fbwl-4From Beijing with Love est une parodie très personnalisée de la saga internationalement célèbre et culte des James Bond 007, travaillée à la sauce Stephen Chow qui y imprime sa patte comique inimitable, ce n’est pas une simple parodie bête et méchante mais une bonne petite comédie, pas exempte de défauts, et pourtant sincèrement amusante…


  • Genre : Comédie / Action
  • Réalisateur : Stephen Chow, Lik Chi Lee
  • Année de production : 1994
  • Origine : HK
  • Durée : 94 min

From Beijing with Love (aka Gwok chaan Ling Ling Chat – traduisez « Bons Baisers de Pékin ») est une parodie très personnalisée de la saga internationalement célèbre et culte des James Bond 007, travaillée à la sauce Stephen Chow (n’oublions pas que le film est co-réalisé par Lik-Chi Lee, les deux hommes avaient d’ailleurs déjà collaboré sur Love on Delivery) qui y imprime sa patte comique inimitable et qui en orientalise largement le principe, faisant ressortir le côté parfois un peu « cheap » du cinéma hongkongais : nous avons donc ici un agent 007 (ou plutôt Ling Ling Chai) pauvre et ridicule, complètement perdu, incarné par un Stephen Chow hilarant au talent en pleine explosion dans le début des années 90. Il est évident que le style propre à l’acteur/ réalisateur que nous connaissons bien (je l’espère pour vous en tout cas !) s’exprime encore une fois sans vergogne au sein de cette intrigue au ridicule assumé dans laquelle Chow fait intégralement du Chow et son show par la même occasion (oui je sais c’est mauvais…), on retrouve donc comme à l’habitude un personnage timide, complexé, pauvre, incapable mais irrémédiablement attachant. Le bon point immédiat qu’on puisse donner à cette adaptation (hommage à Bons Baisers de Russie mais qui en reste assez éloigné) est justement cette distanciation que Chow imprime à l’environnement et au personnage qu’il crée avec From Beijing with Love ; ce n’est pas une simple parodie bête et méchante mais bien un mythe revisité sans limites ni demi-mesure, qui manque éventuellement parfois de matière scénaristique pour figurer parmi les chefs-d’oeuvre du genre, mais qui surpasse de loin d’autres caricatures du célèbre personnage créé par Ian Fleming telles que le raté Johnny English ou d’autres infâmes comédies d’espionnage médiocres (le Spy Hard de Leslie Nielsen, Double zéro avec Eric et Ramzy, et bien d’autres encore…). Toutefois ce film ne créé pas non plus une véritable nouvelle identité/ une nouvelle image plus pop et foxy au personnage comme cela avait été fait avec les Austin Powers, il se situe plutôt entre les deux démarches, entre la copie conforme et la reconversion, pour donner un mélange vivifiant et plutôt appréciable.

¤¤¤ Synposis :

Ling Ling Chai est un espion réserviste qui exerce dans la vie de tous les jours le métier de boucher-charcutier. Pourquoi ? parce qu’il est incompétent, minable (il va régulièrement aux putes mais ne paie jamais, la grande classe… !!) et qu’il n’a vraiment rien d’un espion (à part le verre de martini qui lui, reste classe, mais c’est tout). Pourtant un beau jour, le destin va rattrapper cet insignifiant personnage sous la forme d’une improbable promotion forcée. Cet évènement qui va provoquer un bouleversement intégral de son existence est le vol d’un crâne de Tyrannosaure, un trésor national chinois. Quand l’agent officiel qui a été envoyé le récupérer est tué par un mystérieux gangster protégé par un casque indestructible et armé d’un pistolet d’or (cela ne vous rappelle rien ?), c’est bien au réserviste Ling Ling Chai qu’on est obligé de faire appel, malgré le fait que son dossier reposait déjà à la poubelle… ! La vraie question est : pour quelle raison a-t’on pu envoyer un agent aussi peu qualifié (pas du tout en vérité) sur une mission d’une telle importance ?

¤¤¤ Critique de la rédaction :

Tous les ingrédients d’un film d’espionnage qui se respecte son bien entendus réunis dans ce film, au milieu de répliques totalement ridicules (« ton grand-père était un traître, ton père était un traître, c’est ton destin de trahir ton pays ! ») et de situations vraiment cocasses et originales (vous pensiez avoir tout vu dans les parodies d’agent secret, vous êtes bien loin du compte !), grâce auxquelles vous apprendrez absolument tout sur les techniques et les gadgets de toilette indispensable à la mission d’un agent secret (aucun commentaire… tout simplement loufoque) et sur les dégâts insoupçonnés que l’on peut provoquer avec un grand couteau de boucher, le tout porté par un héros impayable, un Stephen Chow toujours en pleine forme, cabot et maladroit comme jamais (bon d’accord, ils est toujours maladroit…). Mais il n’est pas le seul à se fourvoyer allègrement et de son plein gré dans cette comédie inégale : ce sont tous des incapables, la palme revenant certainement à Da Min Si (alias Da Vinci vous l’aurez compris) le concepteur de gadgets, hilarant et déroutant de stupidité, vous comprendrez en voyant sa lampe torche…

L’histoire est assez stupide mais tient la route tout en nous réservant des passages très plaisants et de bonnes surprises, surtout dans la première moitié du film, malgré des effets spéciaux un peu cheap et un fait très rare dans les films de Stephen Chow : quelques-uns des acteurs jouent très mal, et même beaucoup trop parfois au point de perdre toute crédibilité, mais ces quelques ratages ne gâchent pas le film. Côté technique et mise en scène, on a bien à faire à du Stephen Chow pur, montrant toujours son côté novateur malgré le peu de moyens qu’il possède, ne faisant que peu d’erreurs, réalisant toujours avec autant d’entrain et de vivacité, bien que le style qu’on lui connaît soit ici encore un peu balbutiant, son sens inné de la comédie ne rattrappant pas totalement son manque d’expérience dans la réalisation à l’époque (bien entendu moins développé et limité pour cause de moyens par rapport à ses plus récents films Shaolin Soccer et Kung Fu Hustle). Composée par Wai Lap Wu (Chow n’avait pas encore à ses côtés son compositeur fétiche Raymond Chow), la musique se révèle plutôt efficace et attrayante, mais ne s’exprime pas assez lors des scènes d’action, privilégiant les passages sentimentaux (doit-on voir là l’influence du réalisateur Chow, qui insiste toujours énormèment sur les émotions des personnages qu’il interprète et met en scène, allant jusqu’à augmenter sévèrement le niveau sonore pour les faire ressortir ?).

Dépassant la simple caricature et un budget apparemment très limité, Chow ne craint pas la démesure et livre un film très drôle mais insuffisamment inspiré, un film qui, dans le sillage de son héros, cache bien son jeu, nous réservant des surprises inégales, dont quelques effets gores et violents digne de certains films d’action hardcore HK, et un petit coté sérieux qui sape de temps à autre l’efficacité de cette petite comédie légère, sans envergure, une oeuvre particulière, très difficile à cerner, excitante et décevante à la fois.

Les avis seront certainement très partagés sur un tel film, dont la principale limite pour nous occidentaux reste l’incompréhension face à certaines touches d’humour et références culturelles chinoises voire hong-kongaises parfois franchement obscures… (comprenez par là que ce genre de comédies très populaires ne sont pas toujours appréciables par tous, un exemple très proche en étant OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, une comédie très franchouillarde que beaucoup peuvent trouver agaçante).
Malgré tout, avec un sens aiguisé de l’éxagération et de la caricature, From Beijing with Love se révèle au bout du compte hilarant et surprenant d’originalité, prenant soin de ne jamais en faire des tonnes et de prendre à contrepied les attentes du spectateur à de nombreuses reprises : complots, trahisons, meurtres et clin d’oeils savoureux constituent la recette assez efficace de ce pastiche burlesque à souhait, doté d’une fin typique à la James Bond, comprenant un morceau de bravoure, un méchant ridiculement fort et qui meurt bêtement, beaucoup de style et beaucoup d’humour, bref au final un bon moment à passer.

Notation : 6.5/10
> Très inégal, mais surtout loufoque et délicieusement consternant !

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