Spin-off de la célèbre (et même légendaire !) série des Il était une fois en Chine, ce Last Hero in China : Les Griffes d’Acier met en scène le héros de la saga, Wong Fei Hung, interprété par un Jet Li en pleine forme, obligé d’affronter un gouvernement corrompu et une étrange secte dirigée par un maître qui manie une terrible griffe d’acier…

Il était encore une fois en Chine…
  • Genre : Arts martiaux / Action / Comédie
  • Réalisateur : Wong Jin, Yuen Woo Ping
  • Année de production : 1993
  • Durée : 1h45 mins

Wong Fei Hung, le héros chinois ultime, est de retour ! Après trois premiers opus excellents signés par le grand Tsui Hark (Il était une fois en Chine, Il était une fois en Chine 2 : la secte du lotus blanc et Il était une fois en Chine 3 : le tournoi du lion), le docteur et maître en arts martiaux revient casser du vilain dans cet opus réalisé par Wong Jin et le grand Yuen Woo Ping (acteur, cascadeur, chorégraphe et réalisateur de nombreux films tels que Tai-Chi master et la série des Tiger Claw). Quel rapport avec la série des Il était une fois en Chine ? Tout simplement la reprise du personnage de Wong Fei Hung par Jet Li, et la relative continuité dans l’histoire : devenu légendaire par ses exploits et sa vertu, le grand médecin Wong Fei Hung a ouvert un école d’arts martiaux en complément de son cabinet de médecine, dans laquelle il forme des jeunes à l’art du combat et à des valeurs traditionnelles d’honneur et de loyauté. De plus en plus respecté dans toute la Chine, Wong Fei Hung voit toute la population compter sur lui pour régler les problèmes d’un pays confronté à l’entrée dans la modernité et l’ouverture à la civilisation occidentale.
Héros très populaire en Chine, le personnage de Wong Fei Hung est le proptoype du héros parfait, à la fois combattant incomparable initié aux techniques secrètes des moines Shaolin et défenseur de la veuve et de l’orphelin, et plus généralement de toute la population chinoise. C’est pourquoi il mérite le titre de « dernier héros chinois » plus que quiconque. Véritable héros populaire du cinéma chinois, le personnage de Wong Fei Hung a été représenté dans des dizaines de films, incarné par exemple par Jackie Chan dans les deux Drunken Master (le premier lui aussi réalisé par Yuen Woo Ping en 1978) succédé dans le rôle par Jet Li dans les années 90.

¤¤¤ Synopsis :
Installé à Canton, le grand maître Wong Fei Hung doit faire face à de nombreux problèmes au quotidien. En effet son école d’arts martiaux ayant fait trop d’émules, elle est à présent trop petite pour contenir le grand nombre d’élèves qui s’y entraîne. Accablé par des problèmes d’argent, Wong fait l’erreur de charger deux de ses disciples un peu trop extravertis de trouver un nouveau local à bas prix pour qu’il puisse y installer son cabinet médical et son école. Erreur qui va mettre à mal sa réputation car ils vont lui trouver un emplacement tout à fait inapproprié pour les valeurs de vertu qu’il défend…. son nouveau propriétaire et voisin est effectivement le patron d’un bordel ! (d’une maison de plaisir comme il préfère l’appeler). Au-delà de la difficulté nouvelle d’avoir à retenir ses élèves d’aller visiter leurs voisines dévergondées, Wong doit également faire face à d’autres menaces. D’un côté il doit tenter de découvrir un remède à un nouveau poison vendu sur le marché qui rend sourd de pauvres enfants, et de l’autre il va se retrouver impliqué dans une sombre affaire de corruption menée par le gouverneur et son chef des armées, qui protègent une secte menant un réseau de trafic d’esclaves sexuelles, et fomentent un complot d’envergure nationale !

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Il n’y a pas à dire, le pauvre Wong Fei Hung et très occupé dans cette nouvelle aventure. Les menaces sont nombreuses, et il ne peut pas vraiment compter sur ses disciples un tantinet… indisciplinés. Humilié par le chef des armées qui s’applique à détruire sa réputation auprès du peuple, Wong est un peu trop seul pour affronter toute une administration corrompue, d’autant plus qu’il va tester sur lui-même le poison qui le rend progressivement sourd afin d’en trouver le remède… Heureusement que sa popularité sans bornes va lui attirer l’aide de ses concitoyens, notamment de son nouveau propriétaire foncier, aussi mauvais au combat que motivé pour l’aider, mais surtout d’un saltimbanque et de sa fille enquêtant sur la disparition de son autre fille capturée par les traficants d’esclaves. Un scénario très riche donc…
Très extravagant, le ton général de Last Hero in China : Les griffes d’acier est résolument orienté action et humour, ce qui le rend particulièrement amusant à regarder, un postulat qui fait passer assez facilement la pilule quand à ses multiples défauts. Long métrage populaire à petit budget, le film n’échappe pas aux effets pathétiques habituels : décors en toc utilisés de manière intensive (les morceaux de bois volent dans tous les sens, les vêtements et tissus déchirés à foison), intempéries médiocres (effets de lumière, de pluie et de foudre peu crédibles, effets de vent encore moins crédibles – quand les feuilles volent autour du héros, on dirait qu’on lui jette un seau de feuilles en pleine face ! – tout est pathétique…) tout cela ajouté à une scène d’introduction ridicule, heureusement on l’oublie très vite.

Alors pourquoi regarder un film assez mal fait, me demanderez-vous ? Pour de très bonnes raisons évidemment. Primo parce que les fans de Jet Li ne résisteront pas au plaisir de s’extasier devant ses prouesses martiales habituelles, secundo parce qu’il y a tout de même bien pire en termes de films chinois d’arts martiaux pitoyables (pour preuve Il était une fois en Chine 4 et 5, opus médiocres dans lesquels Jet Li est remplacé par le pauvre Man Cheuk Chiu qui n’est jamais à la hauteur du personnage et doit se dépétrer dans des scénarios de pacotille) et tertio pour toutes les qualités montrées par ce film quand on le prend comme il faut au dixième degré (au moins !) : résultat, on prend un plaisir coupable à suivre cette aventure burlesque, bourrée de rebondissements qui font bien rire, d’action à foison et de combats superbement chorégraphiés par le grand Yuen Woo Ping et parfaitement interprétés par un Jet Li au top de son art, affrontant des adversaires dotés de techniques intéréssantes de dissimulation et de combat (les griffes d’acier). On y trouve aussi de superbes danses costumées entre un dragon chinois et un scolopanthe, de véritables démonstrations de force soutenues bien entendu par le génial thème musical de la saga des Il était une fois en Chine, air majestueux qui intervient pour chaque morceau de bravoure et met tout le monde d’accord.

On ne peut qu’être admiratif devant le mélange totalement hétéroclite de contenu prôné par ce film, mélant à la fois un humour consternant porté par des acteurs volontairement hors sujet, en roue libre, qui en font des tonnes et qui cabotinent à chaque instant, des personnages secondaires délirants (les deux disciples So et Fu et le maquereau un peu boulet sur les bords n’en finissent pas de faire des bêtises) gravitant autour d’un Jet Li qui n’en paraît que plus sage, plus héroïque, plus imposant, sa supériorité sur les autres étant sans cesse consacrée par ses interventions au cours desquelles il est obligé de sauver tout le monde, et il ne bronche pas ! Le film en profite alors pour faire passer les valeurs portées par le personnage de Wong Fei Hung dans la culture chinoise : un héros qui poursuit sa mission civilisatrice d’un Chine du 19ème siècle secouée par les inégalités sociales, l’ouverture à la culture occidentale (la ville de Canton était alors contrôlée par un gouverneur anglais), un héros qui concilie donc valeurs traditionnelles fondamentales (honnêteté, travail, loyauté, persévérance, solidarité) et ouverture à la modernité, un problème symptomatique de la civilisation chinoise corrompue par le choc entre ces deux univers (un thème largement abordé par toute la saga des Il était une fois en Chine).
Pour faire passer son message fortement patriotique et fédérateur, Last Hero in China : Les Griffes d’Acier prend donc le parti du comique à outrance, confrontant son héros moraliste et prude à une profusion d’allusions érotiques hilarantes : chansons paillardes, déhanchements lascifs, danse du dragon et de la lionne en chaleur très explicite (et très amusante), et même une scène de combat mixte très bondage dans laquelle deux jeunes filles se retrouvent complètement emberlificotées dans un foulard !

Un ton très léger, une distance parodique jouissive… on est bien là en présence d’une comédie qui se moque des films d’arts martiaux par ses combats volontairement accélérés et des plans de caméra ultra énervés et des répliques hilarantes (« Non ne dis rien, dans les films le blessé meurt toujours après avoir dit son secret« ), un mélange des genres très plaisant équilibré par des moments plus dramatiques (la réputation et l’école de Wong est mise en danger par un ennemi détestable, le général corrompu, extraverti et laid qui est aussi un grand maître en arts martiaux très dangereux) et par la la classe ultime de Jet Li qui fait la différence, notamment lors d’un affrontement final jouissif dans lequel il se la joue Jackie Chan dans Drunken Master : la technique ancestrale de la boxe de l’homme saoul fait encore une fois ses preuves !

Bilan : un opus très drôle, au ton très léger et parodique (on a même le droit à un bêtisier à la fin, ce qui casse un peu l’image du Jet Li trop sérieux et renfermé que l’on connaît !), et malgré tous ses défauts (ce n’est pas du Tsui Hark !) un film d’arts martiaux de bon aloi, clairement orienté fun, action et mystère (un fond de complot très intriguant) parfait pour une soirée entre amis/fans de films d’arts martiaux hongkongais. Et puis après tout, comme l’énorme Jet Li l’a bien affirmé après Le Maître d’Armes en 2006, il ne fera plus de films historiques en costume (c’est bien dommage, mais est-ce vrai ? The Forbidden Kingdom qui sort en 2008 est bien un film en costume, mais il n’est pas chinois, voilà peut-être où réside la nuance…), alors ne boudons pas notre plaisir et replongeons-nous dans ces classiques d’action incontournables, et dans cet opus volontairement comique et irrévérencieux de la saga du mythique Wong Fei Hung.

Notation : 6/10

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