiré comme on en fait peu, solitaire et désabusé, qui se croit supérieur aux autres et leur fait ostensiblement comprendre. Un être rendu détestable pour que le spectateur le condamne dès les premiers instants, et pourtant beaucoup auront du mal à ne pas vouloir le défendre, le sauver d’une déchéance annoncée, lui trouver des excuses, ou douter de sa culpabilité, ne serait-ce qu’un bref instant. Etrangement le spectateur se passionne pour cet homme de l’ombre dont la qualité n’est jamais officiellement reconnue, respecté et néanmoins relégué dans un petit bureau sans fenêtre, comme s’il ne représentait rien, comme si 25 ans de bons et loyaux services ne lui vaudraient jamais de véritable reconnaissance. A l »approche de la retraite, il a peur de n’être qu’un souvenir réduit à une simple photo sur un mur. Eternel renfrogné (pensez au schtroumpf grognon) insupportable et dérangeant dans son comportement, observateur (il remarque chaque détail et ne se trompe jamais sur quelqu’un), capable de déceler le vrai du faux, le mensonge de la vérité, il est responsable de la majeure partie du malaise qui plane sur ce thriller d’espionnage froid et minutieux.

Dans la forme, l’atmosphère du film est volontairement assombrie par une lumière grisâtre et bleutée omniprésente, d’une pâleur accentuée par la présence de la neige. La mise en scène impeccable, maîtrisée au plan près pour ne jamais concéder de scènes inutiles et garder cet aspect minutieux propre aux missions d’espionnage. A cette sobriété visuelle s’ajoute une musique discrète, lancinante et triste, qui n’impose sa force que dans un final attendu et pourtant déchirant.
Dans le fond, après l’excitation des premières minutes induite par la rencontre entre les deux protagonistes et le début de l’enquête, le rythme devient assez monotone et n’est entrecoupé que par quelques révélations bienvenues pour relancer un peu le moteur. Toutefois le film vaut sans problème le détour pour ses nombreux atouts.

Outre l’intérêt de découvrir un FBI qui nous est montré comme désuet et dépassé ainsi qu’une critique du fonctionnement des bureaux des services secrets américains, limités par leur manque de coopération et leur arrogance respective, savoir ou non si Hanssen a compris que son jeune assistant est un espion donne lieu à un suspense éprouvant qui rend le métrage particulièrement captivant, tout en jouant sur certaines lenteurs volontaires pour mettre à l’épreuve les nerfs du spectateur. Au bout de presque deux heures très prenantes, Breach en ressort comme un film à la fois sobre et efficace, intelligent, mesuré, qui plaira à ceux qui aiment les ambiances sombres et pesantes des films d’espionnage réalistes jusque dans les moindres détails (le film est basé sur la véritable histoire de l’agent Hanssen). Les fans de James Bond s’abstiendront, car il n’y a pas d’action dans Breach, mais un formidable jeux de rôles, parfois un peu ennuyeux mais porté par une brochette d’acteurs excellents qui lui confèrent une justesse implacable.

Notation : 7/10

►Tout simplement réaliste, à voir pour le formidable Ryan Philippe – Chris Cooper.

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